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Mercredi 11 juin 2008

Sur les pas de "Terre Sauvage", dans la magie de ses reportages je vous emmène. Le mois de juin est lui aussi propice à de merveilleuses cueillettes nature.
La faune et la flore vous fera danser ce mois ci aussi.
Je vous laisse aprécier le parfum et la couleur de vos émois...
C'est pourquoi je vous citerais pour ouvrir les pages de la saison, ce que "Terre Sauvage" murmure sur notre mois de Juin.
"Nature, ton nom ne s'écrit jamais aussi bien qu'en juin. En capitales d'étoiles ou minuscules de libellules. A
 l'encre de chlorophylle, de rosée ou en lettres de feu d'un soleil amoureux.
 Et la promesse de te protéger à jamais, signons-la de notre sang pour qu'elle ne reste pas lettre morte."

Un drôle de chansonnier
Le soleil, déjà haut dans le ciel, a mis les oiseaux en veilleuse, sauf un. L'irréductible bruant jaune continue de pousser sa chansonnette. Laquelle est, avouons-le, un brin monotone. Une note aiguë, répétée six fois, puis un son appuyé en guise de chute. Couplet que le passereau ressasse à n'en plus finir. Fièrement, en plus, à voir son bec gaillardement pointé vers le ciel et son torse largement bombé !
Allez, pour son adorable frimousse couleur bouton-d'or, on est prêt à écouter sa rengaine jusqu'en août.

Nichée sur l'eau
Un feu follet virevolte et papillone au-dessus de l'étang. Ce lutin aérien, en costume gris et beret noir, est une guifette moustac.
Telle une bergère d'azur, elle surveille fébrilement le troupeau d'insectes qui bourdonne à fleur d'eau. Pour les protéger ? Sûrement pas ! D'un coup, elle s'élance en piqué sur la nuée, et repart, son bec carmin orné d'un trophée : une splendide libellule. En deux coups d'aile, elle rejoint son nid, plate-forme flottante installée au milieu des nénuphars, où s'impatientent trois poussins gardés par leur père. Lequel s'envole aussitôt pour chercher fissa la suite du repas... Une libellule pour trois, c'est plutôt léger !

L'iris des marais
En grec, iris signifie "arc-en-ciel". Comme lui, l'iris des marais a besoin d'eau pour s'exprimer. Une mare, un étang, voire un fossé font l'affaire de celui qu'on appelle aussi faux acore. Du météore, la fleur n'a pris que deux couleurs. Le vert d'abord, dans la longue tige et ses feuilles en lame de sabre. Le jaune ensuite, dans les pièces florales, éclatantes comme des citrons de Sicile. Les maniaques qui n'ont de cesse que d'assécher les zones humides prennent sans doute cette plante pour une vulgaire "traîne-fossés". Qu'ils sachent que la fleur recèle des propriété dépolluantes, mais aussi moult vertus médicinales. Pour couronner le tout, une légende prétend que Clovis choisit l'iris, et non le lys, comme emblème de la royauté.

Nymphe d'eau
Dans le ruisseau, les feuilles filiformes de la renoncule flottante ondulent au gré du courant comme une chevelure d'ondine. Féerie aussi au-dessus du miroir où une myriade de sylphes vivrevolte parmi les plantes aquatiques. Corps d'aiguilles et ailes hyalines, ces insectes sont des demoiselles, les cousines des libellules. Le soleil qui joue sur leurs ailes irisées les fait pétiller dans les airs. Au repos, la lumière danse encore sur le corps bleu métallisé des coloptérys éclatants. Un nom d'espèce digne d'Astérix ! A l'instar du héros gaulois, l'animal est victime, comme tant d'autres, d'un envahisseur. Saurez-vous trouver lequel ?
Deux indices devraient vous mettre sur la voie : pollution et rectification des cours d'eau.

Chut ! Naissances...
Quelle malle aux trésors, le grenier ! Bien sûr, il y a les photos, les vieilles dentelles et leur cortège de souvenirs. Mais s'y cachent aussi quelques bijoux vivants, telle la sérotine commune, une chauve-souris plutôt timide. A peine a-t-on ouvert la porte du galetas que la vingtaine de femelles ayant élu domicile sous le toit disparaît aussi sec. Reste l'abondant guano sur le plancher qui trahit leur présence.
Juin est une période délicate car c'est la saison des naissances. Alors, limitez le va-et-vient dans les combles pour ne pas déranger ce petit monde ailé.
Les premiers jours sont cruciaux pour les bébés, aveugles et nus, encore incapables d'entrer en léthargie pour survivre à un éventuel épisode de mauvais temps.
Decidemment, j'aime trop ces chauves-souris, de quelque nom qu'il soit. J'aime les observer dès le crépuscule venu, dans leurs grandes rondes rapides. Ce petit animal qui m'a parfois frolé, lorsque sur mon balcon je me tenais...

Céleste rencontre
Le 30, une heure et demie après que l'astre diurne nous a quittés, regardez au-dessus de l'horizon, à l'ouest...
Vous verrez la planète rouge, Mars, à proximité de Régulus, l'étoile principale de la constellation du Lion. Une rencontre qui se fera sous l'observation d'un chaperon ! En effet, à leur gauche et un peu au-dessus, se trouvera Saturne....

La digitale pourpre
Cette grande digitale de la famille des scrophulariacées, aux multiples noms vernaculaires, apparait spontanément dans les coupes forestières, clairières et lisières des bois, dès que la lumière peut atteindre le sol. Vivace, elle se conserve sous la forme d'une rosette, avant d'émettre, au printemps, une longue hampe pouvant atteindre deux mètres de haut. Celle-ci, creuse et robuste, porte des feuilles velues et grisâtres, puis, de juin à septembre, une succession de fleurs pourpre clair, avec quelques taches plus soutenues à l'intérieur du calice en forme de cloche.
Cette digitale préfère les sols siliceux et frais. Elle est absente de la région méditerranéenne et des Landes.
La plante est toxique car elle contient de la digitaline. Plusieurs cultivars ornementaux existent pour les jardins.

