Telles des perles de rosée, jeudi soir, nous étions onze attablés dans une salle de la médiathèque, autour d'Anne Poiré notre écrivaine préférée. Beaucoup de nouveaux auprès de nous, pour
une manifestation particulière. L'atelier d'écriture était au rendez-vous. Voilà trois années déjà que je m'y glisse avec délice.
Nous avons notre Robert dont on ne sait plus quel age il a, et qui a une palette de souvenirs extraordinnaires.
Tout comme son grenier, il nous offre tellement de son passé, qu'il nous laisse à chaque fois émerveillés. Et dans l'attente aussi d'une suite.
On ne saurait plus se passer de lui. Il est plein de jolies choses dans sa tête. On se régale à le laisser nous lire ses textes composés, pour l'assemblée.
A cet atelier chacun lit son texte, après le temps qu'Anne nous accorde pour fabriquer nos idées selon ses directives.
Ce sont des échanges pleins d'humour, de tendresses, mais parfois il y a quelques petites larmes. Certaines pages d'écritures coutent à leurs auteurs. Car il y a une part de leur coeur qui
s'y dévoile, même de façon détournée. Difficile, plume en main, de ne pas aller dans la profondeur de ses souvenirs.
Cette année, une toute jeune fille s'est jointe à nous. Fraiche comme une rose. Un sourire qui fleure bon la lavande. Une gaieté aux couleurs de l'arc-en-ciel. Comme elle écrit bien !
D'ailleurs, tout le monde écrit d'une manière délicieuse.
Nous n'avons que deux messieurs parmi nous. Mais ils se font entendre. On aprécie leurs écrits.
Il y a de la poésie dans l'air. Tout comme les autres années.
Anne, notre chef d'orchestre, pétillante et toujours pleine de bonne humeur est notre petit cadeau fleur.
Au fur et à mesure des ateliers, je vous présenterais les unes ou les autres... vous verrez, ils sont captivants.
Je vous fais un peu entrer dans la danse...
Suivez moi...
Et la première idée à coucher sur la page blanche nous disait :

Si j'étais une fleur....
Si j'étais une fleur, je serais un oeillet. En jolie robe dentelle. Danseuse sur pointe. Fraiche comme une goutte de rosée. Timide en couleur. Curieuse de cueillir toutes les butineuses.
J'aimerais me poser à côté de la reine des fleurs pour la regarder éclater de lumière. Enchantée de me fondre dans une assemblée. Sans parfum particulier, mais prête à partager mon nectar. Une
longue tige pour pied, et vite m'envoler....

Une sieste mémorable...
Quelques kilomètres à vélo, avant qu'un arrêt ne s'impose.
Le décor est ombragé, et le Rhône est à deux pas.
Je m'isole sous les arbres aux branches légèrement agités par monsieur Mistral. Mon dos posé contre une grosse pierre, je commence à écouter les murmures et les chants. Les passereaux se sont
habitués à ma présence, les voilà repartis pour de longues trilles soutenues.
Mais dames cigales composent leurs concerts à l'infini. Elles sont entrées dans ma tête, aussi surement que lorsqu'on pose un casque sur ses oreilles, pour écouter sa musique en solitaire. Elles
me font tourner la tête celles là.
Une péniche, dans le lointain, avance lentement en laissant derrière elle un son feutré. A peine perceptible.
Sous un ciel bleu profond, mouettes ou canards empruntaient parfois les routes du ciel. Feuilles et broussailles s'agitaient sous la poussée du vent. Raffraichissante ombre pour un après-midi
d'été en Drôme Provençale.
Je me suis un peu allongée. Puis beaucoup allongée.
Bienfaisante course du soleil qui caresse formes et mouvements. Je percevais un glissement entre les fourrés proches. Sans doute un rampant. Quelques abeilles sont venues ronfler à mon oreille.
En guise de reconnaissance... peut-être.
Douce musique de la nature. Me voilà tombant dans les profondeurs d'un monde encore inconnu. Puis tout à disparu. La nature avait tiré le rideau. Juste pour éteindre un peu la lumière...
Délice du temps qui passe. L'espace pour gardien. Je n'ai plus résisté.
Même la nature, si on n'y prend garde fait sa coquine. Elle nous tire par les pieds et nous endort facilement.
Une vraie sieste à la Pagnol !

Le grenier...
Lorsque j'habitais chez ma tante, dans la maison de mes grands parents, je me souviens de mes escapades de petites filles, au grenier. Mon cousin m'y invitait régulièrement. Et sans réserve, à
cause de mon esprit aventurier. Je ne craignais ni les bosses ni les chutes.
Pour y accèder il fallait placer une éhelle devant la porte qui nous ouvrait notre caverne d'Ali Baba. En dessous c'était la chambre du cousin. Personne ne pouvait donc entendre nos folles
courses.
Le grenier nous appelait souvent, sans réserve. La fenêtre qui donnait côté rue nous fournissait un terrain de jeu non négligeable. Quelques passants se faisaient parfois mouiller. Ce qui les
faisaient crier d'une belle voix.
Depuis notre hauteur, nous pouvions aussi voir arriver les indésirables. Du moins, ceux qui n'étaient pas les bienvenus dans notre palais de bric et de broc. Il y avait en cet endroit un fouillis
innommable.
Un vieux matelas qui nous servait de trempoline. C'était à celui qui sautait le plus haut et qui tombait le plus loin. Des bleus garantis. Nous ressembions à des fantômes une fois sortis de cet
endroit magique.
Les meubles, boites, cartons, objets, vieux chiffons, chaussures, livres... tous cela sous une belle couche de poussière, nous nous amusions à les tourner et retourner.
La cousine n'était jamais la bienvenue. Son frère retirait cette si lourde échelle dès qu'il la voyait arriver à l'horizon. Ce qui la faisait hurler de colère et aller se plaindre à sa petite
"maman". D'autant plus si elle recevait un objet sur la tête.
Les adultes n'y étaient pas autorisés non plus.
Je n'avais que 10 ans et mon cousin quatre années de plus que moi. Mais l'entente n'était pas feinte.
D'ailleurs, je ne me souviens pas qu'il m'ait traité comme une fille.
Ce grenier là a été le témoin de batailles rangées, avec tout ce qui nous tombait sous la main.
Lorsqu'on voulait se cacher ou seulement discuter de choses d'enfants, ou de petits secrets d'adolescent, c'était au grenier que nous allions.
Si nous voulions échapper à une correction méritée, le grenier s'avèrait la meilleure des hauteurs. Grimpe qui pourra...
Lorsque l'heure de se présenter devant les parents arrivait, il ne nous demandaient jamais d'où nous venions. Le grenier avait laissé des traces...
Commentaires Récents