Brouillard ami... Brouillard haï...

Publié le par sonja

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Brouillard du matin.
Ceux qui s'y aventurent le savent. Le brouillard qui voile le paysage au petit matin annonce souvent une journée lumineuse. Il se forme la nuit dans les plaines et vallées où coule un cours d'eau et se dissipe pendant la matinée, quand les rayons de soleil réchauffent l'atmosphère. Son apparition est liée aux anticyclones.

Dans la brume, les hommes perdent leurs repères et tendent à s'immobiliser. Les prédateurs guidés par leur nez s'orientent dans un monde où la vue importe peu.
Dans ce reportage, nous allons à la rencontre du grizzli, connus pour leur odorat exceptionnel (300 fois supérieur au notre), préfèrent pister leurs proies par temps brumeux. Les odeurs portées par l'humidité de l'air leurs parviennent alors avec plus d'acuité.
Sue Consolo Murphy, scientifique, a arpenté le pays des ours et des pumas, des bisons et des loups, dans les hauteurs du Wyoming. Par tous les temps. Jour et nuit. Une année de découverte et d'observation. Comme on aurait aimé faire nous même... Dans cette région la nature sauvage et à son paroxysme. 
De plus, elle a élucidé une enigme. C'est en reconnaissance dans l'arrière pays, qu'elle a finalement trouvé les immenses troupeaux de wapitis. Disparus depuis quelques semaines, désertant les prairies alpines des pentes montagneuses,  ils étaient réunis au fond d'une vallée. Ils étaient plus d'une centaine ainsi rassemblés cachés sous un épais manteau de brouillard. Les volutes cotonneuses dissimulaient en partie leurs contours. Ils étainet venus là exprès, pour respirer la fraicheur que procure le brouillard. Une stratégie encore ignorée du monde sicientifique, il y a quelques années.
Un peu partout dans le monde, pour les chercheurs, le brouillard est d'actualité à partir de ce moment là.
Ils ont découvert à quel point il est important, voire décisif dans certains cas.
A quelques miles au nord de Yellowstone dans les prairies montagneuses du Montana, le naturaliste français, Pascal Wick, s'est fait le spécialiste des découvertes lumineuses par temps brumeux. Il reconnait que lorsque le mauvais temps arrive, c'est un grand moment pour les prédateurs. 
Le brouillard leur met l'eau à la bouche. Le grizzli le premier. Il utilise le brouillard à bon escient.
Les sons sont étouffés. Nul ne l'entend arriver et il le sait. Avec l'humidité du brouillard, les odeurs voyagent bien.
Elles vont plus loin et l'ours qui compte principalement sur son flair, détecte mieux ses proies.