Ce petit tour d'horizon nature, on s'y est un peu pris les pieds, et c'est tant mieux.
La nature nous régale si souvent de ses belles parures lumineuses.


par sonja publié dans : De reportages en reportages...
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Jeudi 22 mai 2008

Quelque part en Vendée,. Mais ce pourrait être n'importe où dans l'Ouest de la France. Et même ailleurs, car le ragondin est désormais chez lui partout, sauf en montagne, sauf où il n'y a pas assez d'eau pour lui. Disons-le sans acrimonie : ce personnage est un envahisseur.
Au départ, l'animal vivait -et continue de vivre- en Amérique du Sud. Et puis on décida de l'élever pour sa fourrure. Mais certains captifs de chez nous, qu'on ne saurait blâmer, préférèrent le chemin de la liberté. La belle, quoi.
Le résultat est moins joli à voir, car le ragondin, strictement herbivore, fait désormais concurrence à d'autres espèces et détériore, par ses galeries, les rives et les champs, lorsque des solutions adéquates ne sont pas mises en oeuvre. Même chose pour le rat musqué, lui aussi venu de l'Amérique latine, lui aussi bagnard évadé. Et lui aussi, de moins en moins bien supporté. Mais comment faire pour juguler ce grand mouvement d'animaux et de plantes qui accompagne la mondialisation des échanges ?
Et s'il n'y avait que les naimaux ! Chez les plantes, c'est encore pire, avec, croit-on, 500 espèces introduites en France, soit tout de même 11 % de la totalité de notre flore. Certaines servent de décoration dans les pots de fleurs, mais d'autres prolifèrent et menacent des écosystèmes entiers. C'est le cas des jussies et de la myriophylle du Brésil. Toutes les deux -quelle manie !" viennent d'Amérique du Sud et avaient, au départ, été choisies pour agrémenter les bassins et les aquariums. Eh bien, c'est réussi !
Elles se sont échappées, elles aussi, et quand elles trouvent des conditions favorables, au bord des lacs et des marais, elles forment des herbiers denses qui empêchent les autres espèces de vivre. Des herbiers qui, en se décomposant, privent l'eau d'un oxygène pourtant indispensable.

Mulots des villes et rats des champs
Si la myriophylle reste relativement confinée à l'ouest de la France, les jussies se rencontrent, elles, partout. La loi existe, et elle est même européenne depuis la directive Habitats de 1992. Elle demande aux Etats membres de veiller à ce que "lintroduction intentionnnelle d'une espèce non indigène à leur territoire soit réglementée de manière à ne porter aucun préjudice aux habitat naturels, à la faune et à la flore sauvages indigènes, et, s'ils le jugent nécessaire, interdisent une telle introduction".
Sans vouloir se moquer de l'Europe, disons que les contrevenants sont nombreux.
Oh, il existe bien quelques réussites, mais très limitées, comme vous allez juger par vous-même. On ne présente plus le surmulot, notre rat d'égout. Sur les îles, il est encore plus ennuyeux que dans nos caves. Rappelons qu'il peut percer une dalle de béton de 15 centimètres d'épaisseur.
En 2003, une grande opération a été tentée sur l'île Tomé, au large de Perros-Guirec (Côtes-d'Armor) : 620 stations de piégeage ont été installées sur les 35 hectares de Tomé, et plus de 600 rats finalement éliminés. Pour les biologistes, telle était la condition pour espérer voir revenir deux oiseaux rares, le puffin des Anglais et l'océanite tempête, dont les oeufs et les jeunes sont régulièrement dévorés par les rats.
Seulement, voilà : toujours rien en vue.

Ah ! cette nature qui demande de si grands soins après que l'homme ait mis sa patte de mauvais génie dans la sauce de l'impensable...

Lorsque j'habitais Pierrelatte, je courais les rivières et tous les points humides pour observer ce fameux ragondin.
Timide, mais il s'habitue très vite aux regards. D'autant si au bout d'un moment, il ressent la présence habituelle de son observateur. Que de fois me suis-je assise à proximité d'un point d'eau pour les suivre dans leur quotidien.
Ils mesurent entre 70 centimètres à un mètre. Et pèsent 6 kilos. Un rongeur tout de même impressionnant.
Ces grosse bêtes s'arrêtent, parfois, et t'observent à leur tour, les yeux droit dans les tiens.
Un régal mental !

Et mon grand tour dans la magie des reportages de "Terre Sauvage" s'achève ici, pour cette fois-ci !


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Mercredi 21 mai 2008

Je persiste, pour vous emporter sur les douceurs d'une faune variée et nombreuse. Sur les pas de "Terre Sauvage",  je vous offre leur reportage sur la ville lumière, qui cache si bien son jeu.
174 espèces d'oiseaux y ont été observées depuis 1980.
Je sais combien les Parisiens sont affairés, occupés, privés du temps précieux de la pause nature.
Ils semblent méconnaitre la belle avifaune que recèlent monuments et jardins.
Une richesse insoupçonnée...
Ne perdons plus de temps, prêtez moi votre main, accrochez-vous, et laissez vous conduire.

En fin de journée, un mois de février de l'année 2004, des ornithologues repèrent un bel oiseau.
Une gorge blanchâtre, un long bec et une queue noire se profilent, portés par deux ailes rouge carmin. Le tichodrome se pose sur le front du Panthéon et passe à la postérité. Les amateurs se dispersent, sourire aux lèvres.
Que diable faisait ce passereau, habitué des falaises montagneuses, en plein coeur de Paris ? Le thichodrome échelette vit entre 400 et 2500 mètres d'altitude. L'hiver, il lui arrive parfois de descendre dans les vallées, sur des façades de cathédrales ou de châteaux, mais celui-ci avait crrément traversé la Beauce ! Au bout d'un mois, le montagnard a disparu, aussi subitement qu'il était apparu.

Un bestiaire à plumes s'ébroue en plein Paris.
Les archives ornithologiques mentionnent avec précision les bizarreries aviaires de la capitale. Deux tichodromes échelettes avaient déjà été observés, à la fin de l'autone 1804, puis le 21 mars 1963. Ce même mois, une terible tempête sur l'Atlantique amène des guillemots de Troïl du côté du Pont Royal (1er) et des pinguoins tordas au-dessus de la rue Demours (XVIIe). La vague de froid de l'hiver 1956 jette un harle huppé sur l'île Saint-Louis. Cinq spatules blanches survolent le pont d'Austerlitz le 29 mai 1962. Trois cents oies cendrées strient le ciel parisien en octobre 1966. Quarante oies des moissons s'approchent de la gare Montparnasse en décembre 1967. Goëland argenté, mouette pygmée, huïtrier pie, cincle plongeur, hibou moyen duc, balbuzard pêcheur et océanité cul-blanc figurent également dans l'étonnant bestiaire à plumes de la capitale.
Il s'en passe de belles à Paris...

