L'eau

Publié le par sonja


Ventre aplati, nageoires pectorales déployées, lui donnant l'impression d'avoir deux grandes oreilles décollées, un drôle de poisson progresse sous une lame d'eau, à contre-courant. Le "noreil", ainsi nommé à cause de ses pectorales surdéveloppées, est un poisson d'eau douce endémique du nord de la Nouvelle-Calédonie. On ne le trouve plus que dans deux cascades entre Pouébo et Hienghène.
D'autres espèces voyagent sur des distances variables, car beaucoup naissent en rivière et grandissent en mer, avant de retrouver leur berceau en eau douce. Grâce à cette escale en mer, étape essentielle à la dispersion, ces poissons arrivent à coloniser d'autre îles, parfois à des milliers de kilomètres. Certains montrent même qu'ils sont capables d'effectuer le trajet Nouvelle-Calédonie-Mayotte : la bagatelle de 18 000 kilomères !
Les fougères arborescentes, les palmiers et les arbres aux fûts imposants vous plongent instantanément dans un décor fantastique. d'énormes blocs rocheux offrent un lit majestueux à la rivière. Une eau limpide remplit des bassins successifs, entrecoupés de rapides.
Autre ambiance sur la côte ouest, formée de collines, de petits plateaux et de plaines basses : des cours d'eau coulent sur 20 kilomètres. L'histoire géologique a contrasté les paysages de la Nouvelles Calédonie, engendrant aussi une faune aquatique originale, un mélange d'éléments anciens, hérités du Gondwana, et de nouveaux venus d'origine marine, qui ont dû s'adapter.
La Nouvelle Calédonie possède un patrimoine naturel exceptionnel. Mais certaines espèces sont d'ores et déjà menacées ou pourraient disparaître rapidement à la moindre modification du milieu. Le problème est de maintenir le corridor fluvial entre la montagne et la mer.
Les phénomènes d'érosion dus au défrichage pour les mines, pour les constructions de routes ou de lotissements et les incendies répétés polluent gravement les cours d'eau : la végétaion à flanc de montagne et sur les rives disparaît peu à peu, laissant le passage libre aux poussières, aux métaux lourds et aux gravats qui dévalent les pentes.
Sur 119 bassins versants en province Nord, la moitié ont subi l'impact des exploitations minières, actuelles ou anciennes.



La faune la plus singulière et la mieux conservée fréquente les très belles rivières de la côte est.
Les rivières regorgent de crustacés colorés comme la crevette berlingot au corps rayé de vert et de rouge ou le crabe lisible, à la carapace finement ponctuée de taches vertes et brunes.
Et, remarquable, plusieurs espèces d'anguilles présentes dans la zone indo-pacifique : australe, marbrée, de montagne, de vase, tachetée, spaghetti et serpent.

Véritable filtre biologique, les marais à mangrove protègent le littoral de l'action des vents, des vagues et des cyclones et piègent les particules arrivant du milieu terrestre par les cours d'eau. Si ces matières organiques atteignaient le lagon, le corail mourrait asphyxié. Enfin, la mangrove sert de berceau car de nombreuses espéces s'y reproduisent. Certaines y ont élu domicile comme l'incontournable gobie de la mangrove, le périophtalme. Cette sorte  de gros tétard aux yeux exhorbités se révèle incapable de vivre sous l'eau plus de dix minutes, mère Nature lui ayant tapissé les branchies de tissus propres à la respiration aérienne. Et comment fait-il pour nager ? Eh bien, il ne nage pas : il rampe et il saute ! On le voit donc se dorer la pilule sur les rochers ou les racines de palétuviers.
Doté, comme ses cousins des rivières, d'une ventouse ventrale, il se pose sans complexe là où ça glisse entre les algues et la vase.



Sur la plage de Saint-Mathieu, à Pouébo, un entrelacs de racines, de branches et de verdure forme une forêt sans pareille. Sur un sol boueux, noirâtre, où l'on s'enfonce jusqu'à mi-mollet, on peut decouvrir la mangrove.  A marée basse, on peut s'engouffrer sur un sentier de pêcheur tracé sous les palétuviers, ces arbres montés sur échasses. Les crabes vilonistes investissent les lieux de leurs tons de bleu, de jaune et de rouge vif, et jusqu'à 60 individus par mètre carré !
A marée haute, le crabe de palétuviers, armé de ses puissantes pinces, se déclare gardien de la mangrove.
Sur cette partie de la côte dépourvue de mines de nickel, ce sont les décharges sauvages qui polluent.
Mais l'heure est à la prise de conscience. Les gens commencent à se mobiliser pour la protection de ce patrimoine.
Des projets sont en cours à ce niveau aussi.

Cette île magnifique me fera toujours autant rêver.
Je partagerais donc avec vous le prochain et dernier volet. De quoi avoir une grosse envie de chercher monture et parcourir la côte Ouest...


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nadia-vraie 01/04/2009 19:02

Bonjour Sonia,c'est une surprise de te voir sur ton blog,la marmotte est sortie...hihiTu rêves de la Nouvelle Calédonie,moi je rêve d'un autre endroit de ce temps-ci...la Calédonie,trop loin d'avion et même si c'est beau,j'en rêve pas car pas le temps,je préfère rêver ce que je peux accomplir surtout en ces temps-ci.Tu as de belles photos avec cette eau turquoise.Bonne journée et amicalement Sonia.

Alrisha 01/04/2009 17:18

Cela paraît impensable le nombre de kilomètres que peuvent parcourir les "noreil". De véritables colons dans de nouvelles îles. Vont-ils le faire encore longtemps si le corridor fluvial est si menacé?Je me suis toujours posée plein de questions au sujet des mangroves. Elles me paraissent (sur des photos déjà vues)  tellement peu attrayantes à la vue.Un beau reportage très intéressant. J'attends la suite pour parcourir le côte Ouest avec toi.Je rentre juste d'un enterrrement. Que de décès dans mon entourage ces derniers temps!!! (de cancers surtout).Là Daniel va me conduire à Villers pour rechercher ma voiture qui a des problèmes de ralenti. Pas réparée car la pièce n'est pas disponible. Il faudra refaire les démarches la semaine prochaine. Des allers-retours pour rien finalement. Ma voiture est chez le garagiste depuis hier soir.Bon, je vais t'écrire un peu plus d'ici la fin de la semaine. Une grande brassée de bisous ma chère Sonia!!!!

Alrisha 01/04/2009 10:44

Bonjour Sonia!Je viens juste d'ouvrir l'ordi. J'en profite pour te faire un petit coucou. J'espère que tu vas bien! J'ai bien reçu ton dernier courrier. Mais peu de temps pour te répondre. Plein de choses qui se greffent et les jours qui passent si vite. Journées encore chargées aujourd'hui et demain.Toutefois, tu es toujours présente dans mon esprit. Là, je passe très vite, je reviendrai lire ton grand article plus tard.Le beau temps est de retour; j'espère que tu vas pouvoir maintenant prendre plus de temps pour sortir et découvrir les beautés qui nous entourent.Je te fais plein de gros bisous et je pense à toi.Monique