Enfance au Maroc

Publié le par sonja

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Lorsque je retourne dans ma boite à souvenirs, il y a aussi les années Maroc. Mes premiers pas dans l'enfance.
Ce qui s'impose à moi sur ce pays, c'est son soleil. Tout le temps. 
Et l'espace liberté aussi. 
A cela s'attache d'autres souvenirs, bien sur.
C'est en 1949, ou autour de cette année là, que mon père est allé s'installer avec sa famille, à Marrakech. 
Le travail étant un impératif. C'est ainsi que d'Algerie, nous voilà au Maroc. 
Mon père a essayé toutes sortes de boulots. L'après guerre ne fut facile pour personne.
Marrakech, la ville rouge. Aux couleurs chatoyantes, au sein même d'un souk mystérieux, et chaleureux. Parfums épicés. Ou arômes de mets divers.
Et paysages à l'allure d'oasis... Une ville magnifique, en plein désert.
Eclatante ville sous la caresse du soleil. Températures dépassant parfois les 40°. 
Très vite, j'ai pris conscience que j'habitais un coin magique, pour les yeux de l'enfant que j'étais. Les alentours de Marrakech ont bercé mon enfance. Nous habitions à 7km de la ville, selon les adultes qui m'entouraient.
Un coin de désert plein de charme. C'était à la Targa. C'est ici qu'intervient le mot "espace". Que de place en effet, pour l'enfant que j'étais. Près d'une ferme, ou dans une ferme, nous avons habité. Une immense cour de récréation. La nature ! Du soleil. Une terre brûlée. Et des animaux étranges...
L'endroit qui s'impose à moi très souvent, avant que je ne retourne à Sidi Bel Abbès, ville où je suis née, c'est le lieu où nous demeurions. Un grand mur qui prenait en otage des maisons, à l'intérieur. Quelques voisins. 
Un atelier de mécanique, et une pompe à essence juste devant, à l'extérieur des murs. Je crois...
Des voitures ou des carrosseries faisaient partis du paysage intérieur. Du dépanage ininterrompu pour le ou les mécaniciens en occupation. Et le nez et les mains pleins de cambouis.
Voilà pour l'image du garage.
Mon père leur rendait régulièrement visite pour des discussions animées.
Ma mère s'occupait de la maison et de sa famille. Elle ne manquait pas de taches quoi qu'il en soit. Le puits était l'eau si précieuse qui nous apportait la fraicheur dont nous avions besoin. La pompe nous permettait à tous, d'en profiter sagement.
Je revois mon père juché sur son tracteur, ou ouvrier dans quelque besogne, dans laquelle il était occupé.
Nous avons eu aussi faim. 
Il était également,  le monsieur qui faisait cuire brochettes et merguez dans un coin de cour, d'un restaurant bar, de l'endroit. Ce devait être le samedi ou le dimanche. On y dansait même.
On arrondissait les mois, comme on pouvait. Avec trois enfants à la maison, il fallait bien s'investir à temps complet. Je revois mes dimanches auprès de cet homme. Ce père que j'ai connu travaillant. Sans relache.
Ses obligations il les prenait à coeur. Je le revois préparant ces longues tiges en fil de fer, qu'il fabriquait lui même. Il enfilait viande et poivrons-oignons. Les merguez attendaient dans une assiette sur la petite table proche du barbecue. Une sauce piquante accompagnait ces viandes.  Pour les enfants que nous étions, c'était une vraie fête que cette sortie un peu particulière. Le parfum des grillades mettaient l'eau à la bouche. 
Là il y avait aussi un endroit aménagé pour les joueurs de pétanques. Autour des tables la clientèle donnait libre cours à ces joyeux échanges amicaux.  Une belle terrasse très ombragée. Raffraichissante. Parfois, mon père m'offrait une menthe au lait. Je la dégustais longuement... avec plaisir.
Français et espagnols se retrouvaient. La majorité étant des colons. "Petits" colons méprisants qui traitaient les autres avec hauteur. On n'était pas tendre avec mon père. Le petit vendeur de brochettes se faisait aussi bousculer. Ou moquer. La bétise humaine dans toute sa superbe. J'ai saisis la mesure de ce comportement, plus tard... lorsque les années sont passées.
Je n'ai commencé à aller à l'école qu'à l'âge de mes sept ans. Ce qui m'a laissé bien du temps pour me constituer un joli livre de souvenirs "en liberté". Il y a quelques anecdotes qui me font sourire aujourd'hui encore...

