Mon refuge : la Rue... (4)

Publié le par sonja

neige 012

 

 

- Ces patrons sans vergogne ont largement profité de l'aubaine que représentait nombre d'entre nous.
C'est ainsi qu'au bout d'une année je me suis retrouvé dans la rue. Totalement. Trouver du travail quand on n'a pas accès au savon et à l'eau, ça pose problème. On devient vite un paria. Un refoulé du système qui ne regarde que l'aspect extérieur d'un homme. Ils ne prennent pas le temps du questionnement. Mais une chose est sure : dès qu'on est aspiré dns le rouage d'une administration sans coeur, pour en sortir, cela est humainement à la limite de l'impossible. Ce qui est valable, dans tout ce qu'elle représente. On a bien compliqué la vie des humains.
C'est Paul qui le premier m'a réservé un bon accueil sur les trottoirs...
- Tu dois en vouloir à la terre entière.
- Pas forcément.
- Tu n'éprouves pas d'amertume ?

- Qu'est-ce que tu crois ? Bien sûr qu'il m'arrive d'être amer. Ou de ressentir de la rage. Seulement contre les imbéciles, et les ciniques qui contribuent à notre devenir errant.
On ne fini jamais dans la rue par hasard. Ni à cause d'une mauvaise gestion de notre vie. Il y en a même qui pensent que c'est un choix. Pour eux, le fait d'entendre le refus du "sans logis" d'aller dormir dans un centre d'hébargement est révêlateur.
Toi même, avant de t'occuper de nous, ne te posais tu pas cette question insensée ?
- C'est vrai que je ne comprenais pase pourquoi vous préfériez rester dans la rue, au risque de perdre la vie, lors d'hivers glacials. A présent, si on me fait la réflexion, je sais répondre à la question. Je ne permets plus aux autres une telle inculture morale.
- Tu vois bien que tu as fais des progès mon petit gars ! Allez, donne-moi un second café. Il réchauffera le bout de mon nez.

Rémy se sentait comme épuisé. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait autant parlé. Une vraie pulsion. Décidemment, cet hiver ne lui était pas favorable. Le voilà qui se mettait à nu devant ce  gamin qu'il ne connaissait que depuis quelques mois. La solitude n'était pas toujours bonne conseillère. Depuis un certain temps, le souvenir de son autre gamin s'installait de plus en plus dans ses pensées. Il regardait souvent une photo jaunie, aux nombreuses traces de doigts, qu'il avait emporté dans son bagage. Aujourd'hui ce petit ne  devait pas être plus vieux que son travailleur social.
Et son ami Paul qui n'arrivait pas...
- Au revoir Rémy. A bientôt.
Un long frisson le parcours dès qu'il se retrouve sous le souffle du vent. Avec ça, de cristalins éclats glacés s'envolent dans tous les sens et viennent le giffler.
La neige n'était pas loin. Un tapis blanc viendrait bientôt recouvrir la capitale.
Il retrouve ses bagages laissés avec ceux de ses compagnons, dans un coin de l'avenue, qui n'était pas épargnée par les courants d'air. De dures journées et nuits attendaient le monde des oubliés, songe-t-il..
Il repére une ruelle où il pourrait se poser avec Paul, pour tendre la main et collecter quelques pièces. Paul ferait la conversation, comme toujours. Cet homme semblait être en ligne, de façon constante, avec tous les potins de la moitié de la capitale. Si bien qu'on le surnommait "Monsieur Radio-trottoir". Un vrai bout-en-train ce Paul. Il arrivait à faire rire même les plus bourrus du groupe. Sauf lorsqu'il voyageait dans les brumes de l'alcool.
Avec ça, d'une grande gentillesse avec tous. Même ceux qui avaient le vin mauvais ne le bousculaient jamais, lui.
Une seule année dans la rue, et cela vous changeait un bonhomme. Mais pas lui. Dix sept années qu'il connaissait, le bougre, cette rue.
Tout de suite il l'avait mis au parfum des us et coutumes du troittoir.
Rémy se mit à sourire à cette seule évocation. Son ami n'avait que 47 ans, mais il en paraissait dix de plus. Foutue rue !

 

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Andrée 30/12/2010 22:54



Toujours aussi vrai , je suis émerveillée de ton talent de conteur. A Marseille , je crois , un film sponsorisé par l'association de L'Abbé Pierre , a été fait sur la vie des clochards , par des
clochards eux mêmes .Ils attendent des fonds pour le divulguer. Le reportage était sensationnel. Bonne soirée, bisous Sonia



Alrisha 30/12/2010 19:43



Garder le "moral" et en arriver à même faire rire les autres alors que tous sont dans des situations de galère, c'est vraiment avoir une grande force de caractère !


Malgré ces écrits très durs, puis-je quand même te souhaiter une bonne fin d'année.


J'aimerais que l'année qui arrive te garde en bonne santé, que l'on se revoit et que tes souhaits se réalisent. Je t'embrasse très fort ma Sonia et te dis à bientôt !






josyane ducarre 30/12/2010 17:14



 


BONNE ANNEE A TOUTES ET TOUS



marine-over 30/12/2010 16:10



très beau bisous:0010:






peintrefiguratif 30/12/2010 13:40



dire que cela peut arriver à n'importe qui


nul n'est à l'abrit de quoi que ce soit


bises