Depuis de très nombreux mois, nous voguons sur les eaux troubles de gouvernances qui ont embarquées l'humanité dans une drôle d'affaire...
C'est comme une impression de, "Titanic" prenant l'eau partout. Avec l'histoire d'amour en moins, bien sur.
C'est la panique à bord, mais on continue de rassurer.
L'image est sans doute violente, mais ce qui se passe dans les cales, à l'étage des moins favorisés, il n'y a pas de quoi rassurer.
Brutale et cruelle, de la même manière, la montée des prix à tous les niveaux, est assez destabilisante.
Le prix à la pompe tout d'abord.
C'est vrai que je n'ai pas de voiture. Mais ceux qui sont obligés de s'en servir pour faire vivre leur famille, ce n'est pas réjouissant.
Mais moi, je consomme, comme la majorité des humains, des céréales et tous ses dérivés.
On nous dit que les pays producteurs augmentent leurs prix. Que les fournisseurs de l'or noirs ont des frais.
Et tant d'autres excuses... parfois vraies... parfois pas...
Mais la plus flagrante des raisons, cetains journaux osent en parler.
Certains livres d'économies aussi...
Il n'est donc pas déraisonnable de s'interesser à l'analyse du mal être de notre économie mondiale qui date de quelques années tout de même.
Qu'est-ce qui a grandit au coeur d'un capitalisme financier devenu déraisonnable ?
N'est-ce pas la spéculation ?
Pas n'importe quelle spéculation. Celle hors de tout contrôle, dont le seul but est le profit.
Toujours plus de profit.
Une spéculation internationale que les fonds de placement organisent en toute légalité sur les "produits dérivés", c'est à dire non pas sur des actions de sociétés cotées en Bourse, mais sur des
pans entiers du marché mondial.
Voilà comment le pétrôle, comme le riz. Le gaz comme le maïs. Le nickel, le zinc, le cuivre ou l'acier, comme le lait, sont joués sur les marchés mondiaux.
De Londres à Chicago, de Shangai à Tapei, des traders, des banquiers, des fonds d'investissement spéculatif agissent comme de vulgaires bookmakers et parient des montagnes d'argent sur le riz, le
blé, le maïs, le colza et le lait. C'est à dire sur les produits de première nécessité. Des denrées qui permettent à certains de manger à leur faim, à d'autres de survivre.
Soyons précis : pendant que des financiers s'engraissent sans états d'âme dans les salles de marché, des hommes et des femmes, en Asie, en Afrique, mais aussi en Europe ou aux Etat-Unis, meurent de
faim !
Du Caire à Lomé, de la Thaïlande à Haïti, mais aussi du Guilvinec aux ports de la Méditerranéee en passant par La Nouvelle Orleans, les spéculateurs, gestionnaires de fonds, traders, banquiers,
imposent leur loi. En réalité, cette nouvelle dictature produit des ravages irréversibles.
Les victimes ont le visage de ces enfants d'Afrique noire qui meurent de faim ou de ces Américains de la classe moyenne blanche qui, étranglés par leurs crédits hypothécaires, ont dû vendre leur
maison dans la précipitation.
Elles ont les traits émaciés de ces émeutiers de la faim en Asie ou de ces marins pêcheurs burinés qui manifestent en France, en Italie, en Espagne et au Portugal.
Le pire est-il encore à venir ?
Quand depuis le 1er janvier dernier, 400 sociétés françaises de transport ont déposé le bilan, difficile de traiter les routiers de "nantis".
Quand en quelques semaines, un pêcheur de Saint-Brieuc voit son revenu amputé de 30 %, comment le qualifier de "privilégié" ?
Heureusement encore que la France n'a pas suivi les Etats-Unis, sur la voie de la libéralisation totale du marché de l'immobilier. Crise des subprimes oblige, des millions d'Américains ont dû céder
leurs logements à des banques et des dizaines de milliers d'entre eux sont aujourd'hui SDF.