Xavier Japiot, naturaliste et spécialiste de la biodiversité urbaine, remarque : "Certains hommes, plus courageux, plus originaux ou plus résistants que d'autres, s'en vont parcourir les pôles ou affronter les déserts. Il en va de même pour les oiseaux erratiques. Et puis les conditionsclimatiques peuvent jouer un rôle. Les vents portent parfois des pouillots en plein Paris". Dans son bureau de Paris-Nature (Mairie de Paris), au coeur du bois de Vincennes, Xavier Japiot relève que "174 espèces au moins ont été observées dans la capitale depuis 1980". Dans le lot, on trouve beaucoup d'originalités éphémères, mais aussi des oiseaux installés durablement. "73 espèces nichent dans le département parisien, dont 53 au moins intra-muros." En ville, elles bénéificient de l'ilot de chaleur urbaine : le matin, les rues de la capitale affichent des températures supérieures de 2 à 3°C, à celles relevées en périphérie ; une différence appréciable lors des hivers rigoureux.
Toutes les espèces nicheuses sont parvenues à s'affranchir de la trilogie gîte-repas-sécurité. "Les oiseaux qui vivent en milieu urbain disposent généralement d'une niche écologique large, ajoute Xavier Japiot. Bien sur, les immeubles avec de grandes surfaces vitrées sont peu propices, car les mousses, les lichens et les insectes ne peuvent s'y fixer. Mais l'avifaune urbaine demeure peu exigeante. Par exemple, les pigeons bisets, les étourneaux, les choucas et les rouges-queues-noirs, qui apprécient les milieux minéraux et verticaux, s'accommodent bien des conditions offertes par les quartiers haussmanniens."
En réalité, le grand secret des oiseaux parisiens tient en deux mots, repris en choeur par tous les ornithologues : opportunisme et adaptation !
L'avifaune de la capitale prouve chaque jour que l'un ne va pas sans l'autre. Jusqu'à la loi de protection de 1976, la plupart des espèces sont chassables... et chassées. La ville représente à priori un espace sûr, à l'abri des coups de feu intempestifs. La tourterelle turque, arrivée en Ile-deFrance en 1960 et à Paris en 1962, surprend les scientifiques par son attirance rapide pour les milieux bâtis. De même, la "saturation" d'espaces périurbains et la concurrence intraspécifique ont probablement incité des individus à chercher une nouvelle niche écologique. En matière d'opportunisme, l'étourneau sansonnet en connaît un rayon. Au printemps 1994, 130 pins sylvestres adultes sont replantés dans la cour de la Bibliothèque nationale de France (XIIIe). Six mois plus tard, des milliers d'étourneaux sansonnets, venus de Grande Bretagne et d'Europe du Nord, y élisent dortoir pour l'hiver... Depuis 2004, chaque mois de janvier et/ou de février, la Bibliothèque convoque des fauconniers. Leurs buses de Harris -une espèce américaine- doivent effaroucher les étourneaux afin de limiter au maximum leur présence, et surtout leurs piaillements et leurs fientes...
Selon Xavier Japiot, l'une des plus anciennes adpatations concerne "le merle noir, oiseau forestier, qui a appris à calquer ses heures de chant sur les luminaires, et non plus sur le soleil !"
A l'unanimité, la palme de l'adaptation la plus surprenante revient aux corneilles noires. Cantonnées aux campagnes jusque dans les années 1960, elles ont conquis les millieux urbains avec un certain succès. Dans les années 1990, les ornithologues se sont émus de leur capacité d'ajustement... au plan Vigipirate !
"Le plan imposait des poubelles transparentes. Les corneilles ont bien vite compris que, sans fût ni couvercle solide, elles auraient à disposition un garde-manger permanent", explique Xavier Japiot. Dès lors, les corneilles prennent moins la peine de déterrer les bulbes dans les parcs et jardins parisiens : quelques coups de griffes suffisent, au petit matin, avant le passage des éboueurs. Finalement, la Mairie de Paris doit s'adapter aux corneilles noires, en installant des poubelles à la fois solides et transparentes...
Lorsque les oiseaux tirent le meilleur profit des plans de sécurité publique, les hommes n'ont plus qu'à tendre les yeux... et les oreilles !
Le chant grave et puissant du pic noir a permis à Xavier Japiot de repérer l'un des deux couples nicheurs de la capitale, dans un vieux platane du bois de Vincennes, près du carrefour de Pompadour.
"En travaillant sur le sujet, on s'aperçoit que le milieu urbain grouille d'espèces. Nous recevons sans cesse de nouvelles informations", conclut le naturaliste.
Paris regorge de beaux oiseaux, discrets, certes, mais surtout... ignorés !

Déceler la vie sauvage au coeur de la ville
Olivier Sigaud en donne la preuve par un dimanche après-midi ensoleillé, au milieu de la foule, sur l'esplanade du Carrousel du Louvre. Des milliers de touristes admirent les façades, photographient les Pyramides, se penchent sur les bassins. Olivier, lui, lève les yeux vers les voûtes de l'arc de triomphe, et compte à vois basse : "Vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf... " Il recense l'invisible : trente nids d'hirondelles de fenêtre, inscrustés dans les pierres de l'arc. Ils échappent totalement aux badauds. Pourtant, les hirondelles nichent ici depuis 1846, au moins, puisque Victor Hugo décrivait la colonie dans ses "Choses Vues... et écrit... La vérité, c'est que les gens ignorent que Paris possède une vie sauvage, que la nature existe en ville. Je me souviens d'un accouplement de faucons crécerelles en pleine esplanade du Trocadéro, dans l'indifférence générale !", s'amuse l'ornithologue éclairé.
Chaque printemps, le professeur en robotique à la faculté de Jussieu arpente Paris à vélo afin de dénombrer tous les nids d'hirondelles de fenêtre. Parties d'Afrique en février, elles regagnent les grands points d'eau francilliens, comme les étangs de Saint-Hubert et de la Bassées, vers Fontainebleau, afin de récupérer de leur longue migration. En avril, elles se réinstallent sur les murs de la capitale pour deux couvées estivales. Olivier Sigaud reprend alors ses pérégrinations "contemplatives et scientifiques", chaque dimanche, à 5 heures !"
"Les nids sont si discrets que je les repère aux cris. En plus d'une bonne oreille, il faut du calme, ce qui n'arrive jamais dans la capitale. Sauf le dimanche, à 5 heures !"

Allez Parisiens debout !

Les zones visitées doivent réunir trois conditions : gîte-alimentation-sécurité. Les hirondelles recherchent de la boue, qu'elles cimentent de leur salive pour édifier les nids. Les arbres -184 000 à Paris, hors bois !- et les points d'eau favorisent la présence d'insectes. Les hirondelles de fenêtre évitent les perchoirs accessibles aux prédateurs potentiels, dont les pies. Enfin, elles privilégient les hautes cavités abritées, les mordillons, les ornements, les petits créneaux. "A Paris, les deux tiers des nids seront donc aux premier et quatrième étages !" conclut Olivier Sigaud. La capitale comptait 417 couples d'hirondelles de fenêtre en 2004, 460 en 2005, 550 en 2006 et seulement 140 en 2007. "La faute à l'été 2006, soupire le recenseur. L'espèce est très sensible aux  variations climatiques. En juillet, quelques jours de grosse chaleur ont décimé la première couvée. Et début août, la pluie et la chute brutale des températures ont été fatales à la deuxième couvée et à certains adultes. Les rescapés ont fui dès le 15 août." L'ornithologue ne cache pas sa fébrilité avant le comptage 2008. Il espère une remontée des effectifs, ce qui conforterait la thèse de "'l'accident climatique 2006". Il "écoutera" longuement les murs du Louvre, de la Villette, et fera un détour par "la" maison à hirondelles de la capitale, dans le VIIe arrondissemnt : 18 nids sur une façade de la rue Sédillot, demeure d'un certain... Georges Hirondel.

