Retour en Algerie

Publié le par sonja

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Affreville ! Aujourd'hui Khemis Miliana. De cette ville je n'ai gardé qu'un vague souvenir...
Mais j'ai gardé en mémoire, de belles allées de platanes, dont le feuillages se rejoignait au dessus des rues.
Une arcade ombragée pour une température très chaude les étés. De jolies maisons. Des quartiers sympathiques. Mais surtout, sa piscine. Rencontre obligée avec la fraicheur. Son plongeoir voyait une foule nombreuse de plongeur. J'aimais me lancer depuis cette hauteur, pour éprouver le plaisir de fendre l'eau raffraichissante. La chaleur étouffante était vite oubliée en ce lieu.
Je crois bien que c'est mon père qui m'apprit à faire mes premières brasses à la mode d'un petit chiot se sentant un peu dépassé. Plus d'une fois il m'a encouragé à entrer dans la piscine non pas avec douceur, mais en y plongeant. Même si je ne savais pas nager. Cela me ravissait. Que de fois ai-je sauté depuis le plus haut des plongeoirs. Mon père m'attendait en bas, dans l'eau... celui ci a encouragé ma témérité plus d'une fois.
Nous habitions un petit immeuble dans un quartier proche de celui qu'on appelait "le quartier arabe". Déjà une séparation dans les seuls mots.

Après Sidi Bel Abbès où les bombes explosaient déjà, avant mon départ de cette ville... voilà qu'ici aussi les hostilités prenaient le pas sur notre quotidien. Lorsque les explosions se rapprochaient de nos habitations, je revois ma mère s'évanouissant. Elles ne supportait pas ces frayeurs. Je suppose qu'elle ne devait pas être la seule.
Une violence sans nom s'était insidueusement installée dans le pays. Nos jeux de  voisinnage prenaient une autre forme. Les enfants que nous étions n'avions pas encore conscience de l'horreur semée partout dans le pays. Aller à l'école devenait le parcours de tous les dangers, selon nos parents.
Nous étions quelques européens à n'avoir pas renoncé à nos amis algeriens. 
A l'école de nos parents, il n'était pas question de les rejeter pour le seul motif que leurs parents désiraient obtenir la reconnaissance "d'êtres humains". En un mot leur dignité. S'il fallait passer par l'indépendance, voilà qui était compatible avec leurs revendications. C'est ce que j'entendais à la maison.
Alors pourquoi cet acharnement à tuer avant de rendre un bien qui ne nous appartenait pas ?
Les bombes ont gachées pas mal d'amitiés. Les colons étaient des acharnés d'une mentalité malsaine.
Leurs biens... leur pays... leurs indigènes... comme ils aimaient le dire, il n'était pas question qu'il l'abandonne.
Bien sur, ils mirent des années à défricher certaines terre, à construire. Mais l'Algerie n'était pas pour autant une terre inculte, lorsque la France s'est imposée dans le pays. Bien au contraire. Ce pays était riche et possédait une gestion qui dépassait de beaucoup bien d'autres nations. On entendit parler de ses richesses jusqu'en Amérique.
Une colonisation ne se fait jamais dans la douceur. Peut être que cela nous échappe.

Orléansville ou El Asnam, n'étant pas loin, nous avons ressenti bien des fois, des secousses jusqu'à Affreville. Lorsque nous le pouvions, je me souviens que notre père nous encourageait à sortir de la maison. Mais pour les habitants d'El Asnam, le temps n'était jamais de leur côté. Que de morts après ces nombreux tremblements de terre. D'effrayantes images nous parvenaient à travers les journaux de l'époque.
Tristesse et consternation.
Court passage à Affreville !

