Depuis plusieurs semaines, on s'enflamme autant que la flamme olympique... même les blogs sont en partance pour refaire la route de la Soie.
C'est sous la plume de deux reporters qu'on peut lire ce qui fache.
La France à la pointe de la contestation antichinoise ?
Telle semblait être la leçon d'un sondage effectué début avril par le groupe Metro dans une dizaine de pays européens.
Quelques plates excuses sarkozystes plus tard, l'affaire apparaît un peu plus compliquée. Car les "amis de la Chine" exercent, eux aussi, une influence prépondérante. Le 22 avril, ce courant
s'exprimait sur le plateau de "C dans l'air", émission animée par Yves Calvi sur France 5, en la personne de Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë mais aussi directeur de la
stratégie du groupe LVMH. Et ce pour le plus grand bonheur d'un apparatchik chinois déguisé en "journaliste", invité lui aussi ce jour-là. Résumé des clichés pieusement ânonnés par le responsable
de la culture à la Mairie de Paris : "N'oublions pas que la Chine est une immense civilisation et que nous étions encore dans les cavernes lorsque la route de la Soie existait déjà..." Au cours de
l'émission, Christophe Girard a approuvé à plusieurs reprises le pseudo-journaliste Ruolin Zheng, notamment lorsque ce dernier qualifia de "gravement offensantes" pour son pays les désormais
célèbres "menottes olympiques" de Reporters sans frontières qui ornent les T-shirts et banderoles des manifestants protibétains. "Oui, c'est très vexant..." acquiesça l'élu parisien. La veille, il
avait bruyamment indiqué qu'il s'abstiendrait lors du vote au terme duquel le Conseil de Paris a fait du dalaï-lama un citoyen d'honneur de la capitale. La sinophilie militante de Girard n'a guère
ému l'entourage de Bertrand Dalanoë, même si ce dernier lui a passé un sérieux savon : "D'une manière générale, Christophe est un garçon capable de dire tout et son contraire dans la même journée,
ça relativise ses prises de position, explique un élu socialiste. En l'occurance, nous n'avons guère de doutes sur ses véritables motivations : il s'est avant tout fait l'interprête des intérêts de
son employeur." C'est à dire de Bernard Arnault, le patron de LVMH, qui fonde de grands espoirs sur les potentialités du marché chinois.
Girard n'a pas été seul, loin s'en faut, à dénoncer une campagne antichinoise et à feindre de croire que l'activisme médiatique de Robert Ménard, le président de RSF, faisait l'unanimité parmi les
français choqués par la répression aveugle au Tibet. Sur Europe 1, Pierre Picquart, professeur de géopolitique à Paris-VIII et spécialiste de la Chine, a ainsi évoqué "les informations reçues de
Chine, de chefs d'entreprise ou de Chinois eux-mêmes, tous choqués par la campagne de diabolisation des médias". Le même Picquart s'est aussi mêlé à l'étrange manifestation de la place de la
République pour dénoncer "un climat de xénophobie et de racisme antichinois". Du côté des politques, le sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon est venu au secours du pouvoir
capitalistostalinoïde qui règne à Pékin. Mélenchon récuse l'indépendance du Tibet -que personne ne réclame- avec des arguments "historiques" ressemblant comme deux gouttes d'eau aux communiqués
glacés des bureaucrates chinois. Pas de quoi embarrasser Georges Frêche, l'ancien maire de Montpellier, aussi épris de grandeur qu'il pense l'être dans sa baronnie languedocienne. Mais la palme du
parti prochinois français revient sans aucun doute au Figaro. Comme si la vie de la nation dépendait exclusivement des fièvres pékinoises, le journal de Serge Dassaut a surjoué l'affolement. "Les
intérêts français sont menacés", clame-t-il en une le 16 avril, annonçant un "boycott des produits français" en Chine. Le lendemain, Bernard Arnault, le patron de LVMH, met en garde, toujours en
première page du quotidien : "Il ne faut pas donner de leçons à la Chine !" Si Arnault, un des principaux annonceurs des médias français et donc du Figaro, le dit, c'est que cela doit forcément
être gravissime.
En fait, pas tant que ça...
Essayons d'analyser de plus prêt ce qui semble grave pour le portefeuille des patrons français.
