
BALADE LE LONG DE LA LOIRE
ROANNEMAVILLE
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Pour son propre confort, elle se dissimule.
De préférence, dans un coin ombragé.
Elle ouvre ses jupons délicats.
Offre le vif de ses dégradés éclats.
Voyez comme l'ombre lui sied bien !
Elle profite d'une toile forêt,
Pour s'amuser à briller.
Sous les rayons qui osent une tendre caresse,
S'ouvrent ses pétales.
Un brin émerrveillé, on la cueille du regard.
Coquette, frémis sous les muets compliments.
Entre arbustes et palmiers,
Les belles dansent leur joie.
Une fleur se prépare pour la journée.
Son habit s'élargit, sous les premiers rayons.
Son froissé frémit au coeur du vert feuillage.
Un écrin talentueux, mettant la reine en valeur.
Aux regards flâneurs, s'offre vaniteuse.
Elle pointe son nez, et tend ses bras.
Elle se sent dévorer ; avec délice, ajoute de l'effet.
Le soleil lui donne de l'éclat, à demi-mot.
Il faut dire, que dans sa jolie retraite, ose des avances.
Comment résister au langage des fleurs,
Petites choses que nous sommes ?
Ephémères princesses, faisant tourner bien des têtes.
Porteuses de messages, aux habitués murmurent.
Le temps d'un adieu.
Malaga c'est aussi ses magnifiques batiments stylés. Des placettes fleuries et verdoyantes.
Nous nous trouvons au coeur du centre, juste en face du port. La matinée battait son plein soleil, avant que n'arrive l'après-midi et la préparation de la
fête tant attendue.
Une flânerie s'imposait.
Pour qui est curieux de cet environnement, trainer un peu le pied est une obligation dans cette grande cité à l'humeur joyeuse.
Les larges avenues offrent le charme de ses constructions, et ici, la cathédrale de Malaga, que l'on semble avoir glissé dans l'une des rues, un peu à
l'écart. On y accède par de nombreuses ruelles dès qu'on se faufile par d'autres accès du centre. De nombreux pigeons ont élus domicile dans ses cours. Mais c'est aussi le domicile des chats. Le
soleil étant si présent, même en hiver, il y a de quoi se dorer plumage et fourure.
L'heure preque matinale est peu à même de livrer ses passants. En Espagne, si on veut rencontrer la foule, la bonne heure sera dès 16 heures. On ne sort de
table qu'assez tard. Ce qui est normal vu l'heure à laquelle on s'attable par ici. Même le soir, le souper ne démarre qu'à partir de 21h ou 21h30. D'ailleurs, le premier film télévisé ne
s'affiche qu'à 22h30.
Mais les journées de travail ne commencent aussi qu'à partir de 9h ou 9h30 selon les entreprises. Même les magasins n'affichent pas "matinaux". Quand aux
restaurants, à partir de 13 heures c'est le bon moment.
Mais les ouvrirers peuvent démarrer plus tôt.
Sur le mur d'un immeuble, les restes de l'annonce du sommet pour l'échologie. Il ne reste que ce pan de tissus flottant sous la brise et le vent. Dans
les mémoires ne reste galement que la faillite de tant de promesses annoncées, et si peu, ayant vu mesures concrètes.
Les paroles s'envolent elles aussi... Les commentaires à l'espagnole valent le détour... sur le propos.
Ici le port nous offre l'un de ses plus beaux batiments. Avant de quitter le centre ville, une petite virée de ce côté-ci s'imposait. Ce sont des
bureaux administratifs portuaires.
Je n'étais pas la seule à faire la touriste avec mon appareil...
Ici je vous livre les gardiens de la cité. Fieres et racées, ces magnifiques montures s'offraient gracieuses et indolentes.
Dans sa robe blanche et soyeuse, à petits pas, avance le superbe animal.
Cavaliers et montures s'en sont allés de par les rues, l'oeil aux aguets, dominant le petit peuple occupé à festoyer.
Une grande foule envahie à présent l'allée du centre ville. Les personnes qui ont dû commencer à s'installer à leurs places sont pas mal cachése.
Je n'ai d'alleurs pas essayé de me faufiller afin de contrôler les assises. Je me tenais à l'écart, avant de battre en retraite. Mais au moment du départ depuis la mairie des
chars, le mot sera donné afin que plus personne ne circule dans cette zone. Il faudra se tenir gentillement derrière les barrières. Ce que feront sans problèmes tous ceux qui attendent
l'évènement avec impatience.
Ce que je n'ai pas pris en photo, et que vous ne verrez pas, car il était trop tôt, ce sont les balcons au dessus de cette longue rue
piétonnière.
Et que viennent donc faire les balcons dans l'histoire ? Une habitude fort amusante, que l'on m'a raconté.