Haut, très haut au-dessus des hirondelles, un cri strident se fait entendre. Revenu du bois de Boulogne, rassasié de quelques campagnols, un faucon crécerelle regagne son nid urbain. Où le rapace abrite-t-il ses amours ? Peut-être sur le Sacré-Coeur, Saint-Sulpice... "Un couple a déjà élu domicile dans un tuyau d'aération à l'höpital de la Pitié-Salpétrière, un autre dans une jardinière, sur un blacon de Bobigny", remarque Frédéric Malher. A moins qu'il ne fasse partie des habitants de Notre-Dame-de-Paris. La fameuse cathédrale a accueilli jusqu'à cinq couples simultanément, une densité exceptionnelle au regard de l'instinct peu grégaire des faucons-crécerelles. Chaque printemps, le Corif dresse stands et longues-vues sur le parvis de Notre-Dame, afin d'initier Parisiens et touristes au spectacle de l'ornithologie urbaine. Ils observent, incrédules, le vol sur place du rapace. A l'affût du moineau inattentif, il repart bien vite se reposer près d'une gargouille, des heures durant, immobile, la tête enfoncée dans ses épaules brunes.
Le long de la Seine, les oiseaux marins s'en donnent à coeur joie. Goëlands leucophées furètent sur les quais ou se laissent balloter dans lerau, au gré de l'onde provoquée par les bateaux-mouches...
Un nuage d'étourneaux sansonnets s'envole au-dessus de la gare de Lyon. Rien d'extraordinnaire pour le scientifique, mais l'amoureux ou l'épris de nature s'arrête pour profiter de ces scènes de vie sauvage dans le décor de la capitale. "C'est quelque chose de très important. Ce genre de sène n'a aucun intérêt en rase capagne. Elle est trop commune. Mais cette présence de la nature au-dessus des paysages parisiens est toujours un moment de poèsie", s'émeut Olivier Sigaud.
Plus loin, dans le parc de Bercy, un héron cendré se laisse approcher par les badauds. Il pêche les carpes koïs et les poissons rouges des bassins. Ici, l'eau gêle rarement, et ce solitaire a peu de chances de se retrouver le bec dans la glace. La plupart de ses congénères ont choisi le lac des Minimes, au bois de Vincennes, ou les milieux humides du bois de Boulogne, à l'instar des canards et fuligules milouins. Les deux grands bois parisiens profitent de la protection de deux "réserves parapluies", interdite d'accès... mais pas d'observation, grâce à deux observatoires. Moineaux friquets et chardonnerets élégants fréquentent les espaces dégagés, Roitelets huppés et mésanges huppées se cachent dans les frondaisons touffues des conifères. Le pic épeiche et la sittelle torchepot affectionnent les vieux chênes, dont l'écorce crevassée sert de refuge aux insectes et aux araignées. Ces oiseaux inattendus sont accessibles, d'autant qu'il n'est pas nécessaire de traverser le périphérique pour les rencontrer.

Des trésors cachés dans la quiétude des espaces verts.
Depuis Bercy, cap au nord-est vers le XXe arrondissement. Le cimetière du Pèche-Lachaise, conçu par l'architecte Alexandre Brongniart, constitue le plus grand espace vert de Paris intra-muros (44 hectares).
Depuis 1804, 5 000 arbres, serrés dans des fosses de trois mètres sur trois, ont tissé un lien étroit avec les pavés et les tombeaux couverts de mousses et de lichens. S'il ne rechigne pas à s'abriter dans les cheminées voisines, le pigeon colombin apprécie autant les platanes vénérables du cimetière. Le plumage roux marqué de bleu du geai des chênes glisse dans le clair-obscur des allées, et le silence envoûtant du Père-Lachaise contibue à la magie.
Le cimetière est l'un des rares sites de nidification parisiens de la chouette hulotte. En 2006, une jeune chouette a été trouvée entre la tombe du compositeur polonais Frédéric Chopin et celle de l'humoriste français Pierre Desproges...
L'un des principaux trésors de l'avifaune parisienne se situe plus au sud, dans le Ve arrondissemnt. Proximité de la Seine, vastes pelouses, grands bâtiments en pierres, serres... depuis sa création, le Jardin des Plantes a toujours accueilli les espèces les plus diverses. L'avifaune y prend ses aises, surtout que le domaine dispose, depuis le début du XXe siècle, d'un écrin de verdure ; le jardin écologique. Le responsable, Philippe Barré, s'attache aujourd'hui à y reconstituer les millieux forestiers et ouverts du Bassin parisien. Chaque printemps, "c'est un peu la volière", et il travaille, accompagné par le chant des mésanges bleues et charbonnières, quand la grive musicienne ne lui offre pas un air de flûte.
Les pins noirs d'Autriche, les ifs, les chênes, les châtaigniers et les peupliers fourmillent d'insectes. Les petits granivores, comme le verdier ou les insectivores, tels les pics, y trouvent gîte et refuge. L'ouragan de 1999 a considérablement éclairci le milieu, mais les oiseaux savent se cacher, toujours. La musique de la cavalerie américaine signale qu'un grimpereau des jardins est dans les parages, invisible. S'il est sur un tronc, son dos est tacheté de brun. S'il vole, son ventre est gris clair... L'ornithologue a tout intérêt à connaître la chanson ! La bergeronnette des ruissaux se délecte d'une rivière artificielle. Ici, les oiseaux sont au calme : seules les visites guidées sont autorisées. Restent les prédateurs naturels, mais ici aussi, l'avifaune s'adapte : "Il n'y a qu'ici que j'ai entendu des geais imiter le mieulement du chat !" , précise Philippe Barré.
Que dites-vous de ça ?
Quand le Jardin des Plantes referme ses portes, le soir, reste pour l'amoureux de la nature la chance d'entendre, au détour d'un jardin, quelques notes mélodieuses. Peut-être un rossignol philomèle, tapi sous les boutons vermeils d'un rosier grimpant...