Page 22, au début de son propos, l'industriel du luxe nuance : "Nous ne subissons aucune conséquence" des appels au boycott. D'ailleurs, admet-on chez LVMH, la Chine est loin d'être un marché
stratégique pour le premier groupe mondial du luxe. La marque Louis Vuitton est, certes, "cultissime" du côté de Shangaï ou de Canton et les Chinoises adorent se parfumer avec les produits vendus
dans les magasins de la chaîne Sephora. Mais le chiffre d'affaires reste modeste. Pronostics des experts de LVMH : le marché chinois ne sera pas significatif avant une bonne quinzaine d'années. En
réalité, Arnault a été tout heureux de trouver là une tribune pour lui permettre de démentir la rumeur selon laquelle il subventionnait le dalaï-lama. Il s'en est sorti avec un discours taillé au
cordeau : "On peut être choqué par ce qui se passe au Tibet", mais "la Chine a besoin de temps"...
Voilà à priori, de quoi apaiser les autorités de Pékin.
Interrogé par Marianne, Jacques de Boisseson, représentant général de Total en Chine, tempère la gravité de la situation : "Le gouvernement chinois a contrôlé les manifestations dès le moindre
débordement. Désormais, la police calme le jeu. Les déclarations du gouvernement français et la visite du président du Sénat à la jeune athlète handicapée ont fait retomber la
température."
Faire profil bas !
De toute manière, la portée d'un éventuel boycott reste difficile à préciser. D'abord parce que la Chine est un petit client de la France : Paris n'exporte annuellement que 13,5 milliards d'euros
de produits (sur 400 milliards d'euros d'exportations totales). "Nous savons très peu faire du commerce "non aidé" en Chine, se désole le sinologue et professeur à Sciences-Po Jean-Luc Domenach, si
ce n'est dans les industries du bonheur, précisément comme LVMH. Résultat : notre commerce se traîne, voire régresse en part relative, au point d'être aujourd'hui 3,5 fois moins important que celui
de l'Allemagne, qui vend en abondance à Pékin automobiles et machines-outils. Certaines années, même les Pays-Bas font mieux que nous !"
L'explication est ancienne : considérée comme un allié privilégié, le premier à avoir reconnu le régime communiste de Mao, "la France a adossé ses liens commerciaux sur la relation politique",
relève Valérie Niquet, directrice du centre Asie à l'institut français des relations internationales. D'où une dominante de gros contrats d'équipements et d'infrastructures, d'autant plus accentuée
qu'à l'inverse de l'Allemagne la machine productive française n'a cessé de décliner au cours des dernières années. "Cette relation est un piège absolu. Depuis quarante ans, nous nous gargarisons de
l'amitié franco-chinoise. Or, elle est devenue vide de sens et nous nous faisons rouler dans la farine", estime Jean-Luc Domenach. Quand l'axe Paris-Pékin se porte bien, les contrats affluent.
Nicolas Sarkozy peut, par exemple, se vanter d'avoir vendu pour 20 milliards d'Airbus et de réacteurs nucléaires lors de son voyage d'Etat en novembre dernier. Mais si, en dépit des signes
d'apaisement, la crise actuelle devait perdurer, quid des formidables promesses du marché chinois ?
En fait, la France achète beaucoup à la Chine, au point que la balance est déficitaire de 17,7 milliards d'euros, soit près de la moitié de notre déficit annuel total. "La Chine nous vend du
textile, des ordinateurs, de l'électronique grand public, de l'électroménager, des écrans plats et des téléphones GSM", indique Danielle Schwertsgut, économiste à l'OFCE. Conclusion : si un jour il
devait y avoir un "vrai" boycott, ce serait plutôt celui du
made in China vendu en France...
Comment expliquer alors que les entreprises françaises présentes dans l'empire du Milieu aient si vite et si fortement simulé la panique malgré le faible risque de pertes ? La réponse est à
chercher du côté de la nature des sociétés concernées. Il suffit de regarder la liste des membres de la chambre de commerce française en Chine : tout le gotha est là, de BNP Paribas à Thomson, en
passant par Total, Peugeot, Accor et Veolia.
Or ces "gros" investissent énormément en Chine, une vingtaine de milliards d'euros l'an dernier, soit bien davantage, par exemple que les Anglais. Et c'est la véritable inquiétude qu'ils ont voulu
transmettre aux pouvoirs publics. En substance, le message est : "Les critiques à l'égard de la Chine nuisent à notre business." "Lhystérie collective française va remettre en cause des années de
travail", se lamente le proche d'un grand patron. Un autre souffle : "La preuve par Carrefour : le deuxième groupe mondial de distribution a ouvert des dizaines de magasins, dans 30 villes, et
emploie 44 000 salariés chinois. Il vend à 95 % des produits du cru, et c'est lui seul qui subit les conséquences de la campagne anti française." Le PDG de Carrefour a donc décidé d'adopter le
profil le plus bas possible. En tant que président de Carrefour, je ne me permettrai pas de porter de jugement sur la situation au Tibet", affirmait-il dans une interview au Journal du dimanche.