Les espagnols sont décidement originaux et... oportunistes ?
Donc, à un moment donné, ces mêmes balcons seront pleins de personnes pour l'heure "H". Les habitants des lieux louent un carré d'espace pour le temps du
passage, des réjouissances et des photos. Une somme sans doute dérisoire, mais on ose. Donc, si on veut être aux premières loges, on a aussi la possibilité de payer son bout de
balcon.
Celle-là, elle m'a fait beaucoup rire.
Ce n'est que le lendemain que j'ai eu un "tout" petit aperçu de cette fête si attendue dans les rues de la grande cité.
Après le centre ville, noblesse oblige, ce sera aux autres quartiers de sortir leurs rois mages des paroisses alentours.
Et de les balader.
C'est depuis la fenêtre de mon lieu d'hébergement que j'ai regardé passer, tout d'abord la fanfare. La foule était moins dense, ce qui se comprend,
puisque la veille beaucoup de personnes de ces quartiers devaient être au centre de Malaga.
Du même pas que les flâneurs du jour, et de tous ceux qui attendaient une pluie de bonbons, on suivaiit les accteurs. Je ne sais combien de
paquets de sucreries avaient les jeteurs, mais la cueillette était grande.
Les enfants se sont défoulés, à courir après ces bonbons tombés du ciel. Mais quelques parents aussi n'ont pas hésités à se prêtrer à la concurence. Mais
rassurez vous, il y en avait pour tout le monde et plus. Chaque petit avait sont petit sac à la main, quand ce n'était pas le papa ou la maman...
Ce qui n'est pas un problème, car durant toute l'année les espagnols s'adonnent au sport. ![]()
Pas de bousculade sur ce petit parcours, mais je n'ose même pas imaginer comment cela a dû être à Malaga centre.
A moins qu'ils aient vraiment été aussi disiciplinés que devant les arrêts de bus.
Et oui, les espagnols attendent leur bus dans le respect des arrivés. C'est à dire qu'ils n'attendent pas en troupe prêt de leur arrêt, mais à la queue le
leu... Parfois les queues sont très longues. On avance avec autant de respect.
Il y a de quoi surprendre. Et j'ai été surprise.
Une petite parenthèse, qui force à se poser la question pour le reste des rencontres à grande brassée de population...
La circulation étant en berne, le temps passé sur les routes des quartiers, fut l'une des joies des enfants.
Depuis ma tour de contrôle je n'ai pas eu toutes les photos du défilé souriant, et coloré.
Par contre j'ai eu droit au fond sonore musical.
Les espagnols aiment énormément faire la fête, c'est ce que l'on peut constater dès qu'on débarque dans le pays.
Et les bars et restaurants sont là pour confirmer ce besoin qu'ils ont de se retrouver sans cesse autour d'un verre, ou d'un repas. Avec la
possibilité de se servir de leurs mains ou de couverts pour improviser quelques musiques, ou chansons.
Quand aux rues, elles vibrent de cet esprit bien de là-bas. Comme bien d'autres pays hyspaniques. Les saltimbanques, mimes et autres
musiciens ne s'y trompent pas, qui ont leur bout de trottoir pour donner tout ce qu'ils ont dans l'art de composer un rôle.
Ce furent des vacances délicieuses, au centre d'un autre savoir vivre. Une autre façon d'échanger...
En attendant que défile les rois mages, j'ai moi-même filé et flâné autour du lieu tant convoité par les futurs placés.
Les enfants étaient nombreux, ainsi que des ados se prêtant à quelques grimaces ou réparties amusantes.
Mais là, c'était une tout autre représentation que l'on faisait. Quelques publicitaires avaient chosis ce moment pour présenter leur produit. Ici il
s'agissait de bombons au goût de menthe si j'ai bonne mémoire. Pendant que le photographe saisissait l'instant unique, je faisais son imitation, juste derrière lui. Ce qui a fait
redoubler la bonne humeur de la jeunesse. Ce n'est qu'ensuite que le "vrai" photographe s'est rendu compte de ma présence.
Je l'ai rassuré en lui promettant de lui faire sa pub en France, pour ce petit détournement du rire !
Plus loin, je suis tombée sur la télé locale et nationale. Ils faisaient leur commentaire sur la foule postée autour d'eux, déjà si
nombreuse. L'une de ces télés s'est alors rendue compte que je faisais moi aussi la capture d'images. Mais sur eux cette fois-ci.
Non, il ne me menace pas ce brave caméraman. Il ne veut pas non plus m'offrir une pièce. Il voulait seulement me faire parler devant la caméra. Je leur ai
rétorqué que cette fois-ci c'était moi la journaliste et eux qui me donneraient des réponses. Ce qui a beaucoup amusé ces messieurs dames.