Les chefs d'Etat et les patrons du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque centrale européenne avaient fait de la lutte contre l'inflation leur priorité
obsessionnelle.
Le bilan est éclatant !
Entre juillet 2007 et mai 2008, le prix du baril de brut a augmenté de 80 %.
Encore cette hausse là repose-t-elle, sur une contrainte physique : la ressource pétrolière du monde est bel et bien programmée pour disparaitre à moyen terme.
Mais que dire de la flambée des prix des autres matières premières ?
Que dire de l'envolée des prix des aliments de base ?
Le prix du sac de riz a triplé en un an. Sur la même période, le cours du maïs s'est bonifié de près de 200 %. Le blé a renchéri de 50 %. Même le lait, dont on nous assurait qu'il était en
surproduction, a vu ses tarifs grimper de 30 % en moins d'une année.
Où est la logique économique ?
A part la volonté de quelques-uns de gagner toujours plus, il n'y en a pas !
Quitte pour cela, à créer la famine dans les pays les plus pauvres. Et demain non pas à déclancher non plus des émeutes mais des guerres civiles. Quitte aussi, à fragiliser durablement les
économies de certains pays riches, et donc, à moyen terme, tuer la poule aux oeufs d'or, qui leur permet aujourd'hui à s'enrichir outrageusement.
Il y a quelques semaines, 40 chefs d'Etat, dont notre Président, étaient réunis à Rome sous l'égide de l'agence de l'ONU chargé de l'alimentation. On y a bien échangé des statistiques
pessimistes... mais rien n'est prévu, par exemple, au sujet de la spéculation financière qui fait monter les prix des matières premières, explique Olivier de Schutter, le nouveau rapporteur spécial
sur le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.
Tout se passe comme si les dirigeants de la planète et leurs bataillons d'experts faisaient semblant de ne pas voir.
Les hausses du pétrôle, de l'acier, du cuivre, du blé, du maïs, du riz, du lait ou de l'immobilier résultent toutes d'un même procésus : l'esprit de spéculation.
Un exemple : le baril de pétrole brut dépasse désormais 135 dollars. Prenons la journée du 21 mai dernier. Ce matin-là, le cours bondit de plus de 4 dollars à New York et à Londres. Pourquoi ?
Simple : la veille, sur la chaîne de télévision américaine CNBC, le prétrolier texan T. Boone Pickens, qualifié d'"oracle de l'or noir" par ses pairs et les médias, a annoncé la plus anxiogène des
informations : "Quatre-vingt-cinq millions de barils par jour, c'est tout ce que nous pouvons produire partout dans le monde, c'est aussi simple que cela !"
Trop peu donc, pour satisfaire la demande mondiale. Résultat ? Envolée instantanée des cours.
A qui profite cette information ? A T. Boone Pickens lui-même, qui dirige et possède un puissant fonds d'investissements. Ce "détail" a, hélas, échappé aux experts et aux commentateurs.
Pas à George Soros, grand spéculateur qui ne cesse, lui, de dénoncer la "bulle pétrolière".
On n'achète pas un baril de pétrole comme un kilo de prunes. On acquiert des contrats, ce qu'on appelle du "pétrole papier". Ces contrats sont revendus des centaines, voire des milliers de fois,
avant leur échéance. Les acheteurs, eux, se "couvrent" avec une "option", c'est à dire une sorte d'assurance leur permettant de renoncer à l'achat en cas d'infortune. Car tel est le jeu de ce
libre-échange dérégulé : ceux qui disposent de capitaux peuvent minorer le risque. Autrement dit, ils peuvent gagner gros, mais ils sont certains de ne pas perdre.
C'est ainsi que "le marché pétrolier est devenu fou". C'est Abdallah el-Badri, le secrétaire général de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, qui le dit (OPEP).
Les chiffres lui donnent raison.
