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Mercredi 22 août 2007

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Depuis un bon moment, je regarde les nuages s'éloigner. Ils ont creusé de la distance entre eux.
Le soleil s'est jeté derrière nos montagnes, il y a une demi heure environ. Il met de la couleur sur les masses nuageuses gris bleu. Un moutonnage où le rose et l'or se mélangent sur les mouvements supérieurs des nuages.
Le crépuscule ne tardera plus trop longtemps. Les derniers éclats se dirigent vers la sortie. La nuit va s'imposer.

Ce ciel me rappelle un autre, qui lui ressemblait presque.
J'étais aux alentours de la région lyonnaise mon fils à mes côtés. Nous regardions un ciel identique, où quelques nuages jouaient avec les derniers rayons. Une pause qui nous a permis d'assister à un coucher de soleil où les éclats du rubis avaient embrasé le couchant. L'horizon devenant orange fluorescent, quelques minutes plus tard.
Des minutes silencieuses, car nous n'avions pas de commentaires à fournir sur la beauté de l'instant. Le spectacle était beaucoup trop grandiose pour y mettre des mots. Et puis quels mots ? On peut rester sans voix devant certaines manifstations naturelles.
Nous avons vite quitté les lieux après le coucher de l'astre du jour. Avec nos vélos à nos côtés, le temps de sortir de ce chemin caillouteux.

Au fait, que faisions nous dans ce coin perdu de la nature ? Loin de toute habitation ?

Que je vous raconte !
L'aventure a démarrée le jour où j'ai eu l'idée lumineuse (c'est moi qui le dit), d'essayer un parcours vélo.
Mon fils devait avoir 17 ou 18 ans, je crois. Il sortait de l'une de ses hospitalisations, après quelques mois difficiles.
Il avait besoin d'un dépaysement total. C'est ainsi qu'a germé dans ma tête une évasion vélo. Loin d'un environnement qui ne lui était pas favorable.
Je lui ai soumis mon idée folle. Ce qui l'a enchanté. C'est lui qui a marqué tout l'itinéraire sur la carte, par des chemins détournés, bien sur.
L'autoroute en vélo, ce n'et pas très indiqué avec les embouteillages de juillet et août.
De Roanne à Pierrelatte, environ 400 km par les chemins choisis.
Il s'est entrainé pendant quelques jours avant notre départ, autour de Roanne.
Moi aussi. Dans ma cuisine devant le fourneau. Et dans l'appartement aux tâches ménagères.
On m'avait prédit l'essoufflement total. Et l'abandon de mon tour de France. Cela faisait un peu sourire ma fille, d'une année l'ainée de son frère.
A part nous trois et une amie, personne ne connaissait ce projet un peu fou. Même le reste de ma troupe était tenu hors mon aventureuse escapade. Je voulais d'abord savoir si c'était du domaine du possible.
Les vélos à la révision et de quoi pallier aux crevaisons. Mon fils étant le spécialiste du démonte pneu. Je comptais sur lui.

Le jour "J" arrive !
Le jour ne s'est pas encole levé, lorsque nous chargeons les sacoches de mon vélo. Et que nous attachons un sac sur le porte bagage. Mon fils avait un vélo course. Moi les gros pneus. Il a rempli son sac à dos de ses vêtements, ainsi que de tout son matériel pour diabétique. Sous l'oeil un peu amusé de ma fille ne croyant pas possible un tel voyage, tant mon culot la laissait un peu perplexe.
Pas de tente pour camper. Je n'en avais pas quoiqu'il en soit. L'urgence était de mettre autre chose dans la tête de mon fils. Le côté matériel a si peu d'importance lorsqu'il s'agit d'atteindre un objectif.
C'était vraiment l'aventure.