Encore un moment d'échanges fort sympathiques et amusants. La bonne humeur est toujours dans la rue, en Espagne. J'aurais eu tort de ne pas en
profiter
La foule s'amasse de plus en plus et on attend avec impatience les trois rois et les princes et princesses qui font partie du cortège. De quoi garder les
enfants dans une attente de tous les instants. Et il y avait énormément d'enfants dans la rue ce jour là.
Sur pieds, ou en poucettes. C'est fou ce que cette fête peut représenter quelque chose en Espagne...
Mais pourquoi est-ce que les enfants attendaient en fait ?
Allez, vous le saurez sur la prochaine page...
Les rues ont cessé d'appartenir aux voitures et aux bus. On se précipite donc pour se retrouver aux meilleurs places. Pour ceux assis, quand aux autres, si
possible, face à la grande avenue par laquelle doivent arriver les chars fleuris et bien décorés. Quelques touts-petits seront aussi grimpés sur les épaules de
quelques "papas".
Je vais bientôt disparaitre du paysage, car la foule ne va pas trop tarder à me coincer au milieu d'elle.
Vous n'aurez donc pas le privilège de cueillir le gros de la fête...
Sur ma prochaine page je vous offrirai un aperçu de ce que cela représente, puisque j'ai pris quelques photos de l'événement le lendemain, car
cela se passait ensuite dans les quartiers.
Ce qui n'avait sans doute rien à voir avec celui du centre de Malaga... Priorité oblige !
Les voitures à moteur ont disparues, mais d'autres voitures se sont infiltrées au centre de la chaussée.
Tous les marchands ambulants du bord de la grande avenue ont tiré leurs petites boutiques sur roulettes. A une vitesse incroyable. C'est qu'il y avait une
sacré concurrence, côté bonnes places.
La nonchalance espagnole a fait le reste. La rue leur appartenait pour quelques heures.
Allez, il est l'heure pour moi de plier bagage et prendre le chemin du retour.... L'angoisse de la grande foule...
Voilà donc les chaises installées sur la plus grande allée du centre ville. Il est encore très tôt, mais déjà, bien du monde circule. C'est qu'il y aura un petit événement particulier à l'espagnole. Comme tout est sujet à la fête, le jour des rois mages est aussi populaire que le jour de Noël en France. Mais contrairement à ici, là-bas on sort le grand jeu. La grande parade se prépare à balader rois mages et autres invités du jour. Les chariots décorés de fleurs et de lumières emprunteront cette allée après être partis depuis la place de la mairie. Comme de coutume, le maire fera son petit discours, avant le départ.
Déjà, bien sagement assis, certains se sont posés pour regarder le passage incéssent des flâneurs du jour.
Ces chaises numérotées seront attribuées à ceux qui en auront payé le privilége de s'y asseoir. Une modique pièce s'y j'en crois ce que l'on m'a dit.
Aux premières loges seront-ils pour l'accueil des chars habillés pour la fête.
L'endroit n'étant pas encore pris pas la grande foule, je m'amuse donc à circuler, et à observer depuis un siège, que j'occupe parfois pour quelques
minutes.
Ce drôle de lutin semble me fusiller du regard, alors que je le regarde faire son petit cinéma sur les passagers de l'allée. Je ris de ses réflexions
sympathiques. Il me montre donc qu'il m'a vu l'observer.
Il ne sera pas le seul d'ailleurs... que j'observerai.
Je m'attarde sur les trottoirs à la découverte d'autres singularités, ou de quoi faire sourire mon mental.
C'est ainsi que j'ai rencontré de nombreux vendeurs de ballons, dont les enfants rafollent. Si bien que beaucoup de parents se sont sentis un peu débordés
par leurs touts petits. On réclamait avec autorité son dirigeable... car il est arrivé que certains prenent aussitôt la poudre d'escampête, sitôt mis en main de l'enfant. Pour le grand bonheur du
marchand de gonflables en couleurs.
Mais parfois, les parents passent leur chemin semblant ne pas entendre la voix de leurs petits. Qui eux se demandent, tout comme moi en l'occurence qui
véhicule tant de ballons à la fois. Mais où est donc passé le vendeur, ou la vendeuse ? Voilà qu'ils ont la faculté de marcher également, tout seul, que ces ballons là !
C'était un jour de grand vent, ce qui explique certaines situations fort amusantes. Je ne suis pas la seule à avoir remarqué qu'il n'aurait pas fallu
beaucoup pour que s'envole aussi la marchande. Il arrive aussi que se mélangent les ficelles, ce qui devenait problèmatique pour détacher l'un de ces objets convoités.
