Mon refuge : la Rue... (1)

Publié le par sonja

La Côte et El Tintero 145

 

 

Rémy écarte légèrement la vieille couverture, usée jusqu'à la trame. Il la tire un peu vers le haut, sous son menton. Ce simple geste ajoute au frisson qui le parcourt déjà, depuis qu'il a ouvert ses paupières sur une nouvelle journée.
La nuit n'a pas encore disparue. Sur la ville souffle une brise mordante. Plus de trois semaines à compter les jours de l'hiver, qui s'installent. Un autre hiver, qu'il a appris à haïr. Depuis les profondeurs de ses entrailles, cette haine l'entraine irrémédiablement au delà d'un tempérament autrement plus paisible. Les années passant, cette rage intérieure ne le quitte plus. Même s'il ne se demande plus pourquoi il en est arrivé à ce stade, ce mal étrange qui ronge son esprit lui pèse. A chaque hiver, un peu plus.
Même si le froid y a une part non négligeable, il se demande bien ce qui l'a réveillé cette fois-ci.
Il regarde avec plus d'attention dans les ombres semblant toujours cacher de drôles de silhouettes. Les rues sont encore silencieuses. Rien ne bouge. La grande avenue se dénude sous les lampadaires qui l'éclaire. Sa ruelle a des allures de trappe, avec ses lumières discrètes, blaffardes. La discrétion avant tout pense-t-il, lorsqu'on veut se faire oublier, ou se fondre dans le décor. C'est désormais sont lot.
Un simple regard sur le ciel pour se rendre compte que la neige n'est pas loin, en cette fin de mois de novembre. Rémy a aussi eu le temps d'apprendre à lire les signes météorologiques. Le ciel n'a plus de secrets pour lui. Mais ce n'est pas la seule chose que le temps lui a enseigné. Un apprentissage vieux de treize ans déjà. Un dur apprentissage qui le sert, dans certaines circonstances.
Un chat déboule tout d'un coup, d'une porte cochère. Il n'est même pas surpris. Qu'est-ce qui pourrait encore le surprendre ? Voilà donc son réveil matin, aujourd'hui. Il fut un temps où il possédait une telle petite bête. Sa minette l'attendait toujours derrière la porte, dès son retour du travail. Ensuite, elle le suivait partout, même jusqu'à la salle de bain. Son passé le faisait parfois sourire. Intérieurement bien sur.
Depuis, il avait perdu la faculté d'extérioriser ses sentiments. Savait-il même parler après tout ? Sa vie était si pleine de silence. La solitude n'a pas de dialogue. Elle enferme les mots et la parole. Et si par hasard il essaie de s'exprimer, il y a toujours plus vélocce que lui, pour venir lui clouer le bec. On ne sait plus s'adresser à la solitude. On l'enferme dans ce qu'elle est. Le silence absolu !
Rémy arrive encore à penser. A développer certaines idées, même si elles n'interessent personne. Il en a pleinement conscience.
Sa situation ne lui donne aucune valeur humaine aux yeux de ses semblables. Il est même devenu invisible pour les autres. Comment dès lors seulement imaginer qu'il puisse analyser son environnement, Ou même sa petite vie ?
Ceux rares qui promènent leurs regards sur lui, l'ont classé dans les "cas sociaux". Des mots à la mode qui s'ajoutent à d'autres, semblant expliquer un état de fait auquel certains humains ne peuvent y échapper.
Il n'est pas le seul dans cette course de l'abandon, et de l'indifférence.
Il se retourne une nouvelle fois sur sa couche froide et dure, pour son dos. Deux poubelles trônent au fond de l'impasse. Un "Défense de Stationner" n'a pas empêché deux voisins de se poser devant le mur. Qui s'interesse à cet endroit pour remarquer cette prise de position ?
L'air se fait plus vif. Son bonnet sur la tête ne le couvre finalement, que partiellement. Le froid s'installe chaque jour plus insistant. C'est à l'intérieur surtout, que Rémy ressent la froidure du temps qui passe. Bien qu'observant qu'un bol de café chaud serait le bienvenu. L'arôme seul de ce nectar lui suffirait, pour se sentir humain, chaque matin.
Le bonheur tient à peu de chose se dit-il...
Les premières voitures se mettent à ronfler. Une porte claque. On commence à allumer son intérieur vital. Son appartement. Des voix s'élèvent, feutrées.
Les mouvements de la rue, il les devine. On dépose au  kiosque du coin, des petits tas de journaux ficellés. Le bar-tabac accueille les clients de l'aube. Le parfum délicat d'une patisserie fine, chatouille ses narines. Le parfum de la levure mélangée à la pâte, lui  fait imaginer un instant, la beauté dorée de pains croustillants et chauds. Sous cette impulsion, il resent avec violence la faim qui le tiraille, là, au creux de son estomac. La première douleur de la journée.
Il est à peine un peu plus de six heures. Tous ces mélanges matinaux le lui dise...

 

 

 

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Coline Dé 23/01/2011 18:22



Bonjour, Sonia


Longgemps que je n'étais pas passée sur ton blog ! J'ai apprécié ces superbes photos et  ta façon si humaine de raconter tout cela...


Bonne continuation.
Amicalement


 


Coline



écureuil bleu 02/01/2011 21:13



Je viendrai lire la suite de ce beau récit, Sonia. Reçois tous mes meilleurs voeux pour 2011 : santé, amour et bonheur. Bisous



virjaja 29/12/2010 17:13



c'est très émouvant ce que tu as écrit...il me semble voir de plus en plus de gens dehors depuis quelque temps...c'est bien triste. gros bisous Sonja. cathy



jardin zen 29/12/2010 14:59



me voici un peu plus de retour sur la blogo ...
tu écris toujours aussi bien ,beau et poignant...
à demain pour la suite
bizzzzzzz



nadia-vraie 29/12/2010 04:26



C'est un texte d'actualité,dans mon coin,il n'y a pas d'iténérants mais à Montréal,ils en ont beaucoup qui vivent dans la rue mais heureusement,il y a des organismes qui s'en occupent comme par
exemple,la maison du père,c'est un homme âgé qui a une roulotte et la nuit il passe dans la ville et offre aux jeunes qui sont dans la rue de rester dans sa roulotte,il leur donne de la
nourriture,il leur parle,ne les juge pas,il est beaucoup aimé et cette année il a été fêté par la ville.Il y a aussi les travailleurs de la rue,ce sont des travailleurs sociaux.


Il y a aussi la maison Bonneau qui accueille les sans-abri avec des lits,une douche un déjeuner et ça chaque jour pour le nombre de lits qu'ils ont.


Et tout dernièrement des travailleurs sociaux ont avec de l'argent je crois subventionné par l'état,trouve de petits logements et ceux de la rue qui acceptent,ils les aide à vivre en appartement
en leur procurant ce qu'il faut,nourriture ect,les aide à se débrouiller ect.


mais naturellement il en reste certainement beaucoup qui dorment dans les rues,métro ou autre.


Ton texte décrit bien les états d'âme de ces gens,ce sont des humains.


J'espère Sonia que tu vas bien et que tu as passé de belles journées avec ta fille et Aurélien.


Amicalement.