Courir dans un champ de blé, pour le plaisir, ou pour m'y cacher. J'avais souvent ma mère aux trousses après quelques bétises de mon cru. J'étais championne à la course. Elle prenait son vélo pour essayer de m'attraper. Je la revois se dépêchant d'enfourcher son deux roues. Elle pédalait très vite. Mais je courais encore plus vite.
Elle ne pouvait m'avoir que lorsque j'oubliais qu'elle avait un compte à règler avec moi.
Rentrer à la maison s'avèrait fort dangereux. Que de fois ai-je du bousculer son tranquile devoir de mère...
Lorsque mon père assistait à  de telles scènes, je revois son regard pétillant de malice, ou riant sous cape.
Ce qui faisait enrager ma mère. Alors elle dirigeait sa colère contre lui. Elle lui demandait pourquoi il ne faisait rien.
Il répondait : "tu vois bien qu'elle court plus vite que nous". Il avait énormément d'humour...
C'est dans ce contexte que j'ai passé mes huit ou neuf années à Marrakech.
Un jour, je suis montée sur la moto de mon père, posée sur un pied. Depuis ma hauteur j'ai voulu la conduire.
Forcèment, elle a versé. Et je suis restée coincée en dessous. Prisonnière. On est vite venu me délivrer lorsqu'on a entendu la machine tomber. Silence de mon père, mais un réflexe rapide de la part de ma mère. Vous avez deviné lequel. Elle était coutumière du geste. Très souvent j'ai du l'effrayer par mes emportements téméraires.
J'étais également la championne de la grimpette. Grimper sur des murs. Grimper aux arbres. Fruitiers de préférence. A dos d'ane, ce qui me valu un certain jour, d'avoir été jetée à terre, de façon brutale.
Le vélo de ma mère était aussi une monture fort apréciée. 
Des bleus souvent. Des bosses régulièrement. Mais des aventures tout le temps...
Des orangeraies à perte de vue. Avec le parfum qui va avec. Des arbres éclatants lorsque porteurs de fruits. 
Il y avait d'autres vergers proches. Citrons et pamplemousses. D'ailleurs, ma première visite fut pour les pamplemousses. Visite qui tenait plus du chapardage. Nous ne savions pas ce qu'était déguster un fruit à l'époque. Vous pensez bien que mon premier méfait était le pamplemousse, parce que je l'avais confondu avec une orange. Délice de l'interdit et de la faim au ventre, aussi.
C'est de cette manière que j'ai fait connaissance avec les figues barbaries. La première fois, ce fut de la consternation.
Curiosité piquante et douloureuse. Mais quel fruit délicieux. C'est celui qui eu ma préférence. A l'uninamité, voté !
J'allais à la cueillette du jujube. Et de l'asperge sauvage. Entre les ronces pour les deux.
Nous partions parfois à la découverte de l'inconnu avec mon amie de jeux, la voisine. Toujours accompagnée de son petit frère. Puis ma soeur. Et mon frère, ensuite.  Etant l'ainée de l'équipe, je menais le jeu. La chef, c'était moi !

L'anecdote qui a le plus frappé les esprits, puisque la famille se la raconte encore... 
C'est ce jour où un brave monsieur vint avec sa charette et son ane pour prendre ou acheter quelque chose, au garage. Il avait bien sur laissé son véhicule devant la grande porte d'entrée. Et là, il y avait une petite équipe d'enfants qui s'amusaient à regarder passer les rares voitures, sur la grande route du sud. Discussions et jeux faisaient partis de nos réunions enfantines. 
Ce attelage fit malheureusement germer une drole d'idée. J'ai suggéré un voyage jusqu'à Marrakech ville. Hésitation de la part de mes troupes, mais finalement, j'avais réussi à embarquer tout le monde. Je tenais les rennes bien sur. Aux petits trots messieurs-dames...
Lorsque le propriétaire s'est rendu compte de la disparition il était dans tous ses états. Normal, c'était son outil de travail. Branle bas de combat sur les lieux. Tout le monde se posait des questions.
Mon père demanda alors où j'étais. Ne me trouvant pas, il parait qu'il dit à ce brave homme, qu'il savait où se trouvait sa charette et son âne.
C'est ainsi qu'on est venu nous cueillir en voiture, presque au bout de notre voyage. Fessée assurée. Mais qui ne m'enleva pas pour autant, mon goût pour le vagabondage.