Je peux facilement imaginer tout ce débalage de rues en ce week-end, puisque c'est la date de cette célébration des rois mages. La fête commencera dans
quelques heures, dans les villes espagnoles...
La ville avait pris en charge ces petis marchants ambulants, pour l'occasion. A tous les coins de rues on en rencontrait un. Pour mon plus
grand plaisir. Surtout, comme ce dernier qui a pas mal bataillé contre les courants d'air. Retenir tout ces coussinets gonflés, il fallait vraiment avoir de la poigne.
Balloté lui même par les rafales de vent, je n'ai pas résisté à le suivre dans ses déplacements involontaires sur le lieu qu'il avait choisi. Je me
suis même dit que s'il continuait à se faire pousser, il allait finir par aller buter contre le prochain vendeur.
J'ai bien rit de certaines situations. Et là, j'ai été prise sur le fait, encore une fois. Le monsieur avait l'air de mauvaise humeur... Pas contre moi
bien sûr. Mais le mettre en boite à ce moment critique était plus qu'amusant.
Fin décembre 2010, c'est ainsi que j'ai pu observer Malaga. Parée pour la fête, lumineuse et prête à offrir mille scintillements. Je n'ai réussi que
quelques prises assez modestes, mon appareil étant faché avec les premières ombres du couchant.
C'était un 24 décembre, dans le centre ville, et on se préparait à quelques festivités de rue. Il faut dire que la fête de Noël est entrée dans les coutumes
espagnoles, depuis très peu d'années. Sans doute trois ou quatre ans seulement. Il est vrai que dans mes souvenirs d'enfant je n'ai pas le souvenir que nous célébrions cette fête à la maison. Je
n'ai en mémoire que de deux Noëls seulement. Mais j'étais déjà une adolescente, et c'était ma mère, je crois, qui avait eu l'idée de nous offrir des jouets. Le budjet familial avait aussi un
brin changé...
Ce qu'on fête le plus en Espagne, ce sont les rois mages. et là, les rues des villes accueillent une très grande foule. Ce que je vous montrerai sur ma
seconde page.
Ici, on observe un laché de ballons, que je n'ai pu faire ressortir nettement. Sinon, sur cette place de la constitution l'orchestre
philarmonique de Malaga se préparait à donner concert. Une estrade prête pour l'évènement, accueillait les musiciens qui s'essayaient à quelques notes. Plus qu'une demi-heure, et les
visiteurs nocturnes envahiront la place. Pour l'instant on s'attarde devant quelques joueurs ou mimes de rues.
J'ai pris le temps d'observer ce gentleman d'une époque reculée et qui attirait le regard, parfois, des flâneurs surpris.
Si une petite pièce tombait dans sa coupe, il offrait une rose aux dames, des bombons aux enfants et une révérence princière aux messieurs.
Puis la place s'est encore remplie de monde. Au point que je commençais à me trouver à l'étroit dans mon petit coin. La foule m'a toujours un peu fait peur. Je ne voulais pas être plus coincée encore, aussi ai-je pris la longue allée qui menait vers l'extérieur du centre.
Chemin faisant, j'ai fais d'autres rencontres. Mais je n'étais pas la seule à profiter de l'aubaine.
Monsieur Bob l'Eponge, parti sans son crabe, faisait son numéro dans un coin de rue. Les enfants étaient surpris, et un peu apeurés, vu la grandeur et
le regard du loustic. Certains osaient le toucher, mais dans le dos... ou sur le côté.
Là, une maman oblige la main de son petit à l'affronter de face. Seulement, ce petit là n'était pas aussi courageux que "maman".
Donald était un peu plus loin... il y avait trop de monde autour de lui. Impossible de s'en approcher.
Les musiciens troubadours du jour étaient postés devant quelques magasins, ou dans des espaces très passagers.
Le "Passo-Doble" et quelques autres musiques entrainantes faisaient valser certains curieux, ou amuseurs voulant épatés leurs amis.
Du rire et de la bonne humeur.
Arrivée au bout de la grande allée, je me suis retournée une dernière fois.
Quelle foule !
Je les ai laissé à leur joyeuses rencontres...
Ce fut le lendemain qu'on lui apporta des nouvelles du bois. Paul était parti dans on sommeil. Sans rien dire à personne. Sans un bruit. L'hiver l'avait
pris dans ses griffes monstrueuses.
- Tu sais, la nuit dernière nous avons eu très froid dans le bois. Le vent n'a pas arrêté de souffler. La neige est tombée durant une bonne partie de la
soirée. Il s'est laissé entrainer à boire plus que de coutume. Il disait que ça le réchauffait.
Ca l'avait contrarié de ne pas être venu te rejoindre, à cause de son pied dont la douleur était insupportable. Il nous a parlé de toi et de votre
rencontre. Il t'aimait bien tu sais...