Il y a ceux pour qui le brouillard est un obstacle. Les ornithologues ont observé à quel point les rapaces  qui repèrent à la vue, sont gênés par toute absence de visibilité. L'hiver, quand la durée du jour est brève, des difficultés surgissent dans les plaines et les vallées pour les buses et les faucons crécerelles.
En Alsace notamment, l'automne et l'hiver, ils ont du mal à chasser. Le brouillard rend leurs proies invisibles. Situation préoccupante, lorsqu'on sait qu'il peut s'installer dix jours de suite sans interruption.
Sur les côtes brumeuses d'Angleterre et d'Ecosse c'est le faucon pélerin qui parfois jeûne plusieurs jours d'affilés.
Disette aussi pour les oiseaux de mer, comme les sternes, qui ramènent moins de poissons à leurs jeunes lorsque, l'été, le bouillard s'empare des côtes.
Parce que les oiseaux traversent le ciel, ils sont les plus exposés aux phénomènes du temps. La météo en règle générale conditionne leur vie.
L'arrivée du brouillard en fin de journée sème la panique chez les étourneaux. En Angleterre, par brouillard très dense en janvier, les étourneaux, incapables de trouver un dortoir, volent frénétiquement, parfois plus de cinq heures durant. Par des visibilités de vingt mètres, jusque tard dans la nuit.
En Amerique du Nord, les oiseaux chanteurs en migration paient un lourd tribut aux nuits de brouillards. Paniqués, ils heurtent les tours de transmissions de télévision.
Les pasereaux migrateurs sont désorientés, paralysés par les lumières des villes. Affolés, perturbés, ils tendent à se réunir en vols immenses et à s'écraser contre les pylones électriques enfouis dans une chappe de brouillard. Alors, il meurent par milliers, précise l'ornithologue américain Walter Elison.
En Europe, le brouillard s'est fait le dernier refuge des grands mammifères traqués par les chasseurs.
Dans leur peur des hommes, ils deviennent de plus en plus nocturnes. Et l'opacité blanche du brouillard leur offre une protection similaire à celle de la pénombre. Le brouillard pour eux, est une nuit en plein jour, un refuge.
En dépit de se conséquences imprévisibles, le brouillard et l'un des phénomènes atmosphériques les plus simples de la nature. L'un des plus faciles à comprendre, observe le météorologue Stanley Gedzelman du City Collège à New York. Rien de plus qu'un nuage à fleur de terre. Pour qu'il y ait du brouillard, il suffit qu'il y ait refroidissement de l'air. Il atteint alors un seuil nommé "point de rosée", ou "point de saturation". Il ne peut plus contenir toute sa vapeur d'eau. Celle-ci se condense et se liquéfie, mais en de si infimes gouttelettes qu'elles échappent à la gravité et restent en suspens dans l'air. Là, vous avez du brouillard : un nuage rempli de gouttes si petites que des miliards d'entre elles rempliraient une cuillère à thé.

Les tragédies humaines provoquées par le brouillard n'ont jamais été recensées. Les dangers ne sont pas ceux de l'orage, de la tempête ou de l'ouragan. Ils sont plus insidieux. Et se font mortels lorsque les hommes s'y enfoncent sans repères. Accidents et carambolages se multiplient quand une nappe de brouillard "surgie de nulle part" déboule et inonde la route. Ces brouillards rampent à plus de 30 kilomètres à l'heure et prennent les conducteurs au dépourvu.
Le phénomène n'est pas à prendre à la légère, affirment le météorologues, les chiffres sont renversants. 
Avec des records en France et à travers le monde. La région la plus brumeuse du globe s'étire au large de Terre Neuve. L'air chaud chargé d'humidité remonte la côte Est de l'Amérique du Nord par le Gulf Stream et, en heurtant l'air froid descendu du Pôle Nord, crée une nappe qui peut mesurer mille kilomètres de long et persister deux cents jours par an.
En France, les grands jours de brouillard,  une même couche peut recouvrir entièrement la moitié Nord du pays.

Le plus phénoménal  de tous les brouillards énonça à l'époque Stanley Gedzelman, c'est celui des caribous de l'Arctique. En hiver, l'air et si froid qu'il ne peut contenir aucune vapeur d'eau. A chaque expiration, votre souffle chargé d'humidité agit comme un brumisateur dans l'air. La vapeur d'eau de votre haleine se condense en fines particules de glace et vous créez, à très petite échelle, votre propre brouillard givrant qui vous enveloppe. 
Mais un troupeau de caribous peut faire mieux encore. Voire génèrer un banc de brouillard. 
En se déplaçant par centaines d'individus, ils créent par leur seule respiration une brume qui les enveloppe et les accompagne tandis qu'ils traversent, invisibles, la toundra enneigée. Si le froid persiste, ce brouillard vivant et  fantomatique persiste. Il est quasi impossbile de le dissiper... J'ai trouvé cela assez amusant...