Je me retrouve dans la capitale. Je devais avoir 12 ou 13 ans. Nous habitions un petit appartement à Hussein Dey. C'est ainsi que j'ai découvert la grande ville. Des rues et des quartiers que j'ai investi par ma curiosité. Faire connaissance avec Alger ne m'a pas posé de problème. Je n'avais pas perdu de vue que j'étais en demande d'espace et de liberté. 
A la conquète d'Alger la blanche je suis partie.
Avec ma mère tout d'abord, qui nous baladait quelquefois au centre, ou aux alentours.
Mais à l'heure de mon adolescence, très vite je me revois seule, ou avec ma soeur ou des amis.
Le nom des rues j'ai perdu. Ma mémoire les as éparpillé. Mais je saurais aller partout où j'ai pu me rendre.
C'est au lycée d'Hussein Dey, qui prolongeait une place, et juste en face du cinéma du quartier, que j'allais remplir ma tête d'un peu de connaissance. Paresseuse et toujours un peu rebelle contre toute forme d'obligation, je n'ai pas brillé sur les bancs de l'école... Mes rapports avec les enseignants furent tendus, du plus loin que je me souvienne. Certains d'entre eux n'ont vraiment pas fait preuve de pédagogie saine.
C'était encore le temps des punitions à ralonge. Et des humiliations à répétitions. En math et en anglais notamment il y a eu comme une détestation pour ces deux matières. Résultat : rien de bon en mathématiques et un refus catégorique d'apprendre l'anglais. Punitions et convocations des parents n'ont rien changé à mon état d'esprit. Un vrai blocage mental.
Pourtant, après l'obtention de mon certificat d'étude, j'ai le souvenir que du CM2, je me suis retrouvée en cinquième sans passer par la sixième.
Mon allergie pour le corps enseignant de l'Algerie française était un fait.
Mes camarades de classe ne voulaient toujours pas de moi. Ces petites filles et plus tard, ces jeunes filles précieuses, bien mises sur elles, n'avaient que faire de celle que j'étais en ce temps là.
Ces enfants de colons ne recherchaient pas ma compagnie. Ni moi la leur d'ailleurs. Ce fut le rejet total. C'est du moins ainsi que je l'ai ressenti.
Mes quelques camarades étaient algeriennes. Chez elles j'avais mes entrées. Leurs parents savaient partager.
Je n'ai jamais su comment était faite la maison de ces "petits pieds noirs", lorsque j'habitais Alger.
Une seule fois je suis allée à une "surprise partie" que la jeunesse française organisait. Une rapide entrevue. Je n'ai gardé qu'une fugace image. Ce que je n'ai pas oublié, ce sont leurs moqueries. 
Tout cela, sur un fond de guerre. Une ambiance détestable à tous les niveaux. La peur était palpable. On ne parlait que de morts dans un camp ou dans l'autre.
L'armée française était partout, la mitraillette au flanc. Les algeriens n'en menaient pas large. Les fouilles étaient humiliantes, voire violentes... comment oublier de telles actions ?

Qui commença les hostilités ?
Le savoir était-il vraiment important ?