- oui, je sais...
- Allez mon pote, ne sois pas triste, là où il est il ne souffrira plus.
- oui... mais est-ce qu'on est obligé de souffrir ? Il se parlait déjà à lui même, tout en s'en allant. Son Paul allait lui manquer. Oui... Merde ! Merde de
vie !
Une colère folle s'empara de ses trippes. Il faillit butter sur ses deux sacs avant d'y mettre un violent coup de pied. Il les avait oublié ces deux
là.
Cette nuit il allait faire encore plus froid que la précédente. Il devait trouver une rue où il y aurait moins de courants d'air. Avec ça, les trottoirs
començaient à garder la neige tombée la veille. Empétré avec ses sacs il parti, le dos encore plus courbé que d'ordinnaire.
Il comprenait mieux pourquoi Paul s'acharnait à autant boire.
Il ne savait plus qui avait prononcé cette phrase qui s'imposait dans sa mémoire, mais elle hurlait la vérité du vécu, sur les troitoirs de nos villes...
"Je bois pour oublier que j'ai faim, que j'ai soif, que je pue et que j'ai peur".
La colère grondait en lui. Elle augmentait en intencité. Même à son chien on construit une niche, quand il n'a pas droit, lui et ses compagnons, à un
morceau de couette.
Mais un être humain est moins qu'un chien. Il n'a plus sa place parmi le monde des humains s'il se retrouve dans la rue. Les nantis se souviennent un court
instant qu'on existe, en hiver. Le décès de l'un des notres est notre passeport dans le monde des vvants. Nous devenons alors un chiffre. Nous sommes un numéro. Les médias ne s'informent même pas
de notre nom. Pour eux aussi nous ne sommes qu'un autre anonyme qu'on ajoute au précédent.
"Un SDF est mort de froid" ! Notre nom, notre identité ne sont que trois lettres : SDF !
Mais Paul a existé. Il n'était pas invisible. ll s'appelle Paul Dumas. A la mairie on a enregistré son prénom et son nom, à sa
naissance.
Désemparé, il cri presque : "Pourquoi l'avez-vous effacé, vous les journalistes, préssés d'annoncer la sensationnelle nouvelle ?"
Même l'animal de compagnie a un nom. Et lorsqu'il meurt on dira à ses connaissances "Rex, ou la Minette" nous ont quitté.
Il pensa qu'ils étaient bien moins qu'un chien ou un chat. Rien. Il ne représentait rien. Il ne méritait même pas pas un nom sous la plume des
médias.
Trois semaines passèrent identiques. Rémy avait bien du mal à reprendre le dessus. Et le froid se faisait plus vif. Plus mordant. Il devint taciturne. Plus
solitaire. Même lorsqu'il rejoignait la camionnette pour se réchauffer un peu, il avait le regard perdu. Vide. Comme rentré à l'intérieur de lui-même.
Il prit aussi la mauvaise habitude de boire plus que de raisonnable. Les quelques connaissances qu'il rencontrait essayaient bien de le secouer un peu. En
vain. Il restait fermé à tout.
On pensa même que s'il continuait ainsi, il allait à coup sur devenir fou.
Ils n'urent pas le temps de voir cela.
Un matin de janvier, on le trouva à son tour dans la raideur de la mort. il avait terminé sa course. Plus rien ne viendrait troubler ses pensées. On annonça
son décés. Encore un, parmi tant d'autres. Il n'avait pas de nom, lui non plus.
Comme un oiseau tombé du nid, Rémy écrasa sa vie sur le trottoir de l'indifférence.
Ce qu'il ne saura jamais c'est que depuis quatre mois, son petit gars le cherchait. Les lenteurs de l'administration ne permirent pas à ce dernier de le
rattraper avant la mort. C'est au sortir de l'hiver qu'il apprit où il était. Il alla se recueillir sur la dépouille de cet homme, qui lui servit un temps de père.
Trop tard pour tous les deux. Il se sentait orphelin d'amitié, et de coeur. Une seconde fois.
Sur ses poignets croisés, les premières larmes mouillèrent ses doigts serrés à lui faire mal. Il se rendait compte qu'il n'avait plus pleuré depuis bien
longtemps.
Son enfance se dessina rapidement comme pour rendre hommage à Rémy et à tous ceux qu'on réunissaient en ce même lieu. Un anonyme au milieu d'autres
anonymes.
Le temps est ce qui manque le plus aus oubliés du système. Aux exclus de la société.
Mais qui s'en inquiète ?
Son "petit bonhomme" comme il aimait l'appeler, déposa son bouquet de fleurs, à même le sol battu . A leurs tours, elles s'effaceront. Disparaitront,
deviendront poussière.
- Rémy, tu vas me manquer...