Alors, "Oursonne Libre", et quelques passants étonnés de voir un renard vagabonder parfois, dans Paris, ne soyez plus surpris... c'est possible !
Il est vrai que je ne vous ai pas conduits sur les parvis de quelques monuments historiques, ni dans des musées, mais la balade valait le détour.
Dame nature est à vos pieds chers Parisiens. Levez donc parfois vos yeux. L'effort en vaut la peine.
Et si vous avez de l'oreille, écoutez ! Vous en serez enchantés ! Et ça ne demande pas beaucoup de temps... seulement de petites minutes. De toutes petites minutes






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Lundi 19 mai 2008

C'est l'heure. De manger, bien sûr.
On s'envole en beauté, et l'on attrape au plus vite un lapin. Ou une perdrix, qu'on aura pourchassée entre arbres et buissons, à la manière d'un autour des palombes. L'aigle de Bonelli a bon goût. Y compris pour ses lieux de résidence, qui ne sont pas nombreux : le sud de l'Ardèche, les hautes vallées d'Ossau et d'Aspe (pays des ours), les montagnes méditerranéennes.
A lui, les gorges, les Corbières, les Algères, les Alpilles, le Luberon, le Minervois, Sainte-Victoire !
Si vous connaissez le cri d'une macreuse noire en vol (sait-on jamais ?), apprenez que celui de notre aigle s'en rapproche.
Bonelli (sur la photo, ce n'est pas lui) est un animal splendide aux yeux jaunes, mais il ne va pas très fort. On en compterait 27 couples pour toute la France. Une misère . Personne ne sait trop pourquoi il est à ce point menacé. Appelons cela une coalition : les pesticides, les lignes électriques, le tourisme de masse, etc. Mais osons le dire, l'aigle a de la chance dans son malheur. Car il est beau, majestueux, et sa silhouette ne manque pas d'attirer l'attention.
D'autres animaux, plus discrets, courent des risques encore plus graves. Faut-il parler de la dolomède des marécages, cette araignée victime de la disparition des mares et des zones humides ? De l'oursin ? Du scarabée bleu de terre ? De la tortue d'Hermann ? Du phragmite aquatique, délicieux petit oiseau ? Tous sont désormais placés, chez nous, sur la liste rouge des espèces menacées.

L'écrevisse à pieds blancs a plus d'un tour dans son sac.
Mais Terre Sauvage doit reconnaître un attrait particulier pour l'écrevisse à pattes blanches. Ou à pieds blancs, car il y a deux écoles. Qui est-elle ? Un joli petit monstre aquatique, d'environ une dizaine de centimètres à l'âge adulte, protégée par un caparaçon d'épines et d'arêtes. Le jour, elle se cache sous les berges. La nuit, elle attaque des insectes, des mollusques, des petits poissons. Mais comme elle a plus d'un tour dans son sac, elle est capable, en cas d'absolue nécessité, de sortir de l'eau. Pour rejoindre un autre trou ou un bras d'eau plus prometteur, elle se hisse sur le bord du ruisseau non sans avoir rempli sa cavité branchiale d'un peu d'eau pour la route. Malin, n'est-ce pas ?
Le malheur, c'est que cette écrevisse régresse partout en France. La faute à des concurrents importés et relachés, comme l'écrevisse de Louisiane. La faute aux pollutions de l'eau. La faute au "recalibrage" de tant de cours d'eau. La faute à notre incroyable indifférence. Peut mieux faire.
La preuve par le gypaéte barbu, ce grand rapace exterminé chez nous à la fin du XIXe siècle, et qu'un plan de réintroduction a sauvé in extremis.
La preuve par le vautour fauve, presque éteint en France, auquel un vaste programme de conservation a donné une nouvelle vie. Ils seraient, aujourd'hui, autour d'un millier. Le miracle reste possible.

Possible, mais pas certain. Que faut-il penser de la situation de l'ours ? Nous avons laissé disparaître l'animal de ses derniers refuges pyrénéens, malgré des crédits publics importants mais gaspillés. Et le seul espoir de continuer à vivre avec lui repose sur des ours capturés en Slovénie et relâchés en Ariège et en Haute Garonne. Terre Sauvage n'a rien contre les "immigrés" (on en est convaincu), mais le sort fait à Canelle et à Melba, tuées par des chasseurs, fait réfléchir.

Que de batailles !

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Lundi 19 mai 2008

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Même en ville. A 7 heures, il n'y a pas encore grand monde dans les rues. C'est donc le moment ou jamais de faire des rencontres. Avec un faucon crécerelle, par exemple, chassant le moineau sur les quais. A Paris, le rapace a été observé, dès 1840, sous les gargouilles de Notre-Dame. Il y est toujours, après avoir été redécouvert, en 1980, par de patients ornithologues. Et il est aussi à l'Arc de triomphe, à Saint-Eustache, au Petit Palais. Entre autres, car la capitale compterait une cinquantaine de couples.

Une grande ville abrite fatalement la vie des autres. Prenez l'exemple du bois de Boulogne, qui fait partie, quoi qu'on en dise, de la capitale. Malgré les décimations du passé, le bois cache -bien- des insectes aussi prodigieux que le lucane cert-volant, la détoine érugineuse, le grand capricorne ou la petite biche. Des oiseaux comme l'épervier, l'hypolaïs poliglotte, le loriot. Des chauves-souris, comme le vespertilion de Daubenton.
Mais aussi une population mélanique -c'est à dire noire- de... campagnols roussâtres. Même l'intérieur de Paris recèle des secrets naturalistes, tout comme Lyon, Lille, Rennes ou Marseille. Pour la raison que les villes comptent des espaces que personne ne réclame plus, au moins provisoirement. Tel est le cas, à Paris toujours, de la Petite Ceinture. Il s'agit d'une ligne de chemin de fer de 34 kilomètres, achevée en 1859, et qui transporta des millions de tonnes de marchandises intra-muros jusqu'en 1934. Sa plus grande partie, qui forme comme un cercle aux frontières de la capitale, est devenue une friche.

L'histoire incroyable d'une belle fougère.
Côté plantes, c'est inoui. Pas moins de 460 espèces ont été recensées, parmi lesquelles l'orobanche du trèfle ou la renoncule à fleurs jaunes. Côté animaux, ce n'est pas mal non plus. Citons, en vrac, le hérisson, la fouine, neuf espèces de mollusques, dont l'escargot velu, et la colonie de pipistrelles -une chauve-souris- la plus imposante de toute l'Ile-de-France. Voilà bien ce qu'on peut appeler un refuge biologique. Pourvu que cela dure !

Un petit coup de pouce du destin peut aider, comme nous allons voir avec le polypode du calcaire, une belle fougère. Observée une première fois par un monsieur Leprieur en 1822, dans le bois de Boulogne, elle est repérée, en 1839, rue de Passy. Puis signalée dans un inventaire de 1861. Ensuite, long silence de cent vingt ans, rompu par Marcel Bounérias en 1980, qui la retrouve sur les murs du Muséum national d'histoire naturelle, dans le Ve arrondissemnt. Où elle disparaît avant d'être aperçue, en 2000, aux abords des arènes de Lutèce, dans le Ve toujours. De malencontreux travaux détruisent la satation des arènes, et on estime alors que la belle plante a disparu de l'Ile-de-France. Ils ont tort, heureusement.
En avril 2004, deux d'entre eux tombent sur quelques pies installés sur les quais de la Seine. Toujours et encore dans le Ve. L'explication la plus vraisemblable, c'est que le polypode a réussi à s'échapper du Jardin des Plantes voisin ou des collections du Muséum.
Une mention singulière pour le rat musqué, originaire d'Amérique. Elevé en France pour sa fourrure, il s'est échappé et a proliféré au point qu'on le trouve partout. Même le long du canal Saint-Martin, à quelques encablures de la place de la République.