Sur le marché du pétrole, comme sur les autres marchés à terme, les volumes d'échanges ont été multipliés par deux ou par trois, grâce à la seule action des spéculateurs.
On dira à juste titre, que la flambée du pétrole n'est pas une nouveauté et que les crises précédentes ont toutes fini par être jugulées. Sauf qu'en l'occurrence la hausse continue du prix du baril
n'est pas le fait des producteurs de pétrole. Elle ne provient pas non plus, contrairement à ce que martèlent chaque jour les grands médias audiovisuels, de l'augmentation de la demande des pays
émergents, notamment la Chine et l'Inde.
La demande annuelle d'or noir ne croît que de 1,5 % par an, ce qui est, peu ou prou, en rapport avec la croissance mondiale (4 %). Là encore, l'inflation pétrolière prend sa source dans ... la
crise des subprimes. Donc, dans une spéculation incontrôlée et, pour tout dire, incontrôlable.
"Les investisseurs se sont mis à bouder brutalement leurs grands actifs de prédilection. Aucun ne trouve grâce à leurs yeux, ni l'immobilier, ni les actions américaines ou européennes, ni même les
marchés obligataire privé... Ils se sont repliés en masse sur les matières premières, ce qui explique les fortes hausses de prix observées depuis lors. Des hausses sans rapport avec l'équilibre du
marché "physique" des matières premières" (Selon les économistes, Patrick Artus et Marie-Paule Viard)
Et bien non, il n'y a pas de troisième choc pétrolier.
En réalité, à l'instant précis où l'immobilier est devenu un placement trop risqué, des milliers de milliards de dollars, ceux de la spéculation financière traditionnelle, se sont reportés sur des
produits indispensables à la vie quotidienne de l'humanité. C'est ainsi que ces gérants de fonds de placement, avec cynisme et sans vergogne, ont investi massivement sur ces marchés là.
Et qu'importe si les marchés à terme du blé ou du maïs et du riz avaient été conçus, à l'origine, pour garantir un prix minimal aux agriculteurs, et non pour permettre à des financiers de dégager
des profits faciles et rapides !
"Croissance faible, recul du pouvoir d'achat, emprunteurs en difficulté, le tout dans un contexte inflationniste dû à l'envolée des matières premières. Toutes sortes de tensions risqueraient alors
de se multiplier : à l'intérieur de chaque pays, avec la montée des inégalités, comme entre les pays, avec le retour du protectionnisme économique, avec aussi l'appauvrissement des pays émergents
non exportateurs".
Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), utilise une métaphore encore plus explicite : "On place" sur une table un seul steak, et on organises des
enchères entre un convive qui dispose de 1 dollar pour acheter de la viande et un autre qui en a 150. A votre avis, qui mange ? C'est inhumain et injuste."
Il faut avoir l'incroyable culot du patron de l'Organisation mondiale du commerce, pour affirmer que, "dans le protectionnisme, il y a forcèment une dose de xénophobie" !
Xénophobes vraiment, les gouvernements argentin, chinois, indien et vietnamien qui, inquiets des risques de pénurie alimentaire, interdisent les exportations de riz pour protéger leurs peuples
?
Le scandale des biocarburants qui, en réalité, n'ont rien de bio, illustre à merveille les errements de cette nouvelle bulle spéculative. Si les prix du blé, du maïs, du soja ou du colza sont en
pleine frénésie, ce n'est pas, comme certains veulent nous le faire coire, parce que les nouvelles classes moyennes aisées chinoises veulent désormais manger de la viande et des laitages, mais bien
parce que les multinationales pétrolières veulent produire du carburant sur des sols destinés jusqu'alors à nourrir les bêtes et les hommes.
Aux Etat Unis, le tiers du maïs sera bientôt utilisé pour faire tourner à plein régime les 140 raffineries du pays qui produisent de l'éthanol.