Nous étions proches d'un canal qui longeait tous les vergers du coin. C'est là que nous prenions nos bains piscine. Entre têtars, araignées, et libellules.
Une rivière coulait derrière notre habitation. Ombragée par un rideau de roseaux. Nous y pataugions régulièrement. Parfois, de petits serpents venaient à notre rencontre. Signal pour le groupe. Retranchement toute. Nous quittions les lieux à une vitesse incroyable.
J'ai aussi taquiné le scorpion. Les abeilles. Les fourmis. Aventures et mésaventures assurées.
Avec pour cadre, un désert caillouteux, un horizon magnifique qui donnait sur l'Atlas poudré d'une blancheur éclatante, sous le soleil généreux.
J'ai énormément aimé cet endroit magique pour l'enfant que j'étais. 
La liberté. Le sens de l'espace, c'est au Maroc que je l'ai goûté. Pas de porte qui aurait pu bloquer notre sortie hors de notre maison. De l'évasion. Sans limite. Une cour de récréation comme peu d'enfants connaissent aujourd'hui. Une nature sauvage, mais irréelle de beauté...
Des nuits sombres, sous un ciel étoilé, comme on en voit rarement aujourd'hui. Aucune pollution lumineuse. Juste le ciel et nous. Je me souviens de certains soirs où mon père nous racontait les astres. Les étoiles. Les constellations. Les planètes. Il avait une connaissance énorme sur le sujet. Cela ressemblait à des contes pour nos petites oreilles avides de toujours en savoir plus. Les étoiles filantes, elles étaient souvent au rendez-vous.
A l'époque, l'électricité était rare dans les maisons. D'une pièce à l'autre, je revois ma mère se déplaçant avec la lampe à pétrole. De quoi jouer à de joyeuses parties de cache-cache, où on ne retrouvait plus personne.
De vrais félins à deux pattes.

Il y a eu également cette fameuse journée qui avait effrayé les habitants du coin. Ce que nous comprimes plus tard. On parlait à la maison de l'invasion des indésirables ailées. Ce genre d'insecte qui laisse place nette après son passage. Les sauterelles. C'est ainsi que nous vimes s'abattre une nuée d'insectes volants, et voraces. Même le soleil semblait avoir disparu. Pour les gens qui ne possaidaient rien, les conséquences n'était pas catastrophiques. Nos voisins quand à eux, devinrent les oportunistes du moment. Avec leurs enfants, nous fument invités à aller à la chasse aux sauterelles. Une folie nuageuse autour de nous. Ca s'abattait de partout à la fois. S'accrochait à la chevelure. Se bousculait. Mais les grosses bêtes que nous étions n'interessaient pas du tout ces dévoreuses. C'est ainsi que ce jour là, j'appris à faire la cueillette des sauterelles. Emprisonnées dans des sacs de jute. Et ficellé dès que remplis. Ainsi nous avions emmagasiné avec les voisins, une quantité sans doute phénoménale. Que fait-on avec ces petites bêtes ? On les mange pardi... Cuites dans le four en terre, fabriqué par le voisin. Petite réserve que les voisins s'étaient constitués. J'ai donc eu le privilège de manger de la sauterelle grillée. 
Quand aux détenteurs de grandes propriétés, on en entendit parler très longtemps... ces petites bêtes avaient fait un véritable festin.
Le goût ? Ah ! mais c'est que je ne sais pas du tout. C'est si loin. Mais il parait que c'est doux comme le miel.
Parfois, avec la maman de ma compagne de jeux, nous nous tenions devant le four lorsqu'elle préparait et mettait à cuire son pain. De l'art dans toute sa superbe. Des gestes délicats et qui nous semblaient compliqués
Le temps de la cuisson venait chatouiller nos narines. Un arôme tentaculaire. Il s'emparait de nous de façon envoutante. Nous salivions d'aise. Ce qui n'était rien, comparé au moment où la maman sortait ce pain qu'elle rompait devant nos yeux d'enfants émerveillés. Il était chaud. Délicat sur nos palais...

Nous étions un peu isolés dans ce coin de nature et la maison délabrée que nous habitions avait de quoi interpeller. Mais quelle enfance délicieuse !
Si j'ai bonne mémoire, je pense que nous avions déménagé pour nous installer à Marrakech même, au Gueliz, lorsque le toit de notre cuisine s'effondra. Comme partout ailleurs, les propriétaires indélicats de ces taudis attendent l'accident, pour réaliser qu'il y avait danger.

Pas loin de là, il y avait la demeure d'un riche membre de la noblesse marocaine. Ma curiosité m'a poussé parfois jusque là. C'est ainsi que je me suis trouvée invitée par les maitres des lieux. J'ai même partagé le repas de leurs enfants. Assise sur des matelas moelleux, recouverts de tapis d'ouvrage délicat. Des repas fins. Pour des gourmets. Une demeure magnifique, aux décorations des mille et une nuit. Il y avait des femmes très belles, aux yeux noirs. Elles étaient habillées de soie, ou de parures scintillantes. Lorsqu'on est enfant, cela devient du rêve...  ma mémoire n'a pas oublié cela non plus.
Ni le fait que le père fut assassiné dans sa voiture, pas loin de là, quelques années plus tard...