Le soleil est là depuis peu que nous nous mettons en route. Le dernier regard sur Roanne sera sur celui de ma fille laissée sur un bout de trottoir. Je sens qu'elle se pose des questions.
Nous sommes déjà dans la grande campagne une demi heure plus tard. 
Nous rencontrons des champs de blé et de maïs. Parfois, nous nous raffraichissons sous les grands jets d'eau.
Nous prenons le temps d'observer la nature.
Les forêts, les rivières qui courent, les villages que nous traversons. Nous nous gavons de paysages magnifiques. La France a de la magie dans son coeur vibrant. Elle nous offre les particularités de détails insolites. De coins extraordinnaires. De couleurs et de parfums qui nous emportent.
Nous faisons souvent des haltes pour capter un décor ou une buse prenant son envol à une courte distance de nous. Le vélo a ceci de bon que nous pouvons presque être silencieux.
Nous avons rencontré quelques petits mammifères. Des oiseaux venus d'ailleurs. De petits rapaces...
Des lapins ont bondi devant nous, tant ils furent surpris.
Si nos yeux avaient du tout filmer, je crois bien que nous aurions pu fabriquer un reportage.
Que d'heures inoubliables...
Le premier jour nous n'avons parcouru que 60 kilomètres. Ce qui était largement suffisant pour la débutante que j'étais. Je ne voulais pas épuiser mon guide. C'était lui après tout, qui savait lire la carte et qui était en tête du peloton.
Première  soirée dans un très joli village. Souper dans l'un des deux restaurants des lieux. Le choix fut judicieux. N'ayant pas de tente, il fallait bien que nous dormions quelque part. J'ai osé demandé au restaurateur s'il n'avait pas une tente. Il est allé retrouver son épouse, puis est revenu avec un toit en toile, et des duvets.
Quel endroit pour les piquets ?
La ferme d'accueil proche. Elle possédait un petit bois aménagé pour les voyageurs de passages.
Nous avons un peu prolongé notre soirée puisque la question du logis était assuré. La place du village était très passagère. Il y avait également ceux qui logeaient dans un gite proche.
La douceur de la nuit s'installa peu à peu. C'est sur cette place que nous avons eu la joie d'observer deux colibris allant de fleurs en fleurs. De petites merveilles en arrêt sur vol. C'était fabuleux. Nous n'avons jamais compris pourquoi ils étaient là.
Nous voilà dans notre mini tente.
A quelques mètres, un groupe de jeunes gens se sont installés. Discussions. Rires. Musique et chansonnette.
Les bois craquent autour de nous. La fraicheur gagne les lieux. Mais au bout d'un moment, nous n'entendons plus rien. Le sommeil nous a surpris.
Nous sommes réveillés à l'aube, par les scandaleuses oies et le poulailler. Les vaches se manifestaient également. Le maitre des lieux se levait sans doute pour s'occuper de ses bêtes.
Le coq n'est pas resté muet. Au dessus de nos têtes, les gazouillis allaient bon train...
Que c'est bon de se réveiller dans la nature.
Nous nous rendons au point lavabos pour une toilette sommaire.
Nous plions bagages et allons déposer la tente devant la porte du restaurant, comme convenu. A 6 heures du matin, on n'allait tout de même pas ouvrir la porte pour nous.

Le voyage se poursuit. Avec toujours autant de plaisir. Cette soif de parcourir autant de kilomètres où la nature vient nous souhaiter la bienvenue.
Lever de soleil pour petit dejeuner. Coucher de soleil pour soirée reposante.
La seconde nuit nous sommes dans un village que nous avons réussi à trouver après quelques détours. Nous nous sommes un peu perdu dans la nature.
C'est dans ces alentours que nous avons pu assister à ce fameux coucher de soleil qui nous laissa sans voix.
La nuit est déjà là, lorsque nous débarquons dans cette ville. Les magasins sont fermés. Nous cherchons un bon moment le camping proche. Les rares personnes que nous rencontrons n'ont pas pu nous renseigner.
C'est sur la place du village que nous sommes restés. Très tard d'ailleurs. Nous étions fatigués. Mon fils s'endormait sur un banc public. J'attendais le moment favorable pour parler de la solution à laquelle j'avais pensé. J'avais repéré une petite cité de quelques immeubles. Il fallait que les habitants dorment avant de nous y rendre. L'idée un peu folle ? Nous installer dans une cave. Ce qu'on a fait.  La nuit fut courte puisque je voulais lever le camp avant que l'un des habitants ne se réveille et ne nous trouvent chez eux...
Départ !
C'est en continuant notre route que nous sommes passé devant le camping. Ce qui nous fit rire, car il se trouvait à deux kilomètres du village.