A certains endroit du globe, le brouillard génère spontanément la vie. Dans un désert dépourvu de pluies, par exemple.
Au Kenya, l'hydrologue Neil L. Ingraham, du Desert Research Institue du Nevada, a découvert que la brume amenait assez d'eau au sommet des pics volcaniques du désert Chalbi pour qu'il y pousse des jungles luxuriantes peuplées de singes et de babouins.
Phénomène identique en Namibie où, soixante fois par an, le brouillard se formant au large des côtes pénètre dans le désert. Pour les plantes et les animaux, c'est la seule source où s'abreuver. La masse ouatée s'effiloche en longs filaments parmi les dunes, de petits scarabées noirs ténébrionides ont même appris une ruse pour capter cette eau. Ils font le poirier. L'humidité se pose sur leurs ailes , avant de ruisseler jusqu'à leur bouche.
Les insectes du Namib ne sont plus les seuls à savoir "boire" le brouillard. 
Les hommes aussi ont appris à étancher leur soif de cette manière. En plein désert côtier du Chili, le Canadien Robert Schemenauer et son équipe ont inventé des collecteurs artificiels de brouillard. Des sortes d'écrans en grillage très fin. Ici, les camanchacas (des brouillards dus au courant froid de l'Océan Pacifique) se forment durant l'hiver austral. Ils pénêtrent à l'intérieur des terres. C'est alors que Schemenauer intervient, dressant ses pièges à brouillard sur les sommets embrumés. Le brouillard se condense au contact des grillages et s'écoule dans un réservoir. Le scientifique réussit ainsi à prélever dans l'air douze litres d'eau par personne et par jour pour le village proche de Chungungo.
Il y a mille manières (et raisons) d'aprécier le brouillard, affirme Stanley Gedzelman.
La plupart de météorologistes se spécialisent dans les tempêtes, les tornades, les éclairs. L'heure des tempêtes c'est le soir. Le brouillard, lui, se laisse admirer le matin. Au point du jour, aucun éclair ni blizzard ne peut remplacer sa beauté mystérieuse.
Ce scientifique poursuit en disant :
"Pour moi, l'atmosphère est ce qu'il y a de plus esthétique sur terre. Elle donne son atmosphère à tout ce que nous voyons autour de nous. Le brouillard, de ce point de vue, donne énormément d'atmosphère à la vie".

Mais jusqu'à quand l'homme touche à tout et empêchant la nature de donner le meilleur  pour le bien de tous... permettra t-il au brouillard de continuer de s'étendre. Pour peut être apporter cet or liquide si précieux dans certaines contrées... déjà nous touchons un seuil d'alerte inquiétant quand à ces deserts qui avancent toujours plus.

On aime ou on n'aime pas le brouillard.
On n'aime ni le brouillard, ni les formes floues.
Opaque, il peut cacher n'importe quoi.
Plongés dedans, notre univers change, nos repères disparaissent.

Personnellement, tout comme le narrateur du reportage, voilà encore une autre manifestation naturelle que j'aime.
Que je cotoie avec plaisir lorsqu'il s'installe. Que j'observe et suit du regard.
J'aime m'y perdre à l'intérieur. Avancer dans un rideau de brouillard, c'est assez génial. Se laisser avaler par lui. Se laisser caresser, bercer, enchanter. Puis le voir s'élever lentement, en dévoilant ce qu'il cachait... c'est intense comme sentiment. Ce voile, tel de la poussière, chassé par les rayons du soleil. Puis les formes, les choses, la végétation qui prenent place, s'installent. Tout comme on dresse une table pour un repas... 
Cet inconnu qui nous échappait, s'impose devant nous et autour de nous...
J'aime !

Devant une nappe de brouillard, mon imagination s'y projette très  bien.
Je n'ai plus qu'à cueillir !


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Commenter cet article

Alrisha 16/09/2007 21:45

Quel long et dense documentaire ! Cette vie plus active chez certains animaux par temps de brouillard prouve une grande adaptabilité de leur part ainsi qu'un sens aigu pour déjouer les prédateurs.Les pièges de brouillard de Schemenauer sont d'une grande ingéniosité; surprenante comme invention!Il n'est pas étonnant, te connaissant grande promeneuse, que tu aimes ce voile de brume et son côté mystérieux.Grosses bises, Sonia !

cath 13/09/2007 22:15

qui voilà? le michka!brouillard du soir, espoir...

Michka :0051: :0010: 13/09/2007 17:35

:0010: