La chaîne !

Publié le par sonja


Stockman, ce mot anglais qui désigne le gardien de bétail, renvoie aux hommes du Nord qui parcouraient les vallées avec leurs troupeaux, au siècle dernier. Ces hommes caractérisaient la région à cette époque. Dire que l'on était stockman, c'était se situer dans la vie broussarde. Il n'existe plus de ces cow-boys dans la savane calédonienne, ni chez les kanaks, excellents dans ce métier, ni chez les Calédoniens. Les chevaux et leurs cavaliers ont laissé la place aux engins modernes.
Autrefois on rentrait le bétail à cheval. A présent, les éleveurs utilisent les quads, comme en Australie.
Le stockman, lui, menait ses troupeaux partout, dormait à la belle étoile avec ses bêtes et savait tout faire, ou presque, sur une station d'élevage.
C'était un homme libre. Et on comprend cela au vu des grands espaces dont ils étaient friands...
Et il devait tout maitriser : dresser son cheval, le ferrer, s'occuper de la sellerie, le soigner et, bien sûr, le monter. Chapeau de cow-boy vissé sur la tête, veste en jean, guêtres, éperons, et fouet à la main.
C'est ainsi que le bétail, sur presque toute l'ile un certain "Roger" (selon les dire de Terre Sauvage), a mené son troupeau, durant quarante cinq ans. Ce furent pour lui et ses compagnons de longues semaines loin de chez eux.



 Dès le début de la colonisation, en 1863, date à laquelle la Nouvelle-Calédonie fut rattachée à la France, il s'est avéré indispensable d'élever du bétail pour nourrir les hommes. En 1858, l'administration coloniale, qui souhaite installer un bagne sur cette île, le dédommage et lui accorde des terres à Païta-Gadgi. Notre "Roger'" a en outre la mission d'y faire venir des immigrants et de leur attribuer des parcelles. L'élevage extensif vit ainsi le jour et une partie du territoire devint agricole.
Il y avait donc des hommes, les caldoches (les européens ainsi surnommés), du bétail et des plaines immenses...
C'est ainsi que l'homme et le cheval ont fait corps, pour rassembler les troupeaux. Au fil du temps, ils ont perfectionné leur thecnique en s'inspirant des tokmen australiens.
L'histoire fit que presque tous se retrouvèrent sur la côte ouest pourvue de grandes plaines et de "savanes niaoulis", parfaites pour l'élevage. Pour combler le manque de loisirs, les stockmens organisèrent rodéos et jeux équestres. Ces instants privilégiés devinrent des rendez-vous immanquables, puis des traditions, et enfin des foires commerciales agricoles, incontournables pour toutes les ethnies et populations locales.
Aujourd'hui encore, elles rythment les saisons.
Le "progrès" a gagné les stations d'élevage du Nord, mais en partie seulement. A Pouembout, village de brousse que l'on atteint au bout d'une interminaable ligne droite traversant la plaine des Gaïacs, des éleveurs défendent leur condition.
Pouembout est devenu le grenier de la Province nord : il doit son opulence nourricière à la terre noire et fertile des plaines d'alluvions.
D'imposantes exploitations s'étendent depuis les contreforts de la Chaîne jusqu'au lagon, dans une immensité aux accents d'Amérique. On y produit des fruits et des légumes, de la viande de boeuf.
C'est par là aussi que s'est installé le seul lycée agricole calédonien.



Certaines propriétés ne possède pas encore l'électricité, ni l'eau courante. L'eau étant puisée dans la rivière ou un autre lieu trouvé par l'éleveur. L'énergie est produite par un groupe électrogène, assisté parfois par des panneaux solaires.
Les chevaux sont omniprésents. Certains clubs d'équitation western ont vu le jour. Cette nouvelle discipline amène l'homme à considérer le cheval autrement. C'est une approche plus respectueuse, une véritable alliance entre la bête et l'homme.
Des Appaloosas, magnifiques chevaux indiens à la robe "pécharde" tachetée sur la croupe, se partagent les terres avec des quarter-horses. Deux belles races pour l'équitation western.