Dans Paris se cache de petits trésors encore inconnus... des parisiens.



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Dimanche 18 mai 2008

Le monde enchanté de la forêt se prépare. Pour les chevreuils, la journée sera douce, pleine de sève et de fleurs, de feuilles et de rameaux. Un bain, peut-être ? Le grand naturaliste Robert Hainard signale des chevreuils de Hollande capables de gagner, à la nage, des îles situées à sept ou huit kilomètres de la côte.
Terre Sauvage ne vous apprend rien : la forêt est un somptueux pays. Il y a vingt siècles, quand les légions de César entrèrent en Gaule, elle couvrait probablement les deux tiers de la surface actuelle de la France. Mais elle demeurait impénétrable.
A-t-elle failli disparaître ? Presque. A force de couper, de défricher, de brûler, nos ancètres ont bouleversé le paysage jusqu'en haut des vallées de montagne. Juste après la Révolution française, il ne reste plus en France que 7,5 millions d'hectares de forêts. Le chiffre est abstrait, mais très parlant si on le compare à la surface totale de la France : 55 millions d'hectares. Autrement dit, vers 1800, 47,5 millions dhectares n'étaient plus des forêts ! Comment a-t-on pu supporter un tel malheur ? Heureusement, la création de l'administration des Eaux et Forêts, en 1824, amorce un grand renouveau.
On reboise les pentes les plus érodées (l'Aigoual ou les Alpes), on plante massivement des pins dans les landes de Gascogne, et le lent dépeuplement des campagnes fait le reste.

La reconquête des chênes et des bouleaux.
Où en sommes-nous ? La forêt couvre désormais 15,5 millions d'hectares, soit 28 % du territoire. Avec des différences majeures d'une région à l'autre. Quoi de commun entre Ar Goad, la forêt en breton, qui ne couvre que 12 % de la Bretagne, et les 35,5 % de la Lorraine ? Même l'Ile-de-France fait mieux, avec 23 %. Mais il est vrai qu'il y a Fontainebleau : 17 millions de personnes viennent chaque année s'y balader, et ils ont bien raison. Malgré l'autoroute, malgré les nationales 6 et 7 qui la traversent, notre vieille forêt abrite plus de 7000 espèces animales, dont 5000 insectes et 3000 espèces de champignons.
Incroyable ? Terre Sauvage confirme : incroyable. Et surtout vrai.
Mais il serait déplacé d'oublier toutes les autres. Comment choisir ? Celle de la Joux (2600 hectares de forêt domaniale dans le Jura) avec ses grandioses sapins pectinés et le spectre du lynx .
Celle de Brotonne, en Normandie (7000 hectares), dont certians chênes sont des cathédrales ?
Celle d'Iraty, dans les Pyrénées (20 000 hectares), où le légendaire Basajaun se cache toujours entre les hêtres ? Et pourquoi pas celle de Saint-Amand-Raismes-Wallers, dans le Nord ? La région, bouleversée par l'exploitation de la houile, puis dévastée par la guerre, a réussi là un exploit.
Les chênes, bouleaux et pins sylvestres ont conquis les terrils et le bord des mares, produits de l'effondrement des galeries de mines. Le résultat est superbe.

Jacques Le Héricy, directeur de l'environnement et du développement durable à l'ONF, ajoute que la forêt joue un rôle majeur pour la préservation de la biodiversité et cconstitue un point fort de la trame verte nationale, en projet.
Reste une interrogation majeure : que va-t-il se passer avec le réchauffement climatique ? Selon des chercheurs de pointe (par exemple, Antoine Kremer, coordinateur du projet Evoltree), la forêt française change déjà d'apparence. La chênes comme les hêtres pourraient bien se replier dans quelques réduits et le chêne vert s'installer près de Paris... Affaire à suivre donc.

Et dame pollution poursuit ses ravages...

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Dimanche 18 mai 2008



Fait-il jour ? Fait-il nuit ? Sous l'eau, ça se voit moins. Le corail rouge de la Nouvelle-Calédonie n'est qu'un petit échantillon d'une richesse phénoménale. La France possède en effet, la deuxième plus grande barrière de corail au monde. Et peut-être cette dernière entrera-t-elle, en 2008, dans le prestigieux patrimoine de l'humanité, établi par l'Unesco. Bertrand Richer de Forges connait par coeur ou presque les fonds sous-marins de cette France si lointaine. Ce héros modeste, mais authentique, est chercheur à l'institut de recherche pour le développement (IRD). Installé sur l'île depuis un quart de siècle, il n'ezt pas seulement un scientifique de réputation internationale, c'est aussi un homme inspiré, qui n'hésite pas à écrire: "Imaginez une forêt, fermes les yeux et attraperz une plante au hasard... Vous avez neuf chances sur dix qu'elle n'existe pas ailleurs dans le monde !" Car il n'y a pas que la mer. La grande île du Pacifique abrite des millirs d'espèces de plantes et d'animaux appelées endémiques, parce qu'on ne les trouve que là. Autrement écrit, quand elles disparaissent en Nouvelle-Calédonie, elles rejoignent, du même coup, la longue liste des espèces éteintes à jamais.
La Nouvelle-Calédonie, c'est un peu les Galapagos. De fait, elle abrite, sur terre, un trésor largement méconnu. Pour une raison aussi vieille que le Gondwana, cet ancien continent dont elle s'est  séparée il y a soixante dix millions d'années. Imaginez une sorte de dérive étendue sur des temps géologiques. Avec, à bord, une sorte d'arche de Noé rassamblant une partie de la flore de cette époque. On n'est pas très loin de l'imagination d'un Steven Spielberg ! Certaines plantes locales sont, en effet, contemporaines de l'époque des dinausores. Ni plus ni moins.

Le pacte du silence sur l'exploitation du nickel.
Sur à peu près 20 000 km2, soit environ la taille de trois départements métropolitains, la Nouvelle-Calédonie réunit 7 % de toutes les espèces de conifères de la planète. Et 37 espèces endémiques de palmiers. Parmi eux, l'Amborella, d'au moins 130 millions d'années d'âge, que beaucoup considèrent comme la plus ancienne des plantes à fleurs.
Ce devrait être une success story de la biodiversité, mais nous en sommes très loin. Richer de Forges, courageusement, dénonce ce qu'il appelle un  "pacte du silence" autour de l'exploitation minière. Selon lui, le nickel jouerait, sur l'île, un rôle tel que tout le monde accepterait les terribles conséquences écologiques d'une exploitation sans frein du minerai. Un minerai stratégique, dont la Nouvelle-Calédonie contient 20 % des réserves mondiales. Or, beaucoup des plantes eceptionneles de l'île n'existent que sur de toutes petites surfaces de quelques kilomètres carrés. Laisser se développer une industrie minière géante, sans moyens de cntrôle, conduit fatalement à la disparition d'une partie de ces raretés. D'autant qu'il n'existe pas, semble-t-il, de cartographie précise des zones miniières...