____________________________
(Chaque année j'envois une nouvelle à un concours. Cette année je me suis permis un petit rappel pour ces femmes et ces hommes qui tendent la main dans les
rues de nos villes.
Un jour je vous raconterai l'histoire de l'un d'entre eux. Un parcours étonnant et qui ne manque pas d'humour. Une vie qui l'a mené même au delà de nos frontières. Il m'a permis de prendre note
de pas mal d'anecdotes)
- Ces patrons sans vergogne ont largement profité de l'aubaine que représentait nombre d'entre nous.
C'est ainsi qu'au bout d'une année je me suis retrouvé dans la rue. Totalement. Trouver du travail quand on n'a pas accès au savon et à l'eau, ça pose
problème. On devient vite un paria. Un refoulé du système qui ne regarde que l'aspect extérieur d'un homme. Ils ne prennent pas le temps du questionnement. Mais une chose est sure : dès qu'on est
aspiré dns le rouage d'une administration sans coeur, pour en sortir, cela est humainement à la limite de l'impossible. Ce qui est valable, dans tout ce qu'elle représente. On a bien compliqué la
vie des humains.
C'est Paul qui le premier m'a réservé un bon accueil sur les trottoirs...
- Tu dois en vouloir à la terre entière.
- Pas forcément.
- Tu n'éprouves pas d'amertume ?
- Qu'est-ce que tu crois ? Bien sûr qu'il m'arrive d'être amer. Ou de ressentir de la rage. Seulement contre les imbéciles, et les ciniques qui contribuent
à notre devenir errant.
On ne fini jamais dans la rue par hasard. Ni à cause d'une mauvaise gestion de notre vie. Il y en a même qui pensent que c'est un choix. Pour eux, le fait d'entendre le refus du "sans logis"
d'aller dormir dans un centre d'hébargement est révêlateur.
Toi même, avant de t'occuper de nous, ne te posais tu pas cette question insensée ?
- C'est vrai que je ne comprenais pase pourquoi vous préfériez rester dans la rue, au risque de perdre la vie, lors d'hivers glacials. A présent, si on me fait la réflexion, je sais répondre à la
question. Je ne permets plus aux autres une telle inculture morale.
- Tu vois bien que tu as fais des progès mon petit gars ! Allez, donne-moi un second café. Il réchauffera le bout de mon nez.
Rémy se sentait comme épuisé. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait autant parlé. Une vraie pulsion. Décidemment, cet hiver ne lui était pas favorable. Le voilà qui se mettait à nu devant
ce gamin qu'il ne connaissait que depuis quelques mois. La solitude n'était pas toujours bonne conseillère. Depuis un certain temps, le souvenir de son autre gamin s'installait de plus en
plus dans ses pensées. Il regardait souvent une photo jaunie, aux nombreuses traces de doigts, qu'il avait emporté dans son bagage. Aujourd'hui ce petit ne devait pas être plus vieux que
son travailleur social.
Et son ami Paul qui n'arrivait pas...
- Au revoir Rémy. A bientôt.
Un long frisson le parcours dès qu'il se retrouve sous le souffle du vent. Avec ça, de cristalins éclats glacés s'envolent dans tous les sens et viennent le giffler.
La neige n'était pas loin. Un tapis blanc viendrait bientôt recouvrir la capitale.
Il retrouve ses bagages laissés avec ceux de ses compagnons, dans un coin de l'avenue, qui n'était pas épargnée par les courants d'air. De dures journées et nuits attendaient le monde des
oubliés, songe-t-il..
Il repére une ruelle où il pourrait se poser avec Paul, pour tendre la main et collecter quelques pièces. Paul ferait la conversation, comme toujours. Cet homme semblait être en ligne, de façon
constante, avec tous les potins de la moitié de la capitale. Si bien qu'on le surnommait "Monsieur Radio-trottoir". Un vrai bout-en-train ce Paul. Il arrivait à faire rire même les plus bourrus
du groupe. Sauf lorsqu'il voyageait dans les brumes de l'alcool.
Avec ça, d'une grande gentillesse avec tous. Même ceux qui avaient le vin mauvais ne le bousculaient jamais, lui.
Une seule année dans la rue, et cela vous changeait un bonhomme. Mais pas lui. Dix sept années qu'il connaissait, le bougre, cette rue.
Tout de suite il l'avait mis au parfum des us et coutumes du troittoir.
Rémy se mit à sourire à cette seule évocation. Son ami n'avait que 47 ans, mais il en paraissait dix de plus. Foutue rue !
.../...
- Tu me sembles plus soucieux que d'habitude Rémy. Je te vois parti, de nouveau. Je sais bien que tu n'es pas très bavard, mais si tu as envie de parler, on peut s'isoler un peu dans notre salon roulant.
