
Le monde enchanté de la forêt se prépare. Pour les chevreuils, la journée sera douce, pleine de sève et de fleurs, de feuilles et de rameaux. Un bain, peut-être ? Le grand naturaliste Robert
Hainard signale des chevreuils de Hollande capables de gagner, à la nage, des îles situées à sept ou huit kilomètres de la côte.
Terre Sauvage ne vous apprend rien : la forêt est un somptueux pays. Il y a vingt siècles, quand les légions de César entrèrent en Gaule, elle couvrait probablement les deux tiers de la surface
actuelle de la France. Mais elle demeurait impénétrable.
A-t-elle failli disparaître ? Presque. A force de couper, de défricher, de brûler, nos ancètres ont bouleversé le paysage jusqu'en haut des vallées de montagne. Juste après la Révolution française,
il ne reste plus en France que 7,5 millions d'hectares de forêts. Le chiffre est abstrait, mais très parlant si on le compare à la surface totale de la France : 55 millions d'hectares. Autrement
dit, vers 1800, 47,5 millions dhectares n'étaient plus des forêts ! Comment a-t-on pu supporter un tel malheur ? Heureusement, la création de l'administration des Eaux et Forêts, en 1824, amorce un
grand renouveau.
On reboise les pentes les plus érodées (l'Aigoual ou les Alpes), on plante massivement des pins dans les landes de Gascogne, et le lent dépeuplement des campagnes fait le reste.
La reconquête des chênes et des bouleaux.
Où en sommes-nous ? La forêt couvre désormais 15,5 millions d'hectares, soit 28 % du territoire. Avec des différences majeures d'une région à l'autre. Quoi de commun entre Ar Goad, la forêt en
breton, qui ne couvre que 12 % de la Bretagne, et les 35,5 % de la Lorraine ? Même l'Ile-de-France fait mieux, avec 23 %. Mais il est vrai qu'il y a Fontainebleau : 17 millions de personnes
viennent chaque année s'y balader, et ils ont bien raison. Malgré l'autoroute, malgré les nationales 6 et 7 qui la traversent, notre vieille forêt abrite plus de 7000 espèces animales, dont 5000
insectes et 3000 espèces de champignons.
Incroyable ? Terre Sauvage confirme : incroyable. Et surtout vrai.
Mais il serait déplacé d'oublier toutes les autres. Comment choisir ? Celle de la Joux (2600 hectares de forêt domaniale dans le Jura) avec ses grandioses sapins pectinés et le spectre du lynx
.
Celle de Brotonne, en Normandie (7000 hectares), dont certians chênes sont des cathédrales ?
Celle d'Iraty, dans les Pyrénées (20 000 hectares), où le légendaire Basajaun se cache toujours entre les hêtres ? Et pourquoi pas celle de Saint-Amand-Raismes-Wallers, dans le Nord ? La région,
bouleversée par l'exploitation de la houile, puis dévastée par la guerre, a réussi là un exploit.
Les chênes, bouleaux et pins sylvestres ont conquis les terrils et le bord des mares, produits de l'effondrement des galeries de mines. Le résultat est superbe.
Jacques Le Héricy, directeur de l'environnement et du développement durable à l'ONF, ajoute que la forêt joue un rôle majeur pour la préservation de la biodiversité et cconstitue un point fort de
la trame verte nationale, en projet.
Reste une interrogation majeure : que va-t-il se passer avec le réchauffement climatique ? Selon des chercheurs de pointe (par exemple, Antoine Kremer, coordinateur du projet Evoltree), la forêt
française change déjà d'apparence. La chênes comme les hêtres pourraient bien se replier dans quelques réduits et le chêne vert s'installer près de Paris... Affaire à suivre donc.
Et dame pollution poursuit ses ravages...
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