1968 ... la France !

Publié le par sonja

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Après l'Algerie, la  France. Nous étions au mois de juillet, de l'année 1968.
C'est en bateau que je me suis éloignée d'Alger. J'étais ravie. 
Mes rapports avec ma famille n'étant pas ceux que j'aurais voulu, ce départ était plus une fuite. Mettre des kilomètres entre eux et moi.
C'est ainsi que je me retrouve à Marseille. Un autre port. De ce jour là je ne me souviens que de la longue file, à la douane. Et de ce cousin que j'ai attendu un bon moment.
Un peu désorientée aussi par ce changement radical.
Après un voyage en voiture jusqu'à Valence dans la Drôme, je me retrouve chez l'une de mes tantes. Elle était heureuse de me revoir après toutes ces années de séparation. Elle et sa famille étaient en France depuis 1962.
J'ai retrouvé un cousin identique à lui-même. De l'humour à revendre, avec une bonne dose de gentillesse.
La cousine, elle même, égale à ce qu'elle avait laissé dans mes souvenirs comme écho. Ce ne serait toujours pas l'entente. J'ai gardé mes distances... ce que j'ai toujours fait, avec les gens qui mordent.
Dans la même semaine j'ai cherché un emploi. C'est ainsi que je me suis retrouvée à la cueillette des pêches, puis au calibrage, au sein de l'usine. Il fallait tenir la cadence. En parallèle je faisais les agences pour chercher un autre travail, puisque celui là n'était que saisonnier.
J'avais quitté l'Algerie en démissionnant de la banque, puisqu'aucun autre choix n'était possible. Je ne faisais pas partie de ceux qui pouvaient avoir accès à une mutation.

Rester chez ma tante sans travailler n'était pas envisageable. Non seulement leurs revenus n'étaient pas élevés, mais je n'étais pas habituée à vivre à la charge des autres. Je me suis vite sentie gênée.
J'ai flâné dans les rues de Valence, et ses alentours. 
La France, ce Paradis auquel nous rêvions parfois, en Algerie... Un Paradis qui avait du mal à m'accepter. En tout les cas, j'ai eu ce sentiment.
Mon petit bagage études, et mes presque deux années en milieu banquaire ne semblaient pas avoir de valeur, de ce côté ci de la Mediterranée.
J'ai donc parré au plus préssé. C'est à l'agence "Avis" qu'une fiche emploi m'a été proposée.  Un couple recherchait une "fille au pair". Ils avaient une petite fille qui n'avait pas encore quatre ans, et la dame attendait un bébé. Voilà qui allait solutionner le problème du gite et du couvert.
M'attarder chez ma tante n'était pas envisageable. Et cela malgré la gentillesse de toute la famille.
Ce couple me proposait en plus d'un toit et de mes repas quotidiens, un peu d'argent de poche. L'équivalent aujourd'hui de 37 euros par mois.
Mes occupations chez eux étaient nombreuses.
Dès le matin, lorsque les parents quittaient la maison pour aller travailler, j'avais à charge de m'occuper du petit dejeuner de leur fille, puis de l'accompagner  à l'école.
Puis tout de suite après, le ménage, et le repas. Les après midi repassage ou un peu de couture.
Une fois par semaine je décapais les sols de l'appartement. Et après un nettoyage important, de nouveau, une couche de cire. C'était une habitude à l'époque. Et une vraie corvée pour celui qui le faisait.
Les vendredis revenaient trop vite à mon goût...
Quatre aller et retour pour aller chercher la petite à l'école. Son bain, le soir avant le souper. Plus les caprices à supporter.
Je couchais dans la chambre des enfants. Ce qui semblait être fort pratique pour les parents. Lorsqu'il y avait des réveils brusques, ou des cauchemars, j'étais là pour assurer. Lorsque le bébé est arrivé par la suite, je me souviens de ces biberons que je préparais parfois, certaines nuits.
Puisque les parents travaillaient, ils estimaient sans doute que c'était mon rôle de tout porter.
Le samedi et le dimanche matin je m'occupais de faire le repas. Lorsqu'ils recevaient, je servais à table.
Mon jour de repos ? En fait, c'était surtout des demi journées. Les après midi du week end à partir de 14h ou même 15h, lorsque j'avais fini de mettre de l'ordre dans la cuisine.
Je ne sais pas comment est ce que j'ai fait pour me retrouver coincée dans cette famille, mais ce que je sais, c'est que cela a duré une année.
La majorité n'étant qu'à 21 ans, Madame ne m'autorisait même pas des sorties nocturnes. Elle m'avait expliqué que j'étais sous sa responsabilité. La belle affaire !
Je n'avais pas de revenus. Pas d'appartement. Et des principes. J'étais donc corvéable à merci.
Pour ce qui était de mes sorties en soirée, elle savait bien que cela ne faisait pas parti de mon programme immédiat.
Mes sorties après les heures de travail, étaient plus des errances dans Valence.
Parfois je m'installais dans un café devant un thé. Je regardais passer les habitants de la ville. La jeunesse. Les familles.
Avoir 20 ans pour moi, dans mon nouveau pays, c'était moins drôle.
Un pays étrange à mes yeux. Les sourires et les rires étaient moins spontanés. Lorsqu'on me parlait j'avais l'impression qu'on pensait que je venais d'une autre planète. J'ai même eu droit à des questions stupides.
J'ai eu beaucoup de mal à me faire une petite place.