- Je tirais de petites conclusions personnelles.
- Je comprends mieux pourquoi on te nomme le phylosophe solitaire...
- Bof ! C'est pour me taquiner.
- Depuis combien d'années es-tu dans la rue ?
- Dans quelques semaines cela fera 13 ans.
- Tu voudrais me parler de ton parcours ?
- Pourquoi pas...
Noël venait de passer depuis quatre jours, lorsque j'ai décidé de quitter femme et enfant...
- Tu as un gamin ?
- Non ! C'était celui de ma femme. J'avais 23 ans lorsque je l'ai demandé en mariage. Tout de suite ça a collé entre nous. Nous travaillions dans la même banque.
- Tu étais employé de banque ?
- Tu sais, parmi tous les misérables que nous sommes, il y en a même qui ont été des chefs d'entreprise.
Mon pote Paul était un employé de mairie. Dans les bureaux. Je crois même que c'était un petit "chef".
- Je suis désolé, il m'arrive d'être maladroit.
- Tu ne peux pas tout savoir alors que cela ne fait qu'une année que tu nous cotoie.
La majorité des gens qui ne nous regardent même pas, lorsqu'ils nous voient dans la rue, pensent que "cas social", cela veut aussi dire culturellement et intellectuellement illétrés.
Notre parcours ne les interesse pas, parce qu'ils n'ont pas envie de s'engager. Leur coeur est aussi asséché qu'un désert.
- Tu pensais à tout cela ?
- Oui. Rien n'est pire que l'indifférence. C'est l'oubli total pour celui qui a tout perdu. Même la dignité qu'on lui
doit.
- Tu es toujours marié ?
- Je ne sais pas, mais je ne crois pas, après autant d'années... Je pense qu'elle a dû refaire sa vie. J'aimais bien son gamin. C'était un gentil petit gars, avec qui je jouais dès que j'allais
le récupérer à l'école. C'était mon travail le plus important, ça.. Et ça me plaisait. Certains dimanches, je le chargeais sur mes épaules et nous partions faire notre grand tour de ville,
pendant que sa mère préparait le repas. Il avait deux ans lorsqu'il est entré dans ma vie. Pendant sept années nous avons bien rit ensemble.
- Qu'est-ce qui c'est passé ?
- Sa mère voulait changer de ville. Etre mutée quoi...
Nous avons beaucoup discuté de cette éventualité. Et puis elle a reçu une réponse favorable. Pour moi, ce n'était pas pour tout de suite.
Nous avons donc déménagé à plus de 200 kilomètres de la capitale. Je ne les voyais que les week-end puisque je ne pouvais rentrer chaque soir chez nous. Puis les fins de semaines se sont
espacées. Nos revenus avaient du mal à tenir la distance.
C'est ainsi qu'ont commencé à s'installer des tensions. Un stress permanent.
Au bureau aussi car je relançais souvent la direction pour savoir où en était ma demande de mutation.
Mon petit bonhomme ressentait ces tiraillements. Mes deux dernières années auprès de lui furent éprouvantes pour tous les trois. J'ai laissé ce petit bonhomme de neuf ans entre les mains de sa
maman. C'est ce que j'avais de mieux à faire.
-Mais à la banque, tu n'as pas essayé d'expliquer ta situation ?
- Bien sûr que j'ai essayé. Cela ne les a pas empêché de se moquer gentillement de moi. Puis on m'a fait comprendre que c'était moi qui avait accepté ce choix de vie. J'ai subi des pressions de
la part de mon propre chef de service.
Et un jour ma femme m'a demandé de démissionner pour aller la rejoindre. Elle m'affirmait que je retrouverai très vite autre chose. J'ai voulu y croire...
De longs mois de chomage se sont ajoutés à la longue liste d'autres problèmes.
Je n'ai pas su y faire face. J'ai préféré la fuite, à une solution que j'avais du mal à entrevoir. Je suis revenu au point de départ. J'ai fait de petits boulots. A n'importe quel prix. Je me
suis inscrit à la très longue liste de ceux qui recherchaient un appartement.
Crois-moi, je n'ai pas ménagé ma peine pour trouver du travail. Seulement, sans boulot fixe, pas moyen d'habiter un lieu convenable. Et sans adresse fixe, les patrons ont un peu de mal à faire
confiance. Ou alors c'est l'exploitation. Il m'est arrivé dans deux boites différentes, d'avoir droit à une couchette dans une coin de grange, puis dans une cave.
Pour l'hygiène corporel, c'est ce qui est le plus difficile à accepter. Ne pas arriver à être à jour à ce niveau, c'est comme priver un être humain de sa difnité. Car on sait très bien que cela
va déranger tous ceux qui s'approcheront de nous. Rien n'est pire que de surprendre le rejet, dans le regard de l'autre. C'est l'une des humiliations que l'on a bien du mal à oublier. Ce
dégoût éprouvé, pour nous, est très douloureux.
