Impétueuse Lune de Miel

Publié le par sonja


Lune de Miel pointe son nez.
La pluie a fini de jeter la fureur de ses gouttes. Les nuages s'éloignent déjà. Quelques rayons font scintiller les feuilles, claquant sous un vent plus paisible.
Longue nuit, prise dans la fureur de l'orage. Si sa mère n'avait été à ses côtés pour la calmer, Lune de Miel aurait eu du mal à cesser de s'agiter. Elle se souvient qu'elle ne voulait qu'une seule chose : fuir !
Partir loin du vacarme et de l'aveuglante lumière prenant l'espace.
Sous sa robe, ses muscles étaient si tendus qu'ils lui faisaient mal.

La cour était boueuse. Qu'importe, elle mis ses sabots dans les flaques pour s'échapper vers le verdoyant tapis.
L'herbe sous ses pas perlait de gouttes.
L'humide pelouse lui redonna de l'élan, après tant de frayeurs.
La lumière de la nouvelle journée donnait au ciel et au paysage un irréel mouvement.
Elle se demandait pourquoi son ami n'était pas envore là à cette heure-ci.
Il venait toujours à sa rencontre.
La matinée était bien avancée...
En s'approchant d'elle sa mère lui dit :

"Je sais que tu t'inquiètes pour Flamme. Lui aussi a eu très peur cette nuit. Cela n'a pas été facile de lui faire entendre raison. Là il se repose. Je ne pense pas qu'il sortira aujourd'hui."
"Je peux aller le voir ?"
"Le maître a préféré le garder à l'intérieur de la grange pour avoir l'oeil sur lui. Ne sois pas en soucis. Demain il  
  sera sur pied."

Son compagnon de jeux étant absent, elle s'éloigna au côté de sa mère. De poses en poses, elles firent le tour de leur espace. Entre deux têtées, Lune de Miel restait attentive à tout ce qui bougeait.
La limace fait sa torsade. Les passereaux s'envolent groupés, ou en solitaires. L'abeille quitte le coeur de sa fleur.
Bourdonnent les insectes ailés. S'échappe la demoiselle rat. S'élance l'épervier aux gracieux mouvements. Roucoulent les tourterelles sur une couture de branche...
Un papillon se pose sur son museau, et fait éternuer Lune de Miel. Une première puis une seconde fois...
Decidemment, elle ne s'habituera jamais à l'arrivée chatouilleuse de Reine Soleil. Ces petits fils de pattes la chatouille dès que sur un coin de sa narine elle atterit.

"Tu réagis toujours à mon arrivée, Lune de Miel !"
"Et moi je sais que tu fais exprès de me surprendre."
"C'est parce que tu es si loin dans tes rêves... Je le vois à tes yeux. A quoi pensais-tu cette fois-ci ?
"Je suis tout ce qui bouge autour de moi. Parfois je m'interroge... Nous sommes très nombreux à vivre sur une si petite parcelle de terrain, pourtant, on ne se bouscule jamais".
"Sans doute parce que chacun de nous occupe une fonction différente."
"???..."
"Mais oui. Tu as des pattes. D'autres des ailes. Il y a aussi les rampants. Ou les poissons...
 Nos occupations sont une réserve d'apports,  tous utiles. Nous avons donc besoin les uns des autres. Mon  espace, si je reste à ma place, ne derangera jamais le tien. Tout comme le tien ne nuira jamais à l'oiseau, ou au
 serpent. Nous nous croisons chaque jour, sans nous gêner...
 ...
 Au fait, Flamme n'est pas avec toi ?"
"Il est un peu malade. L'orage de la nuit dernière l'a énormément effrayé."
"Les castors ont aussi eu des soucis, durant le passage des vents forts. Deux de leurs barrages se sont brisés.   
  L'un des leurs est resté coincé dans un tunnel souterain et n'a pu être dégagé. Depuis plus d'une heure ils se
  sont remis au travail. Ils ne sont pas les seuls à faire des réparations. La forêt résonne de mille bruits.
  Je te laisse, je dois visiter de belles fleurs."

