Mon refuge : la Rue... (2)

Publié le par sonja

La Côte et El Tintero 115

 

 

Il écarte complétement couverture, journaux, plastiques, pour interroger ses orteils. Il ôte ses chaussures, puis les deux paires de chaussettes. Ils ont froid, mais ils bougent. Tout va bien pour cette fois-ci encore. Il se frictionne énergiquement avec ses mains, puis se rechausse.
Rémy commence à emballer son bien, qui ne tient que dans deux sacs en platiques. Papiers et journaux, et large couverture de plastique, il les embarque. Il sait que s'il laisse cela dans un coin de rue, même à l'abri des regards, il y aura toujours quelqu'un qui osera le jeter. Un désordre insupportable pour les habitants du quartier, ou un maire trop zélé.
Un homme à terre on ne le voit pas. Il passe inaperçu. Mais un bien de misérable, on se presse pour le mettre hors de la vue. Une rue se doit de rester propre. Nette. Rien ne doit trainer.
Rémy ne gardera que deux pages de journal, à portée de main. Une fois pliées, elles feront un excellent paravent sous l'un des deux pulls avant d'enfiler le manteau arrivé en fin de course, lui aussi.
Sa nouvelle paire de gants, trouvée sur une murette prêt d'un parc, vient compléter la panoplie du parfait errant d'une grande ville... devenue trop étroite côté coeur.
Ses deux sacs à bout de bras, Rémy quitte son hotel de fortune, à ciel ouvert.
Il va rejoindre son copain Paul sur l'une des artères "très" passagère de la ville. Aujourd'hui il a besoin de l'entendre parler. D'écouter des conversations, même s'il ne s'exprime pas toujours. Il s'autorise ce plaisir. Ils s'adonneront aux joies de l'aumone ensemble. Ou boiront un coup, si l'un des compères réussi à apporter une bouteille.
Rémy ne boit jamais, mais il ne refuse pas une invitation. Il lui arrive même d'offrir une bouteille à ses compagnons de route. De quoi entretenir des liens conviviaux avec son entourage.
Huit heures sonnent au clocher proche, alors qu'il rejoint d'autres compagnons de "mauvaise" fortune.
Paul n'est pas là, lui d'ordinnaire le premier sur leur lieu de rendez-vous. Avec deux autres, il habite sous une cabane améliorée, comme "ils disent", dans le bois de Vincennes. Au moins peuvent-ils laisser le peu de ce qu'ils possédent, sur place. Tolles et cartons solides forment la base d'un tel abri. Des mètres de plastiques protégent le tout, contre la fureur de l'hiver. Du moins le pensent-ils. Il y en a même qui ont pu se fournir de brins de matériaux durs. Ou bien des planches ceuillis sur quelques terrains vagues. On campe par le fait dans le bois, avec ses casserolles et ses gamelles. Un moindre mal, lorsqu'on n'a que la rue pour logis.

- Bonjour Rémy !
- Bonjour François ! Je n'ai pas vu arriver votre minibus.
- Normal puisque tu étais profondemment occupé dans tes pensées. Tu peux venir avec les autres t'asseoir un peu
  au chaud. Un café fumant t'attend.
- C'est que mon copain Paul... je ne veux pas le rater.
- Ne t'inquière pas. Regarde, nous sommes garés juste en face, de l'autre côté. Il verra tout de suite notre vieille
  branche roulante.
- Bon, je viens. Je prends mes valises et je te suis.
- Je vais t'aider... mon collègue va marcher un peu dans les parages, à la recherche  
  d'autres "amis".
  Annick  est en
train de préparer les boissons chaudes, et des morceaux de  pain qu'un  boulanger a eu la gentillesse de nous offrir.
   Vous n'êtes que quatre pour l'instant, mais j'espère que Jean-Pierre pourra trouver le   maximum de personnes.
   Nous restons sur place jusqu'à 13 heures.
Cette rafraichissante possibilité Rémy les aime bien. Ces jeunes gens dévoués, il les ressent comme la lueur d'une bougie. Une toute petite lumière, mais qui permet de s'accrocher un peu encore. Une bonne volonté qui surgit, alors qu'on ne l'attent pas. Une goutte d'eau qui n'étanche pas toute la soif, mais...
Pour légère qu'était la main tendue, elle réconciliait un tant soi peu, ceux de la "caste" oublié, aux hommes de bonne volonté.
Ces hommes et ces femmes de tous âges qui couraient les rues pour donner une poignée d'humanité, faisaient de bien belles choses. Que n'étaient-ils relayés par les grands de ce monde, qui n'avaient que de belles paroles sur les lèvres ?

 

 

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Saidi 31/10/2011 13:04



C'est triste et dramatique que des personnes simples et démunies finissent leur existence , pleine de drames et de misère , dans le froid de la rue et l'indifférence
des gouvernants coupables d'ingratitude envers ces malheureux SDF dont bon nombre d'entre eux sont rejettés par la société impitoyable après des années de labeur et de soufrances .


Une tragédie universelle où des hommes meurrent dans l'indifférence et devant l'opulence de ceux qui n'accordent aucun geste d'humanité envers ces victimes du destin
les condamnant à s'éffacer dans la douleur et l'ingratitude alors que des richesses sont impunément gaspillées .


Des hommes meurrent encore de froid et de main dans nos sociétés opulentes dont les gouvernants renient leurs promesses électorales avec froideur et sans remords
dans un monde où l'amour , la justice , la solidarité sont des slogans creux .Des gouvernats responsables de la misère et de la souffrance de ces SDF condamnés à terminer leur vie sur
un trottoir froid gelé balayé par le vent et l'indifférence . Une tragédie humaine que ne peuvent atténuer l'engagelment et le combat d'associations humanitaires et de bénévoles humbles qui
tentent d'apporter leur modeste concours alors que les gouvernants s'étouffent dans leur opulence !


Triste réalité d'une humanité qui a renié ses nobles valeurs sur une terre où la vie d'un être humain ne vaut pas un sou ! un monde où les exclus continuereont
encore à trépasser misérablement dans l'indifférence !



écureuil bleu 02/01/2011 21:25



Comme tu le suggères chacun des grands de ce monde devrait prendre la place d'un de ces bénévoles au moins un jour chaque hiver. Bisous et amitiés



Alrisha 30/12/2010 18:53



Je crois que les belles paroles sont surtout sur les lèvres de ces humbles personnes qui s'occupent des "gens de la rue" ! Heureusement qu'elles sont là pour donner un peu d'humanité à cette
journée de combat pour ce sans abri.


Chez nous le dégel s'amorce un peu. Daniel et moi pensons pouvoir aller à Château demain. Voilà plus d'une semaine que nous ne pouvons sortir la voiture.


Je t'embrasse bien fort Sonia !



jardin zen 29/12/2010 15:03



oui.....les gens de pouvoir ne s'occupent que d'eux-mêmes,du bling-bling, et du politiquement correct !!
bizzzzzzzzzz



nadia-vraie 29/12/2010 04:31



Très beau Sonia.Tu écris si bien qu'on peut se mettre facilement à la place de ces gens.


À bientôt et bises amicales.