Voici venu le temps de la scolarisation.
J'ai détesté. Dès le premier jour.
Cette école était hostile à ma présence, et à tout ceux qui nous ressemblaient, ma soeur et moi. Elle est venue rejoindre les bancs de l'école une année après moi.
Nous avons subi des traitements odieux. Ma soeur, bien plus que moi. 
Obligation pour nous de rester à la cantine, puisque nous habitions à 2km de là. Etant dans la même classe, du CP au cours moyen, nous étions donc une bonne poignée d'enfants. La plupart venant de milieux favorisés.
Ce qu'on n'a jamais oublié de nous rappeler. Nous avions deux instituteurs. Mais deux malades aussi...
Humiliations, giffles à répétitions, fessées... à la cantine brimades et moqueries. Ces messieurs pronaient une violence incroyable.
De plein pieds dans un racisme primaire. J'y ai mis ce mot, bien plus tard. Lorsque j'ai réussi à analyser tout ce que nous avions vécus.
C'est exactement le même problème que rencontrait mon père avec cette catégorie de personnes.
J'apporte quelques faits concernant cette période dans la catégorie "atelier d'écriture", de mon blog. 

Nous nous rendions à pieds ou en vélo à l'école. Ma mère ou un voisin nous accompagnaient. A trois sur un vélo.
De vraies parties de rigolades assurées. 

Mes souvenirs ne s'arrêtent pas là, je reviendrais donc pour la suite de ces aventures...

Publié dans Voyages

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marc 04/07/2007 08:53

Bonjour Soniapas très présent en ce moment,très occupé.C'est pour moi un véritable plaisir de passer te lire,une enfance passée dans un endroit enchanteur pour toi .Dans nos souvenirs d'enfance il y a ceux qui nous ont fait soufrir mais il y  aussi heureusement ceux qui nous reviennent comme des moments délicieux.bonne journée Sonia :0010:bisesjaguar placide

sonja 04/07/2007 09:03

Coucou,Plaisir de retrouver tes passages quotidiens. Plaisir partagé. Les souvenirs sont en effet un mélange. Mais je retiens plus facilement ceux qui font du bien. Ces souvenirs là, ils ont ma priorité. Ca aide à avancer... L'écrire, est encore plus délicieux. Ce sont des voyages dans le passé, qui ne manquent pas de couleurs.A bientot de te lireJe te souhaite une excellente journée et tous les courages dans tes occupationsSonia

Sophie (Ti Taz sur OB) 02/07/2007 08:45

J'ai bien aimé l'histoire de l'âne disparu!lolJe n'ose même aps imaginer la fessée que tu as dû te ramasser! Ma pauvre...Je te souhaite de passer une très bonne journée, bisous

sonja 03/07/2007 22:21

Voilà un épisode que moi non plus je n'ai pas oublié. Mais la fessée, oui...Merci pour ton passage.A un autre jourBisous

Malika 01/07/2007 16:55

Merci pour ce soleil que tu nous envoies.  Malika.

sonja 01/07/2007 17:49

Bonjour Malika,Ta visite est aussi un rayon de soleil. Mes souvenirs sont ce que ce pays chaleureux m'a donné...A un autre jour.Pensées amicalesSonia

alrisha 29/06/2007 21:57

Merci Sonia de nous faire participer à la remémorisation de tous ces instants d'enfance ! Je n'ai jamais quitté le continent européen. C'est un rêve pour moi que de voir l'Afrique du Nord qui doit sûrement avoir bien changé de puis l'époque dont tu parles. Mais, les grands espaces, la lumière et les couleurs environnantes toujours présents.A la lecture de tes souvenirs, je ne suis pas étonnée de ta sensibilité aux photos et aux réalités cruelles de la vie face à l'injustice, l'irrespect ou la violence.Un vrai moment de bonheur que la lecture de cet article ! Je ne suis pas une grande lectrice de romans; Ce que je recherche dans mes lectures, c'est quand les gens racontent leur vécu quel qu'il soit: "Dans la peau d'un intouchable", "le tour du monde à vélo", par exemple.Dès que j'aurai du temps, je lirai tes "ateliers d'écriture".

sonja 01/07/2007 17:45

C'est un plaisir que de partager quelques uns de mes souvenirs...L'Afrique du Nord a aussi beaucoup de charme. Il y a de beaux paysages et de la générosité chez ses habitants. L'espace et la lumière est ce qui frappe le plus.Merci pour ton apréciation. Tes commentaires sont délicieux. Le Maroc a beaucoup changé il est vrai, mais on peut s'y retrouver. Ce sont les promoteurs qui ont assez  défigurés la ville. Ce qui est fort dommage, car ils n'ont pas l'intention de s'arrêter. Il y a de nombreux projets de ce type pour le grand tourisme fortuné. Des palaces plutot que des hotels, selon les plans... drole de conception du tourisme. Mais bon...A très bientot de te retrouver...