
Fait-il jour ? Fait-il nuit ? Sous l'eau, ça se voit moins. Le corail rouge de la Nouvelle-Calédonie n'est qu'un petit échantillon d'une richesse phénoménale. La France possède en effet, la
deuxième plus grande barrière de corail au monde. Et peut-être cette dernière entrera-t-elle, en 2008, dans le prestigieux patrimoine de l'humanité, établi par l'Unesco. Bertrand Richer de Forges
connait par coeur ou presque les fonds sous-marins de cette France si lointaine. Ce héros modeste, mais authentique, est chercheur à l'institut de recherche pour le développement (IRD). Installé
sur l'île depuis un quart de siècle, il n'ezt pas seulement un scientifique de réputation internationale, c'est aussi un homme inspiré, qui n'hésite pas à écrire: "Imaginez une forêt, fermes les
yeux et attraperz une plante au hasard... Vous avez neuf chances sur dix qu'elle n'existe pas ailleurs dans le monde !" Car il n'y a pas que la mer. La grande île du Pacifique abrite des millirs
d'espèces de plantes et d'animaux appelées endémiques, parce qu'on ne les trouve que là. Autrement écrit, quand elles disparaissent en Nouvelle-Calédonie, elles rejoignent, du même coup, la longue
liste des espèces éteintes à jamais.
La Nouvelle-Calédonie, c'est un peu les Galapagos. De fait, elle abrite, sur terre, un trésor largement méconnu. Pour une raison aussi vieille que le Gondwana, cet ancien continent dont elle
s'est séparée il y a soixante dix millions d'années. Imaginez une sorte de dérive étendue sur des temps géologiques. Avec, à bord, une sorte d'arche de Noé rassamblant une partie de la flore
de cette époque. On n'est pas très loin de l'imagination d'un Steven Spielberg ! Certaines plantes locales sont, en effet, contemporaines de l'époque des dinausores. Ni plus ni moins.
Le pacte du silence sur l'exploitation du nickel.
Sur à peu près 20 000 km2, soit environ la taille de trois départements métropolitains, la Nouvelle-Calédonie réunit 7 % de toutes les espèces de conifères de la planète. Et 37 espèces endémiques
de palmiers. Parmi eux, l'Amborella, d'au moins 130 millions d'années d'âge, que beaucoup considèrent comme la plus ancienne des plantes à fleurs.
Ce devrait être une success story de la biodiversité, mais nous en sommes très loin. Richer de Forges, courageusement, dénonce ce qu'il appelle un "pacte du silence" autour de l'exploitation
minière. Selon lui, le nickel jouerait, sur l'île, un rôle tel que tout le monde accepterait les terribles conséquences écologiques d'une exploitation sans frein du minerai. Un minerai stratégique,
dont la Nouvelle-Calédonie contient 20 % des réserves mondiales. Or, beaucoup des plantes eceptionneles de l'île n'existent que sur de toutes petites surfaces de quelques kilomètres carrés. Laisser
se développer une industrie minière géante, sans moyens de cntrôle, conduit fatalement à la disparition d'une partie de ces raretés. D'autant qu'il n'existe pas, semble-t-il, de cartographie
précise des zones miniières...
Le débat n'est pas neuf, et Terre Sauvage n'entend pas le régler ici, à travers son reportage.
Mais qui a dit que protéger la biodiversité était une chose facile ?
"Le rôle d'un scientifique, estime Richer de Forges, est de faire partager son savoir à la société qui finance ses recherches et d'attirer l'attention sur l'évolution probable de l'environnement et
sur les risques encourus..."
Le profit est bien pire que tous les cyclones qui sont passés sur l'ïle !
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