Un jour par hasard, j'ai fait la connaissance de mon futur mari, qui m'a présenté aussitôt à sa famille.
Une famille que je pensais être adorable. C'est du moins ce qu'elle m'a laissé voir, durant un certain temps.
Ces gens là ont été moqueurs, et très critiques à mon égard.
Ma façon de me vêtir. Et jusqu'à mon maillot de bain les faisait beaucoup rire.
Ma conduite elle même ne leur plaisait pas.  Ils ont dit bien souvent au père de mes enfants que j'étais très mal élevée.
Il est vrai que lors des réunions familiales je me  plaçais dans un coin de leur salon, avec un livre. J'abandonnais complètement toutes ces femmes qui jacassaient. Elles faisaient la pluie et le beau temps chez les voisins.
Ce n'était pas des langues qu'elles avaient mais des tapis roulant.
Parfois, en guise de moquerie, ils me demandaient mon avis dans certaines discussions. Mais très vite ils ont renoncé. Mes reponses n'étaient pas à leur goût.
Mon beau père était un homme de bien. Il ne parlait presque jamais. Il avait beaucoup de respect pour moi.
Il n'intervenait jamais lorsque ses femmes s'amusaient à parler des uns et des autres. Mais lorsqu'il les faisait taire, ce n'était pas triste.
Il voulait que je m'asseois toujours à ses côtés lors des repas. Cela devint une habitude que j'ai gardé pour tous ces repas de famille, un peu spécial.
Cet homme était au petits soins envers moi.
Je n'oublierais jamais ses bontés à mon encontre.
Dans ses silences il y avait tant de mots... et je savais à l'avance à quel moment il allait intervenir pour faire taire sa basse cour, comme il disait, en espagnol. Ce qui me faisait sourire interieurement.
Ses gendres et ses deux fils le craignait. L'un de ses gendres pensait toutefois, que c'était un homme stupide.
Il a du changer de point de vue, un certain jour.
Tant qu'il était vivant, j'ai plus ou moins supporté ses femelles... il avait trois filles. 
Il est décédé après le mariage de ma fille ainée.
Quelle famille !

Lorsque j'ai quitté le couple dont j'ai parlé au debut, c'est que je n'avais pas renoncé à avoir un travail plus humain.
C'est ainsi qu'un jour j'ai osé écrire à la Direction Générale de la Banque dans laquelle j'avais travaillé.
En m'adressant directement au Fondé de Pouvoir pour qui j'avais travaillé lorsqu'il tenait le service contentieux à Alger. J'ai été sa secrétaire jusqu'à son départ d'Alger. Il était à présent Inspecteur Général de la Société Marseillaise de Crédit. C'est ainsi que je me suis retrouvée à Lyon, travaillant dans cette banque, de nouveau.
Pour peu de temps, puisque l'opportunité de la Nouvelle Calédonie est venue frapper à notre porte.
Ca ne pouvait pas mieux tomber...

Presque sept années à prendre du plaisir à vivre les temperaments des uns et des autres.
C'était du soleil dans la tête et dans les yeux des gens. 
Après le gris, le bleu dans le coeur.
Ile magique et pleine de surprises quotidiennes...

A mon retour de Nouvelle Caledonie, il m'a fallu deux bonnes années pour m'habituer à penser que le rêve caledonien, il fallait que je l'efface de mon esprit.
La vie continue...
Le quotidien avait repris le dessus. J'étais de nouveau embarquée sur le train de bien de bosses et de plaies. Avec de petits rayons de soleil par ci par là, grâce aux enfants...

Ce n'étais qu'un tout petit morceau de ma vie, à mon arrivée en France.
Deux ans et demi, ce n'est rien... comparé à toutes les autres.

J'ai donné 20 ans de ma vie à qui ? Pourquoi ?

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Publié dans Voyages

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le Pierrot 25/04/2008 07:08

Sonia, ne te pose pas toutes ces questions...1968 est loin derrière, et tu fais ta vie, les souvenirs delmeurent, c'est certain, mais li faut avancer vers l'avenir...je t'embrasse, passe une bonne journée, et un bon week end...

zouzou 13/04/2008 08:24

aprés lecture ,j'arrive un peu mieux à comprendre ta richesse intérieure ;

Bob, le Webmaster 07/10/2007 01:38

émouvant sonia, je suis algérien , et je connais bien les souffrances des expatriés, ceux qui n'ont pas de sang dans les mains et qui étaient obligés de auitter l'Algérie brusquement ou independement de leur volonté.. et surtt ceux qui ont laissé des biens , un travail de tt une vie....., dommage que l'malgame a été fait..sincerement désolé , pour tous ceux et celles qui n'ont rien fait... en ce mement je cherche ou se trouve roanne , et la relation avec la nouvelle calédonie..mes amitiés sonia.... je découvre ton site..suite à tes commentaires sur le mien , et je te remercie au passage , des dizaines de personnes , veulent savoir qui tu es.. je te mettrai en tant que site ami , avec grd plaisir..

Alrisha 15/08/2007 11:27

Je me suis toujours demandé pourquoi tu présentais de temps en temps des photos de Nouvelle- Calédonie. J'ai l'explication.Ce COURAGE qui est en toi, on le retrouve toujours sur ton parcours. On peut dire que le VIE t'a vraiment façonnée.Bises et à +, Sonia