Au total 400 têtes de bétail paissent sur les 600 hectares de la propriété. Les repères visuels pour ces hommes ce sont les montagnes. Ils disent même qu'ils ne pourraient vivre ailleurs. Et on les comprends !
C'est ainsi qu'ils peuvent façonner la nature à leur manière. Ils construisent quelque chose à partir de la nature, tout en la respectant.

En quelques années la terre agricole a fondu comme neige au soleil. Plusieurs phénomènes en sont la cause, mais il y en deux dont on peut retenir :
- Le vieillissemnt des exploitants
- l'urbanisation galopante et la spéculation foncière. Les gens de la ville achètent des terres pour leurs
  loisirs.
S'ajoute à cela un projet minier : l'usine métallurgique du Nord, qui exploitera, d'ici à 2012, le minerai du massif du Koniambo. Et lorsqu'on pense au nickel, on ne pense à rien d'autre.
Ce même éleveur qui témoigne ajoute qu'ils ont l'impression que l'agriculture ne fait plus partie de la Nouvelle-Calédonie. Ce qui continuera à mettre à mal le produit intérieur, comme il l'affirme ainsi : "La Nouvelle-Calédonie peut se nourrir elle-même au lieu d'importer sans arrêt".
Déjà du temps où je m'y trouvais c'est ce qui m'avait le plus frappé. Les produits importés étaient  très envahissants.
Mais il suffisait de camper plusieurs jours en brousse pour se rendre compte que les produits maréchers étaient nombreux et au goût délicuieux. Ajoutés aux poissons de pêche et aux crustacés que l'on pouvait emprisonner dans des filets proche des plages, on avait de quoi voir venir. Quand aux fruits, je ne vous en parle pas. Derrière les fenêtres de ma cuisine il y avait un bananier. Que de cueilletes, ajoutées à celles du lechis. Sans oublier le poirier ou le pommier...

Mon petit tour de l'île vient de s'achever. J'ai encore en mémoire parfums et couleurs.
Pour le bouquet final, je vous offre un bouquet d'enfants en pleine fête. Sans doute s'adonnent-ils à la danse du "pilou-pilou"...
Ils sont adorables dans leurs gestes et leurs parures,  bien de l'île.
On craque pour eux et ces chants qui accompagnent leurs pas, faisant l'ambiance ensoleillée de la Nouvelle-Calédonie.

A cheval, à pieds ou en véhicule, un tour de l'île vaut vraiment le déplacement...





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chantal74 29/04/2009 19:42

Un petit coucou Sonja, superbe reportage et qu'elle chance d'avoir fait le tour de l'île avec cet animal fabuleux qu'est le cheval.D'immenses paysages..douce soirée et plein de bisous de haute savoiechantal

nadia-vraie 05/04/2009 05:20

Je n'ai que la dernière photo,je crois que c'est O.B car j'ai perdu des miennes aussi.L'exploitation fait mourir bien des ressources.Bon dimanche Sonia et je suis venue te lire pour me calmer.Amicalement.

Alrisha 03/04/2009 23:24

Dommage que ces grandes terres agricoles aient ainsi rétrécies! Je comprends que tu puisses être nostalgique de toutes ces grandes étendues.Tu termines par une bien belle image! Ces enfants qui dansent sont adorables!Gros bisous ma chère Sonia! Passe un bon week-end!

oursonne libre 03/04/2009 22:51

la nouvelle caledonie comme pas mal d'endroits se prend en plein dans la figure la mondialisationJe trouve dommage que l'on importe des produits dans un pays qui peut les produireC'est aussi faire en sorte d'avoir la main mise sur un pays, car un pays qui ne produit plus pour nourrir ses habitants devient la proie des exploitateursCela doit te manquer ce beau pays, car en voyant les enfants on sent bien que ce n'est pas pareil qu'en france que de vivre sur une ilebises

al 03/04/2009 16:26

Azul Sonja,Après une si longue absence, je te souhaite un bon retour sur la blogosphère et merci pour ce joli détour par la nuvelle calédonie.bises et à bientôt sur ton blog