.../...
Il écarte complétement couverture, journaux, plastiques, pour interroger ses orteils. Il ôte ses chaussures, puis les deux paires de chaussettes. Ils ont
froid, mais ils bougent. Tout va bien pour cette fois-ci encore. Il se frictionne énergiquement avec ses mains, puis se rechausse.
Rémy commence à emballer son bien, qui ne tient que dans deux sacs en platiques. Papiers et journaux, et large couverture de plastique, il les embarque. Il
sait que s'il laisse cela dans un coin de rue, même à l'abri des regards, il y aura toujours quelqu'un qui osera le jeter. Un désordre insupportable pour les habitants du quartier, ou un maire
trop zélé.
Un homme à terre on ne le voit pas. Il passe inaperçu. Mais un bien de misérable, on se presse pour le mettre hors de la vue. Une rue se doit de rester
propre. Nette. Rien ne doit trainer.
Rémy ne gardera que deux pages de journal, à portée de main. Une fois pliées, elles feront un excellent paravent sous l'un des deux pulls avant d'enfiler le
manteau arrivé en fin de course, lui aussi.
Sa nouvelle paire de gants, trouvée sur une murette prêt d'un parc, vient compléter la panoplie du parfait errant d'une grande ville... devenue trop étroite
côté coeur.
Ses deux sacs à bout de bras, Rémy quitte son hotel de fortune, à ciel ouvert.
Il va rejoindre son copain Paul sur l'une des artères "très" passagère de la ville. Aujourd'hui il a besoin de l'entendre parler. D'écouter des
conversations, même s'il ne s'exprime pas toujours. Il s'autorise ce plaisir. Ils s'adonneront aux joies de l'aumone ensemble. Ou boiront un coup, si l'un des compères réussi à apporter une
bouteille.
Rémy ne boit jamais, mais il ne refuse pas une invitation. Il lui arrive même d'offrir une bouteille à ses compagnons de route. De quoi entretenir des liens
conviviaux avec son entourage.
Huit heures sonnent au clocher proche, alors qu'il rejoint d'autres compagnons de "mauvaise" fortune.
Paul n'est pas là, lui d'ordinnaire le premier sur leur lieu de rendez-vous. Avec deux autres, il habite sous une cabane améliorée, comme "ils disent", dans
le bois de Vincennes. Au moins peuvent-ils laisser le peu de ce qu'ils possédent, sur place. Tolles et cartons solides forment la base d'un tel abri. Des mètres de plastiques protégent le tout,
contre la fureur de l'hiver. Du moins le pensent-ils. Il y en a même qui ont pu se fournir de brins de matériaux durs. Ou bien des planches ceuillis sur quelques terrains vagues. On campe par le
fait dans le bois, avec ses casserolles et ses gamelles. Un moindre mal, lorsqu'on n'a que la rue pour logis.
- Bonjour Rémy !
- Bonjour François ! Je n'ai pas vu arriver votre minibus.
- Normal puisque tu étais profondemment occupé dans tes pensées. Tu peux venir avec les autres t'asseoir un peu
au chaud. Un café fumant t'attend.
- C'est que mon copain Paul... je ne veux pas le rater.
- Ne t'inquière pas. Regarde, nous sommes garés juste en face, de l'autre côté. Il verra tout de suite notre vieille
branche roulante.
- Bon, je viens. Je prends mes valises et je te suis.
- Je vais t'aider... mon collègue va marcher un peu dans les parages, à la recherche
d'autres "amis".
Annick est entrain de préparer les boissons chaudes, et des morceaux de pain qu'un boulanger a eu la
gentillesse de nous offrir.
Vous n'êtes que quatre pour l'instant, mais j'espère que Jean-Pierre pourra trouver le maximum de personnes.
Nous restons sur place jusqu'à 13 heures.
Cette rafraichissante possibilité Rémy les aime bien. Ces jeunes gens dévoués, il les ressent comme la lueur d'une bougie. Une toute petite lumière, mais
qui permet de s'accrocher un peu encore. Une bonne volonté qui surgit, alors qu'on ne l'attent pas. Une goutte d'eau qui n'étanche pas toute la soif, mais...
Pour légère qu'était la main tendue, elle réconciliait un tant soi peu, ceux de la "caste" oublié, aux hommes de bonne volonté.
Ces hommes et ces femmes de tous âges qui couraient les rues pour donner une poignée d'humanité, faisaient de bien belles choses. Que n'étaient-ils relayés
par les grands de ce monde, qui n'avaient que de belles paroles sur les lèvres ?
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