La culture des agrocarburants permet de fabriquer du pétrole tout en contribuant à la hausse des prix des produits alimentaires que le pays produit. Tout bénéfice !
Résultat : la production des agrocarburants conduit à l'alignement des cours des céréales sur celui du ... pétrole brut. Et à l'enrichissement accéléré des spéculateurs.
Un crime contre l'humanité ?
Est-ce un hasard si, au niveau européen, ces agrocarburants servent d'alibi au projet néolibéral de démantèlement de la politique agricole commune ? On ne va tout de même pas subventionner des
paysans en passe de devenir les rois du pétrole !
Au cours des vingt dernières années, cette logique sépculative, en Europe notamment, a été encouragée par des dizaines de mesures dites "de libératilsation".
Non seulement les gouvernements laissent faire, mais ils sont eux-mêmes devenus les marionnettes impuissantes des marché spéculatifs.
L'addition de toutes les difficultés dues à ces spéculations, constitue un vrai drame pour des millions de familles des classes moyennes et populaires. Mais elles ne sont rien en regard du
cauchemar que vivent les populations des pays en développement.
Pour permettre à sa population de manger, Mexico vient ainsi de débloquer 270 millions d'euros de subventions parce que la tortilla, la galette de maïs nationale, a bondit de 50 % depuis janvier
2007. En clair, cela signifie 7 euros d'allocation par mois pour les protéger de la fameuse "main invisible du marché globalisé" !
L'Egypte pour sa part, a dû réquisitionner l'armée pour faire cuire le pain quotidien des Egyptiens les plus déshérités.
En Indonésie, la subvention sur le carburant représente déjà 22 % du budget national. Combien de temps le gouvernement de Jakarta pourra-t-il contenir la colère de ses habitants ?
Entre 2007 et 2008, le coût des importations alimentaires du Sri Lanka a augmenté de 50 %, à Haïti de 85 %;
Combien de temps avant la faillite ?
Combien de temps avant la guerre civile ?
En réalité, ce que personne n'ose dire, c'est que ces spéculateurs s'engraissent en vidant les caisses d'Etats qui n'avaient vraiment pas besoin de ça !
Le simple bon sens recommande de militer pour le "droit des peuples à se nourrir eux-mêmes", cette fameuse "souveraineté alimentaire" revendiquée par Via Campesina, la fédération mondiale des
syndicats de paysans.
Il suffit pour s'en convaincre, de mesurer les ravages produits par les politiques néolibérales, en particulier celles de la Banque mondiale, qui, en vingt ans, a fait en sorte que la part réservée
aux paysans dans l'aide publique internationale passe de 17 % à 3 %.
Certains économistes s'élèvent pour dire que la hausse des prix permettrait de lutter contre l'effet de serre. Ainsi les prix élevés feraient naître des alternatives écologiques.
Raisonnement fallacieux : les centaines de milliards de dollars de bénéfices des compagnies pétrolières ne sont pas réinvestis vers des solutions propres ou renouvelables, mais dans la prospection
de réserves d'or noir toujours plus sales, comme les sables bitumeux de la province de l'Alberta canadien, ou pis, dans les vieilles mines de charbon qui n'ont jamais été aussi rentables.
Il n'y a pas de petits profits... ils sont phénoménals. Ils dépassent des sommets vertigineux.
Il n'y a qu'à suivre les coups de la bourse et autres gouteuses spéculations mondiales pour être aussitôt fixé.
On fait vraiment danser les peuples de la terre dans une ronde infernale.
Ce n'est même plus un secret de polichinel. Le sujet est à peine effleuré sur les chaines télévisées, ou détourné.
Mais certains journaux papiers n'hésitent pas à nous ouvrir certains dossiers fort révélateurs.
Soit on laisse faire ces spéculateurs, soit les gouvernenents mettent fin à leur jeu tragique en les désarmant !
Ils en ont les moyens.
En auront-ils la volonté ?
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