Le débat n'est pas neuf, et Terre Sauvage n'entend pas le régler ici, à travers son reportage.
Mais qui a dit que protéger la biodiversité était une chose facile ?
"Le rôle d'un scientifique, estime Richer de Forges, est de faire partager son savoir à la société qui finance ses recherches et d'attirer l'attention sur l'évolution probable de l'environnement et sur les risques encourus..."

Le profit est bien pire que tous les cyclones qui sont passés sur l'ïle !





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Dimanche 18 mai 2008

Pour les blaireaux associés, le moment est venu de partir en maraude. Le masque noir est en place, du nez jusqu'aux oreilles. Tremblez, escargots et vers de terre ! Surtout vers de terre, d'ailleurs. Une étude conduite dans la forêt de Chambord nous apprend le régime alimentaire de notre mustélidé : 41 % de vers de terre, 1 % seulement de mollusques divers. A quoi il faut ajouter des glands, des fruits, des céréales. Un excellent régime, à n'en pas douter.
Le blaireau ressemble à un petit ours. C'est une beauté, c'est une présence, une part babuleuse de sauvage au coeur des bois et jusqu'au bord des champs. Mais on le chasse pourtant. Sur simple décision d'un préféet, l'animal est même chassable tout au long de l'année.. L'une des méthodes principales est appelée "déterrage". On utilise des chiens, qui pénétrent jusqu'au fond des terriers, des pelles, des pinces. Gloire !
Pourquoi s'attaque-t-on au blaireau ? Parce qu'il boulotte blé ou maïs. C'est plutôt rare, limité dans tous les cas, mais il est tellement agréable de chasser...
Et pendant ce temps, on ne s'en prend pas aux pesticides, si bons pour la santé humaine.

La chasse. Faut-il tirer sur cette ambulance ? Pendant la saison 1983-1984, il y avait en France 1 850 000 chasseurs. Il n'y en a plus que 1 350 000 aujourd'hui. La chasse est en berne. Mais pour les animaux tués, cela ne fait pas une grande différence. Pas davantage pour les promeneurs, empêchés de marcher sur les sentiers qu'ils aiment. Et ne parlons pas des dizaines de millions de cartouches et de balles abandonnées en plein nature, qui sont autant de sources de pollution.

Le droit de la chasse est devenu archaïque !
Il y a, c'est vrai, l'Ancer, ou Association nationale pour une chasse écologiquement responsable. Créée en 1989, l'Ancer considère qu'il existe de  bonnes et de mauvaises pratiques de la chasse. Et que la loi qui régit cette activité doit changer de manière à prendre en compte l'évolution de la société. Car elle accorde des droits exorbitants à une petite fraction sur une immense partie du territoire de la nation. Ce qui pouvait se comprendre dans une France rurale et paysanne est-il acceptable dans un pays où 80 % de la population est urbaine ?

Reste la question de la régulation. Vaste débat, auquel on ne peut échapper. Pour ne prendre qu'un exemple, le sanglier est en passe d'échapper en France à tout contrôle. Le 5 décembre dernier, à La Moncelle, près de Sedan (Ardennes), un groupe de chasseurs a tué 26 sangliers en une seule journée. Un tableau effarant aussitôt dénoncé dans un journal local par un vieux chasseur dégoûté : "Honte pour nous, les chasseurs, les seuls responsables de cette situation. C'est nous qui, en moins de trente ans, avons transformé le sanglier, l'animal mythique, en bête semi-domestique, en "cochonglier", selon le néologisme couramment employé."
Responsables les chasseurs ? Ce n'est pas tout à fait impossible. Depuis une trentaine d'années, pour augmenter leur tableau de chasse, ils ont massivement "produit" des sangliers dans des élevages et nourri les populations "sauvages" par un procédé connu sous le nom d'aigrainage. De telles pratiques ont fatalement des conséquences. Entre 1974 et 2001, on est passé en France d'environ 50 000 sangliers tués par les chasseurs à... 400 000. Huit fois plus. Sans pour autant stopper la prolifération : ils seraient 800 000.

Ne serions-nous pas un peu des "apprentis sorciers ?"
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Dimanche 18 mai 2008

Je vous emporte avec moi sur quelques autres reportages de "Terre Sauvage". La nature ayant toujours la meilleure place dans ses pages, je vais vous en livrer quelques unes.
Ici il sera question d'une grande travailleuse.

Le  travail de la butineuse est un métier très dur. Suivons donc la plus belle entre toutes...
Savez-vous bien que, pour obtenir un kilo de miel, il faut organiser, au total, 50 000 vols et visiter des millions de fleurs ? Et puis, même si on l'oublie sans état d'âme, l'abeille ne récolte pas seulement du nectar, mais aussi du pôllen, pour nourrir les larves, et même de la prosolis, pour colmater les brêches des ruchers. En bref, c'est du labeur. Un dur labeur. Au passage, les abeilles servent d'auxiliaires. A nos activités, pardi !
Depuis qu'elles sont là, elles pollinisent les fleurs et les plantes. Elles permettent donc leur reproduction. Et pas depuis, hier, car elles seraient là depuis des dizaines de millions d'années.
En comparaison, l'homme est un adolescent. La survie de plus de 80 % des espèces végétales et la fructification de 84 % de celles cultivées dans notre vieille Europe dépendent directement du bon vouloir des insectes. Or, la plupart de ces pollinisateurs sont des abeilles. Merci qui ?
D'un côté, donc, une activité bénévole qui dure depuis des centaines de milliers de siècles. Et de l'autre, l'agriculture industrielle, qui existe depuis à peu près soixante ans. Qui va gagner ?
Les plantes, les fruits... ou l'épandage de pesticides pour augmenter, pendant quelques années, les profits ?
Le Colony Collapse Disorder (CCD), ou Syndrome d'effondrement des colonies, est en train de changer la face du monde et, pendant ce temps, comme dirait un ancien président de la République, "nous regardons ailleurs".

