Vagabonde insomnie

Publié le par sonja

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Tout est plongé dans le voile sombre d'heures qui ne semblent pas vouloir finir. 
Qui a ainsi éteint le ciel ?
Le sommeil s'est éloigné. Il a suivi le soleil parti vers d'autres horizons. Il aurait voulu le retenir encore un peu. Lui demander des heures supplémentaires. 
Voilà le sommeil bien embarrassé, par cette heure avancée, qui a pris le pas sur une nouvelle journée.
La voute céleste égrène le temps qui passe,  avançant impertubablement.
Par quelle malice inventée, le temps a-t-il retenu le sieur sommeil ?

Un léger mouvement... une brise douce... des pas aériens... Madame la nuit, dans sa robe noire, piquée d'étoiles de toutes les couleurs, avance pour répondre à l'impertinent qui ose se plaindre.
Que dites-vous monsieur,  ma personne vous ennuie ?

Le sommeil, ainsi interpelé, se retourne tout impressionné. La belle dame scintille à chaque mouvement.
Elle semble flotter au dessus de lui. Il se demande si par le rêve il ne vient d'être terrassé, avant de ne pouvoir s'endormir. Cette apparition le fait bafouiller une inaudible excuse.
Mais bien vite réplique que son esprit est pris dans le tourbillon de l'insomnie. Qu'il n'arrive plus à voyager dans les bras de Morphée. Il aime rêver, et il aurait bien voulu qu'on l'aide à plonger dans le royaume des fées. Mais rien n'y fait, on s'attarde à vagabonder en pensées.

La fatigue n'est parfois pas raisonnable, elle laisse libre court aux émotions de toutes sortes.
Voilà que même la nostalgie s'est assise dans un coin de la chambre. 
Comment voulez vous que je me repose, si tous ces regards, sur moi se posent, demande-t-il ?
Voilà que le "jeune" souvenirs, à la conversation se mêle. Il pense que l'heure est propice pour une balade à deux.
Mais qui viendra encore s'allier à ces deux là ?
Pauvre monsieur sommeil ! Il ne sait plus où donner de la tête. A ce petit jeu là, il aura la journée mauvaise...

Dame nuit a une idée. Elle avance dans sa robe vaporeuse, avec la délicatesse d'une plume. Sur son passage, la lune s'écarte, les nuages lui laisse la place. Derrière elle des étoiles elle laisse.
Elle s'assoit prêt de monsieur sommeil très intimidé, pour lui murmurer son idée.

Voulez vous cueillir avec moi les minutes accrochées dans les coeurs épuisés, et les installer sur les paupières qui ne veulent se fermer ? Votre fatigue est si petite en comparaison.
Un peu de vertige s'empare de sieur sommeil, qui accepte avec empressement.
Sans relache, l'âme en tumulte, il aide la dame si belle dans sa robe nuit.
Mais le temps passe, à jouer avec son esprit...  
Le sieur sommeil oublie que très bientôt la nuit disparaitra comme elle est venue. Dans le silence qui surprend, elle se dissoudra.

Les premières lueurs du jour colorent l'espace. Les arbres, les chemins, les formes qu'on ne reconnaissait plus, imposent leurs silhouettes. Quelques étoiles trainent encore dans le firmament... juste une poussière de robe s'éloignant avant que le jour ne surprenne la belle dame qui s'est envolée.
Le sommeil à perdu la notion du temps. Il se retourne juste un instant, pour voir disparaitre la nuit. Elle lui semblait trop longue, lorsqu'il méditait sur son triste sort. 
Le voilà éprouvant un brin de regret, au moment où il disparaissait à son tour, dans les bras de Morphée.

 

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Publié dans Contes... racontes...

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Alrisha 10/01/2008 11:26

Ah, ce sommeil que l'on voudrait réparateur a du mal parfois à s'installer. Des images diffuses, des pensées tristes, un sentiment de non-compréhension, des mots qui ressassent notre sub-conscient et qui blessent. Notre sensibilité est mise à mal et on se sent le dernier des derniers ou la dernière des dernières.Cette nuit si longue se termine avec le jour et laisse un sentiment d'amertume. Qui n'a pas subi cela ? Ah Sonia, la sensibilité joue parfois de mauvais tours ! Bises