Les algeriens ont réagi avec une violence inouie. Mais ne subissaient ils pas déjà une violence bien plus cruelle depuis tant d'années ? Faire leur seul procès est déjà une violence. Relater les faits de cette période de la colonisation, avec honêteté semble innacceptable. Aujourd'hui encore, beaucoup de "pieds noirs" la refuse. N'ont-ils pas su analyser leur propre histoire ?
Lorsqu'il m'est arrivé, rarement, je dois reconnaitre, d'essayer de mettre leur mémoire en marche, lorsqu'ils se lancent dans des propos tendancieux, voilà leur réponse... que je ne sais rien, car je n'étais pas là bas durant les années 56/57. Non seulement j'y étais, mais j'y suis restée après 62... C'est en 1968 seulement que j'ai rejoins la France.  Adulte, ils ne font toujours pas partis de mes amis...
J'ai subi moi même le racisme des français d'Algerie, après celui de ceux qui étaient au Maroc.
Etaient-ils si préoccupés par leur petit monde fermé, qu'ils ont oublié qu'il y avait d'autres humains à leurs côté ?
Ces années très difficiles ne m'ont pas empêchées de vivre comme je l'entendais. Déclanchant parfois des hostilités.
Mes parents avaient d'excellents rapports avec nos voisins algeriens. Moi pas toujours, à partir de mes années d'adolescence. Les jeunes filles devaient montrer profil bas. Je ne l'entendais pas de cette oreille.
Nos sorties villes étaient des promenades qui ne faisaient pas l'unanimité de voisinage. "Une jeune fille bien" ne sortait pas seule. Mes réponses n'étaient pas du goût de tout le monde.
Ma seule préoccupation n'était que l'échange, le partage, les discussions interminables... Les balades... les après midi cinémathèque... en un mot, toutes les curiosités. C'est cela qu'on n'a jamais pu comprendre.
Même ma famille n'a pas fait cette simple gymnastique mentale.
Ce qui demeure dans ma mémoire sur ces années Algerie ?
En toute franchise... des petits coups de bonheur. Des années d'espace personnels. Je me suis fabriqué un monde bien à moi. En solitaire, même si je prenais plaisir à des compagnies de passage.
Et une mauvaise note pour ma mère. 
A cause d'elle j'ai quitté l'Algérie. Je peux même parler de fuite. Un départ qui s'est imposé de lui même.

J'ai effacé bien des souvenirs. Mais je n'ai pas oublié mes collègues avec lesquels je travaillais à la banque. Ni toutes ces amitiés d'un temps. 
Ni Alger, ville aussi magnifique que le pays lui même l'est. J'aimais la Casbah. Je m'y baladais assez régulièrement. Mes pauses dégustation au "Milk Bar", sur sa terrasse, sont dans ma tête. M'asseoir devant la Grande Poste faisait aussi partie de mes voyages à travers une ville qui a sa place dans un coin de l'un de mes tiroirs du souvenir. C'est avec cet ami dont j'ai oublié le prénom que je me vois, très souvent. Ce grand frère avec qui j'ai partagé bien des rires. Son visage et ses gestes je n'ai oublié. Ni même ce geste qu'il faisait pour remonter légèrement ses lunettes sur son nez. Une gentillesse et une générosité... qu'on ne peut même pas décrire.
Alger que j'ai admiré depuis ses hauteurs... cette ville qui semble se jeter dans la Mediterranée. Ville ouverte aux navires venant de tous les horizons. Une beauté blanche !
C'est en bateau que j'ai quitté l'Algerie, en juillet 1968. J'ai vu s'éloigner peu à peu ses cotes... pour disparaitre. Splendeur d'un temps que derrière moi j'avais laissé. 
J'ai fait un retour à Alger, pour rendre visite à mes parents, en 1985. Une semaine auprès d'eux. Puis j'ai de nouveau quitté. Je ne devais pas être encore prête pour un tel retour. Aujourd'hui je sais pourquoi...

C'est en decembre 2005 que j'ai revu mon séjour à la hausse. Et là, mon plaisir fut immense. Trop court aussi, même s'il s'est agit de presque deux mois. Des escapades que cette fois ci, je n'oublierais jamais, dans ses plus petits détails.
De l'Algerie d'aujourd'hui, on n'a pas envie d'en revenir.
Je n'ai qu'une hâte, y retourner !

Publié dans Voyages

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Commenter cet article

cath 09/08/2007 04:13

récit trés dense!..qui me ramène à mes propres souvenirs du maroc!

sonja 09/08/2007 04:29

Il faudra qu'un jour tu me racontes le Maroc...

Alrisha 20/07/2007 16:58

Bonjour Sonia,merci pour tes commentaires toujours aussi pointus et aussi attendus, bien sûr.Je crois, à la lecture de ton artcle, que les gens "sectaires" passent à côté de bien de "petits bonheur". Par contre ,les gens comme toi, à l'écoute des autres, pleine de curiosités saines, ne peuvent que s'enrichir et enrichir les autres.Si les gens arrêtaient de regarder "que le bout de leur nez", que de beautés, ils verraient !Amitiés,Monique