Les abeilles meurent dans le monde entier. Le CCD a été repéré, fin 2006, aux Etats-Unis où, pendant l'hiver 2006-2007, entre 25 et 50 % des colonies d'abeilles auraient totalement disparu. La dernière hypothèse évoquée retient celle d'un virus. De nombreuses causes ont été avancées, dont toutes reposent sur un affaisement des défenses immunitaires de l'abeille. Elle ne peut plus se défendre efficacement contre des parasites, virus ou bactéries, qui deviennent peu à peu mortels. Selon le spécialiste mondial de la pollinisation Bernard Vaissière (chercheur à l'INRA) qui résume son propos dans un entretien au journal Le Monde, "les causes de leur régression sont connues : élimination de leurs sites de nidification, raréfaction des plantes qui leur fournissent nectar et pollen, maladies et parasites... Et surtout, épandage de pesticides, particulièrement destructeurs pour les abeilles. Celles-ci, en effet, possèdent très peu de gênes de détoxification, comme l'a confirmé, tout récemment, le séquençage du génome de l'abeille domestique".
En France, les apiculteurs se sont battus contre deux insecticides connus sous le nom de Gaucho et de Régent. Ces petites merveilles ne se contentaient pas de "protéger" le colza et le tournesol contre les "envahisseurs" venus du fond des âges, comme les pucerons ou la mouche grise. Elles éliminaient aussi, et par milliards, nos grandes amies les abeilles. Bilan : interdiction des deux. Au bout de dix ans.
Par chance pour qui vous savez, le gouvernement vient d'autoriser la mise sur le marché d'un remplaçant du Gaucho et du Régent : le Cruiser.
Les abeilles n'ont pas fini de mourir.

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Mercredi 7 mai 2008

En rangs serrés, telle une armée en campagne au service du jardin, ces auxiliaires discrets détruisent, en les mangeant, une grande partie des ravageurs des cultures, principalement pucerons, cochenilles, acariens et chenilles. Leur efficacité est tele que les dégâts des ravageurs sont à la fois rares et supportables pour les plantes elles-mêmes et pour le jardinier.  Mais ces équilibres écologiques, chers au jardinage biologique, ne peuvent être assurés qu'à plusieurs conditions. Ces soldats doivent être là à temps pour enrayer toute expansion des ravageurs. Ils ne doivent pas manquer de nourriture : il leur faut trouver des proies en permanence sur des plantes sauvages ou cultivées et des fleurs riches en pollen et en nectar. Dernières conditions : des abris l'hiver et un peu d'eau en plein été. Un jardin diversifié, fleuri toute l'année et entretenu d'une main légère et bienveillante, assure leur présence. Inutile d'acheter des auxiliaires d'élevage, ceux de la nature viendront tout seuls.

Les bêtes à bon Dieu.
Vedette en robe voyante et qui a déjà conquis le coeur des hommes : la coccinelle. Plusieurs dizaines d'espèces fréquentent le jardin et ses alentours. La starlette des rosiers et des légumes est la coccinelle à sept points. C'est la plus connue et la plus visible, mais pas la plus efficace ! L'hiver, elle se cache sous les paillis de feuilles mortes, les plantes vivaces, le lierre couvre-sol. Elle sort dès les premiers beaux jours et se nourrit alors de pollen et de nectar au moment où les pucerons sont encrore rares. L'arrivée massive de cette nourriture protéique déclenche sa reproduction. Elle pond alors des centaines d'oeufs, à côté des premiers foyers de pucerons, d'où sortent des larves carnassières et insatiables. Au bout de dix jours, la larve repue s'immobilise sous forme de nymphe et se métamorphose en adulte, tandis que ses parents, âgés de un an, meurent après avoir assuré leur descendance. Une seule génération par an. C'est peu, mais les adultes, eux aussi prédateurs, restent dans le jardin jusqu'en juin ouis se dispersent avant d'y revenir en automne.
La coccinelle à deux points préfère la hauteur des arbres et arbustes, où elle hiverne dans les écorces, les cavités et le lierre grimpant. Avec plusieurs générations dans l'année, elle est plus fidèle que sa cousine à sept points. D'autres belles déambulent : la coccinelle à damier, jaune à points noirs, chasseresse de pucerons ; la minuscule coccinelle des gruyères, noire à deux petites taches rouges, qui avale pucerons et acariens.

Les syrphes.
Ces mouches dont il existe plusieurs espèces avancent masquées. Leur ressemblance avec de petites guêpes leur évite d'être les proies d'autre animaux qui craignent les guêpes. Encore discrets en fin d'hiver, quand les adultes sortent de leurs abris, sous les débris végétaux du jardin, les syrphes se font remarquer en grand nombre sur les fleurs estivales. Langue courte de butineur oblige, poru prélever le nectar, elles fréquentent des fleurs courtes comme celles des inflorescences en ombelles plates du panais ou du fenouil, celles des fleurs composées, comme la marguerite, ou les fleurs ouvertes du liseron ou du coquelicot. Bien nourrie, la femelle dépose beaucoup d'oeufs sur les colonies de pucerons dont les jours sont comptés tant les larves de syrphes y font des carnages. Pas de répis avant l'automne.

La chrysope.
C'est la terreur des pucerons et acariens. Des centaines de pucerons, des milliers d'acariens, des cochenilles, des mouches blanches (aleurodes), des bébés chenilles, le tableau de chasse des larves de chrysope est impressionnant. Cette mouche aux yeux d'or, aux longues ailes membraneuses et diaphanes, repliées en toit sur son dos, sort de sa torpeur hivernale en mars, après un long séjour dans la cavité d'un arbre, d'un mur, d'un abri de jardin, d'un entrelacs de tiges de lierre ou d'un abri bien sec instalé à son intention. Plusieurs générations se suivent de mars à septembre, pour le grand bonheur des jardiniers qui voient les colonies de pucerons fondre comme neige au soleil. Actives très tôt et sur une longue période, les chrysopes sont des auxiliaires efficaces mais assez discrets. Quelques fleurs largement ouvertes, comme celles des roses, fourniront le nectar consommé par les adultes.

Des guêpes minuscules.
Champions de la discrétion et de l'efficacité, les micro-hyménoptères parasitoïde sont des miniguêpes qui pondent leurs oeufs dans le corps d'insectes. La larve issue de l'oeuf mange l'intérieur de son hôte qui ne meurt qu'au moment où la larve en sort pour se nymphoser avant de devenir adulte. Certaines espèces parasitent les pucerons ; une femelle ne pond qu'un oeuf par puceron et en parasite, à elle seule, des centaines. On note leur passage à la présence, parfois abondante, de pucerons morts, gros comme une tête d'épingle, dont la peau gonflée et durcie est devenue dorée.

D'autres micro-hyménoptères pondent dans les chenilles. Les ichneumons sont mêmes capables de perforer l'écorce des jeunes rameaux pour parasiter une chenille qui s'est réfugiée à l'intérieur du bois. D'autres encore parasitent les mouches blanches... Evidemment, tout traitement inapproprié ou trop tardif, même avec des produits bio,  détruirait aussitôt les ravageurs ciblés et, avec eux, leurs hôtes précieux qui les rongent de l'intérieur.

Le génie de l'ordre et de la précision. Ce reportage m'a également tenue en haleine jusqu'au bout.
De terre sauvage en "Terre Sauvage" !





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