L'éphémère !

Publié le par sonja

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Quelle aérienne beauté. Des ailes blanches qui semblent avoir trempées un peu de leurs pointes, dans un bain de peinture rouge. Sur une fleur posée, l'éphémère se régale de douceurs pétales. Elle ne restera pas longtemps sur le delicat jardin qu'elle a entrepris de visiter. Sa vie est tout aussi éphémère que son passage. Le velours de cet éventail ouvert, est une caresse pour le regard...

Nous aussi sommes des éphémères. Juste le temps de grandir, et de cueillir de l'expérience, que déjà, nous voilà envolés. Un petit passage tout simplement. On ne compte même pas notre enfance. Elle file trop vite. On ne se souvient que de petites choses. On ne se voit pas grandir. Mais on se voit vieillir.
Alors, puisque des papillons éphémères nous sommes, pourquoi nous agiter ? Qu'est-ce qui nous presse ?
Nous n'arrêtons jamais. 
On dirait qu'on veut rattraper quelque chose qui nous échappe, à chaque fois qu'on parvient à l'atteindre. Nous avons un rythme soutenu pour tout. Pour nos études. Pour notre vie à deux. Pour les enfants que nous avons planté. Pour notre travail. Et même pour nos loisirs.
Courir est le maitre mot ! Nous faisons tous cela... ne nous trompons nous pas de cible ?

Voyons un peu... dès le matin, c'est un peu le branle bas de combat. Surtout lorsqu'il y a des enfants.
On n'aura pas le temps de cueillir les heures. Le sablier va compter pour nous. Celui là, il a un sable trop fin. Ou bien le trou qui le laisse passer est trop gros. 
Au travail, il faut encore devenir un coureur de fond, doublé d'un équilibriste. Ne pas se laisser dépasser, et rester sur notre fil, sans vasciller, pour ne pas tomber. Le chef de service ou le patron, veilleront à ce que nous soyons des champions. Votre propre temperament, il ne veut pas le connaitre. Rendement il a dit.
Sans être paresseux, on peut avoir un rythme différent que celui de notre voisin. Nous n'avons pas encore inventé le clône. Nous sommes différents. Mais bon, on court, la loi du profit est là pour nous le rappeler.
Nous ne brillons pas partout, mais nous devons absolument devenir des "super-super"...
Les avant derniers ou les derniers, qui s'en interesse ?

A la maison, il faut une maman parfaite. Et un papa sans defauts. Maman championne toutes catégories. C'est nous ! Papa doit mettre la main à la pâte, pour une complicité à deux. Seulement, on n'est plus au bureau. L'exigeance ne paye pas ici... restons cool !
Nos enfants exigent parfois. Mais nous aussi, d'eux. Trouvons la juste mesure, si on peut. Un peu de sourires au milieu, pour obtenir. De la patience, si on ne veut se faire envahir.
Avec eux, prenons un temps plus long. Il sera rentable. Nous nous en rendrons très vite compte.

Ah ! les loisirs... quelle douce mélodie. On pratique un sport ? Il faut se depêcher pour ne pas rater son rendez vous. On n'a pas le temps d'être oisif. On se regarde pour savoir, où il faut mettre les kilomètres de course que nous ferons. Ou la gymnastique "taille de guêpe" qui nous ira si bien. Bon, on ne perd pas son temps à papoter, on réagit. Que ce soit sa raquette de tennis, ses haltères, ou son banc de muscule, on fonce.

Les vacances ? C'est merveilleux ! On rempli son coffre de voiture, et on part. Mais pour certains, les vacances c'est encore l'exploit sur les routes de l'évasion. 
Notre location nous attend, dès l'heure du travail achevé, on quitte son logis. Une location, c'est sacré. On ne doit pas en perdre une miette.
He ! où courez vous comme ça ? L'appartement ou l'hotel ne vont pas demenager en quelques heures.
C'est vous qui vous déplacez... 
Des imprudences sur l'autoroute ? Bien sur. Les vacances, ça ne se gaspille pas. On doit avoir les pieds dans l'eau, dès le premier jour. Même si c'est à minuit qu'on arrive...
Les routes n'ont que faire de votre vitesse, elles observent. Placidement. Vos folies peuvent vous faire gagner du temps. Pour d'autres, il n'y aura plus de temps. 
Le jour du retour est à l'identique. On quitte au dernier moment parfois. Le lendemain on travaille, alors, il faut se dépêcher pour ne pas s'endormir trop tard. Mais et si on s'endormait au volant ?

Allez ! Ce n'est pas tout... il reste le temps de la retraite. Là on va avoir tout son temps. On va s'éclater.
Oui, mais il arrive que des impatients courent toujours. 
Ils râlent aux caisses des supermarchés. Ils râlent dans les attentes des administrations. Ils râlent chez le boulanger. Ils râlent sur leurs voisins. Ils râlent sur la lenteur de leur entourage. Ils râlent après le ciel. 
Ils ne s'arrêtent jamais...
C'est pourtant le temps de tous les repos. On peut rester actif, mais sans précipitation. La jeunesse est là pour reprendre le flambeau. Ils n'ont qu'à courir à leur tour.

Observons toutes ces courses, pour comprendre combien c'est fatiguant.
Se poser enfin, et profiter de son coin de jardin.
De son plaisir peinture, ou photos.
De ses heures d'écriture.
De ses dons musicaux.
De son désir de donner son sourire.
De plaire à ses petits enfants.

De s'installer et de se dire : "Que d'heures tricotées, pour arriver à me reposer de tout mon dur labeur ! Ma vie je n'ai vu partir... alors, à mon tour de prendre un peu du plaisir d'égréner le temps".

Fichu sablier qui n'a aucun respect...

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Guy 11/08/2007 11:03

Un titre qui me dit quelque chose et ne peut me laisser indiférent!On dirait que mon papillon se retrouve sur toon blog :lol:http://guyd.over-blog.com/article-11689057.htmlUne photo et un texte superbe comme d'hab!Enfin l'Ephémère peut vivre plus d'une journée, la preuve sur mon Blog, le mien est revenu!

Michka :0014: :0010: 11/08/2007 07:42

:0014:

Alrisha 10/08/2007 21:45

Cette course à tout vouloir faire au plus vite sans perdre de temps, on ne s'en aperçoit pas quand on est encore "jeune".C'est "à nos âges" Sonia, que l'on veut ralentir les choses et les savourer chacune à leur tour.Les petits moments éphémères s'égrainent sur l'éphéméride que l'on voudrait bien vouloir être effeuillé moins rapidement.Que de réflexions, que de réflexions, Sonia, tu nous inspires !!!!

Ghaouthi 10/08/2007 12:39

Que c'est vrai, on est si aveugle qu'on ne peut distinguer un arbre de sa foret. Et pourtant ces memes gens ne se rendent pas compte qu'on a seulement aujourd'hui a vivre car demain, one ne le verra jamais peut etre. Crois moi je ne suis pas pessimiste. It's a fact!

cath 10/08/2007 12:29

et en tête du peloton, voici cath...qui part demain pour  quelque vacance, et elle ne se presse pas, elle traine et se prélasse avec sa tasse de thé, un petit tour par le blog de sonia, de l'eau aux plantes, et aux chats aussi..il faut faire les sacs? éh bien elle les fera bien, même si c'est à minuit!  sur la route on ne se pressera pas même si on met le double du temps prévu..ce long et riche texte est venu à point nommé, c'est comme si tu avais lu dans mes pensées..belle et sereine journée à toi, amiga sonia