Lune de Miel observe le vol saccadé et gracieux de Reine Soleil. Eclatante dans sa robe au jaune vif.   
Magnifique vision posant sa trompe gourmande à l'intérieur des pétales juteuses.
Lune de Miel sourit aux cueillettes nature, pour lesqu'elles elle se sent débordante d'un amour particulier. De nouveau, elle se surprend à voyager...

Le soleil commence a lacher ses dernières flammes. Les heures lui ont paru bien courtes, se dit-elle.
Elle a joué avec l'imprudent escargot. Est allée écouter la douce musique de la rivière sinueuse. Avec le merle elle s'est mise à faire une course.
Que de choses on peut faire dans une seule journée. Mais gourmande comme elle est, Lune de Miel voudrait continuer de prendre du temps au temps.
Soudain elle se fige. Elle dresse ses oreilles. Sous ses pas, un tremblement continu. Une roulade pareille à celui du tonnerre. D'abord lointain, le voilà qui s'approche. Les oiseaux se taisent. Même la basse-cour est attentive au mouvement que cela produit...
Lune de Miel s'approche de sa mère, comme pour rechercher un peu de réconfort. Une explication même.
Celle-ci hennit. Mais sa voix lui semble joyeuse, presque euphorique. Elle ne comprend pas.

 "Ce n'est rien, ne t'inquiète pas. C'est la horde sauvage qui arrive dans la plaine. On ne les voit jamais, mais on 
   Les entend. Ils sont si nombreux. Cela va durer presque une demi-heure, avant qu'ils ne s'installent tous."
"Tu es contente maman..."
"Bien sur !  Je n'ai aucune raison de ne pas l'être"
"C'est vrai que ce sont nos cousins ?"
"On peut dire ça comme ça."
"Tu les as déjà vu ?"
"Une seule fois. Lorsqu'il y a eu le grand feu de forêt. C'était il y a bien longtemps..."
"J'aimerais bien aller leur dire bonjour..."
"Enlève toi ça de la tête Lune de Miel !"
"Mais pourquoi ?"
"Ils acceptent très mal les étrangers. En plus, nous sommes trop dociles pour eux. Ils risqueraient de te faire du
  mal."

Lune de Miel tourne sa tête, au delà de la forêt ses pensées s'évadent. Elle voudrait tant les rejoindre. Leur demander si le temps de leurs vacances par ici, ils voulaient bien d'elle...
Elle rêve de s'ajouter à eux... elle aussi se sent piquée intérieurement, par une joie qui la transporte.

Qui sait....



 Une suite rien que pour le petit Lucas...

Publié dans Contes... racontes...

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Nani-11 10/08/2008 06:58

Quel beau papillon ! La photo est extra ! Amicalement

nadia-vraie 10/08/2008 06:33

Tu écris vraiment bien Sonia.le petit lucas seracontent.Je vais me coucher  et te dire  un beau bonjour du matin.Amitié Sonia.

Alrisha 09/08/2008 15:37

Me voilà ma chère Sonia! Merci pour le petit Lucas! Je lui lirai à son retour chez moi. Pour l'heure, il est en Bretagne en vacances avec ses parents, Océane, son papy et samamie ainsi que son oncle Jérôme.Je suis naze aussi comme le dirait Cath. La préparation de mon expo me prend plus de temps que prévu. Hier je suis allée seule à Reims pour faire faire des passe-partout pour mes cadres. Le choix des photos, le développement (certaines ont été ratées et je dois réclamer), les encadrements, tout ça c'est prenant et coûte aussi beaucoup d'argent bien que l'asso me prête des cadres.Je vais mettre mes coms en pause et juste publier sans aller sur les autres blogs.Je vois qu'il y a des photos de Roanne; est-ce toi qui les as prises?J'espère que tu vas bien! Je t'embrasse bien fort en pensant à toi,ton amie Monique

cath 09/08/2008 12:53

T'es "trop"douée!!Je t'écris plus...dès que je peux!Pour lors la machine est réquisitionnée par son heureux propriétaire88

cath 08/08/2008 20:27

Oui un régal! Suis naze ce soir; j'écrirai plus demaon!