Pour vivre heureux, vivons sans opinion !
En coulisses, les patrons tiennent un autre discours. "La France est considérée par la Chine comme un pays ami depuis très longtemps. Or, avec les incidents au passage de la flamme olympique, et
les déclarations ambiguës, voire contradictoires, de certains ministres, les officiels chinois ne comprennent plus ce que veut la France. Ils ont donc envoyé un signal à Paris, et nous, les
entreprises, nous sommes dans le champ de tir", explique un chef d'entreprise actif en Chine.
Voilà ce que dit Michel Jan, autre spécialiste du pays : "Il ne faut pas se leurrer, désormais les Chinois rêvent d'imposer à tous leurs partenaires un nouvel ordre planétaire, régi par des règles
définies à leur convenance. C'est une constante séculaire dans leur attitude à l'égard des autres cultures, et pas uniquement les minoritaires situés aux marche de l'empire. Longtemps, ils n'ont
pas eu les moyens de cette vieille ambition mais elle est intacte..."
Sarkozy semblait donc résigné à ne pas trop chatouiller la fierté des futurs nouveaux maîtres du monde, semblable en cela à bien d'autres dirigeants occidentaux, aveuglés depuis quelques années par
l'impressionnante croissance chinoise, considérée un peu hâtivement comme ingrédient indispensable à la mondialisation libérale de l'univers. Du coup, le 29 novembre 2007, à la Chambre de commerce
franco-chinoise, Sarkozy ne se montra pas avare en coups de chapeau et compliments envers "une puissance qui par sa seule existence modifie les équilibres du monde". Une fois le propos exprimé avec
aussi peu de nuance, une certaine modestie s'impose au président d'une moyenne puissance de 60 millions d'habitants. Du moins est-ce l'avis des Chinois. Or, confronté à l'émotion suscitée en France
par les massacres de Tibétains et l'interminable génocide culturel dont ils sont victimes, l'Elysée n'a, une fois de plus, pas trouvé le juste positionnement. "On ne parle pas aux Chinois comme à
des partenaires occidentaux, c'est le b.a. - ba", explique cet autre bon connaisseur du Céleste Empire, qui "vu le contexte passionnel du moment" préfère garder l'anonymat. "Très tôt, poursuit-il,
Merkel a annoncé qu'elle n'irait pas à la cérémonie d'ouverture des JO. Les Chinois n'ont pas aimé, mais une fois que c'était dit et digéré, c'était terminé, d'autant qu'ils ont vraiment besoin de
l'Allemagne sur le plan économique. Au prétexte de laisser la porte ouverte à des négociations totalement hypothétiques, nos dirigeants, eux, ont posé des conditions. La pire attitude face aux
Chinois qui ne négocient jamais sous la contrainte s'ils le peuvent. Or la France pèse peu..."
Dominique Moïsi de l'Ifri ne se montre pas optimiste : "La politique française subit une défaite symbolique. La France a voulu se mettre en avant comme pays des droits de l'homme et elle tend
maintenant la main pour qu'on lui donne un petit coup de règle".
Et le député de la Drôme s'en délecte : "Manifestement, on ne sait pas trop comment s'y prendre. Il serait mieux de trouver une position d'équilibre entre les intérêts économiques et les droits de
l'homme plutôt que d'additionner les contraires."
En attendant ce petit miracle, sur le site Questions de Chine, le chercheur François Danjou fournit déjà quelques pistes : "Les raidissements observés récemment et exprimés par le ton agressif des
porte-parole du ministère des Affaires étrangères ne sont pas l'effet d'une arrogance, mais bien l'expression d'une fagilité et d'un sentiment de vulnérabilité."
Qui saura enfin un jour intelligemment ?
En conclusion (personnelle), finalement on peut admettre sans nous tromper que les jeux olympiques sont politisés, même si on s'en défend.
De là à penser que l'oppression est un pur mirage en Chine ou au Tibet... on n'en est pas loin.
Et qu'au nom d'intérêts patronaux on ne voit rien, on n'entend rien.
Ca c'est de la politique "coco" !
Le Choix du pays pour les jeux a été murement réfléchi, et choisi. Le monde des puissants du sports n'ont pas fait un choix au hasard. A présent, il faut qu'ils assument au lieu de raconter
des balivernes.
Quand aux sportifs, ce sont des grands. Les prendre en otage pour les faire réagir en vue de telle ou telle conviction, peut-être que c'est tout de même les priver de leur propre estimation de
la situation.
Individuellement, je pense que nous avons suffisament de courage pour réagir à notre tour, selon notre analyse au vue des faits présents, et passés.
Ou ne pas réagir...
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