Troisième jour et Valence devant nous. L'une de mes filles ainées habite dans cette ville.
C'est donc chez elle que nous allons toquer à sa porte. Elle et sa petite famille nous invitent à y demeurer pour la nuit. Leur étonnement fut grand, évidemment.
Le lendemain, dernière étape. Pierrelatte se trouve à 110 kilomètres, par des chemins détournés.  Nous les faisons dans la journée. Avec une halte pour le repas du midi.
Après un bout de la région Loire, un morceau de l'Ardèche, puis de la Drôme, et de nouveau une tranche de l'Ardèche, pour éviter au maximum les grandes routes...
La Drôme et ses paysages fleuris. Le parfum de la lavande et des herbes de provence. Ses vergers qui s'offrent en pêches ou en prunes. Ainsi que tous les fruits de la saison. Les champs de tournesol à perte de vue.
La route des vins qui s'échappent à l'horizon courant de vignobles en vignobles, dans les vallées et les côteaux.
Sous un soleil chaud. Généreux. Le chant des cigales qui nous ont accompagnés. Le miaulement de la buse qui nous surprenait. Les trilles et les gazouillis... du sourire plein la tête !

Nous avons rencontré quelques cols. Je n'en ai monté qu'un seul. Les autres  à moitié. Le reste  à pieds.
Mon fils les a tous fait. C'est lui qui m'a piqué le maillot jaune.
Par contre, j'ai détesté les descentes. Une vraie peur. Les freins ont soufferts. J'y étais crispées dessus, tout le temps. Mon fils lui les descendaient à une vitesse incroyable. Ce qui ne me rassurait pas du tout.  Lui il aimait, ça se voyait.
Il attendait patiemment l'escargot resté tout en haut.
Parfois il s'est improvisé raleur. Une roue crevée... la pluie que nous avons rencontré au retour... des petites choses qui n'allaient pas comme il voulait... la fatigue... ses petits malaises diabétiques.
Je souriais interieurement de tous ces petits soucis. Plus d'une fois ses colères m'ont fait rire.
Je l'ai aidé à relativiser.

Arrivée à Pierrelatte le quatième jour. Mon gendre et ma fille nous ont accueillis avec un bel étonnement.
Chez eux nous sommes restés au moins deux semaines, il me semble.
Sur place nous avons fait quelques belles balades dans cette partie de la région Drôme Provençale.
Soirées sympathiques chez eux.

Pour le retour nous avons changé d'itinéraire. D'autres lieux encore à découvrir. Des spectacles merveilleux.
Une buse au milieu du chemin qui a du mal à décoler, tant nous l'avons surprise.
Un renard qui s'échappe au loin.
Cette fois ci nous possédons une tente que mon gendre nous prête. C'est ainsi que le campîng devient plus facile d'accès.
Je me souviens du premier où nous sommes restés deux journées. Il y avait une piscine. Mon fils s'est adonné aux plaisirs de la nage et du bronzage.
De mon côté, j'étais souvent sur mon carnet de bord pour y raconter nos sorties et notre voyage.
A l'une de mes amies roannaise j'envoyais chaque jour un courrier pour détailler notre parcours. Mes ressentis. Les beautés environnantes.

Avec mon fils nous parlions très peu. 
Ce n'était pas le but. Je l'ai laissé s'exprimer lorsqu'il en éprouvait le désir. Ce voyage était pour lui.
Je n'étais que l'observatrice-accompagnatrice.
Moi aussi j'avais besoin de m'échapper dans ma tête...
Quatre journées délicieuses à l'aller.
Quatre journées qui l'étaient tout autant au retour.
Ce n'était même pas un exploit.  Mais un plaisir immense.

J'aurais bien répêté ma petite aventure, mais les préoccupations de la vie, sont de nouveau revenues envahir d'autres tranches de ma vie...

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