Nous
voilà donc sur les routes d'un second tour pour les législatives. Si peu de temps après les présidentielles. Pas de répis pour l'électeur.
Le débat droite-gauche de dimanche soir, devant les journalistes de la première chaine, fut rudement conduit pas un Monsieur Poivre d'Arvor très aguerri aux subtilités du langage médiatique. Le
magicien des mots et des pourcentages. Du haut vol. Un drole de debat où "ces dames" de droite ne souffrent pas la contradiction. D'un air entendu elles se concertent, pour tourner en ridicule
les interventions de l'opposition. Qui n'était pas une vraie opposition. En un mot, ces "dames" on fait remarquer que les français ont fait le choix d'une droite toute puissante. On accepte. On
ne dit mot. Lorsqu'en face on leur parle de ces français qui n'ont pas voté pour les gens de Neuilly, les voilà moqueuses, voire hilares. Une victoire qui ne se satisfait pas de
modestie.
Mais au faite, ces debateurs ont-ils raison d'affirmer que tous les français ont voté une toute puissance à l'assemblée ? N'en déplaise à l'UMP, un instant de réflexion hors caméras,
ne pourra pas être considéré comme un lèse-majesté.
Tout comme nous porte à réfléchir le journal "Marianne", pourquoi ne pas juste faire une petite analyse ?
Après avoir voté, nous voilà donc avec une Assemblée Nationale au sein de laquelle un parti ayant obtenu 40% des suffrages, occuperait 70 à 80% des sièges.
Peut-on approuver un premier ministre (plein de morgue), qui refuse à l'opposition le rôle de contre pouvoir ?
80% des sièges !
Si pareille anomalie démocratique se produisait en Russie, elle serait dénoncée.
Les français vont-ils accepter pareil archaïsme ?
Ce mode de scrutin est le pire qui soit dans un pays democratique. C'est une véritable abberation.
Le parlement n'est-il pas un intermédiaire entre le peuple et le souverain ?
Il suffit que le "sas" de décompression saute, et voilà le peuple qui se retrouve avec un souverain qui se subsitue au peuple. Ou alors, avec un peuple qui affrontera le souverain... dans la
rue.
Les exemples du passé sont nombreux et peuvent etayer la pensée.
Lorsque l'approbation automatique prend la place du débat contradictoire, c'est la rue qui devient le Parlement de substitution. C'est ainsi que les révoltes jouent le rôle des débats de
censure.
Disparition de la démocratie à l'assemblée, égal plus d'électeurs dans la rue.
Ici il ne s'agit pas de voler le Président de la République de sa majorité. Il l'obtiendra de toute façon. Toutefois, il est impératif de protéger la démocratie, le pouvoir, contre la tentation
de la toute puissance.
Malgré la pression d'une propagande audiovisuelle de tous les instants, cette coalition n'a pas obtenu la majorité des suffrages des français. C'est incontestable, même si à peine visible.
C'est-on rendu compte que l'addition de ceux qui refusent l'acceptation de la monarchisation de la vie publique, l'emporte sur celles des alliés du monarque ?
Pourtant, l'équation se résume ainsi : 40% des voix = 70 à 80% des sièges. Les français risquent de se réveiller avec un violent mal de tête.
Plus rien au centre. Plus rien à gauche. Plus de divers non plus. Encore des hommes remplacés par des machines.
40% des électeurs non représentés. 12 millions de suffrages escamotés. 9 millions réduits à presque rien.
Le multiple écrasé sous l'unicité, comme l'écrit le journaliste.
Des scrutins à la baguette ? Voilà un contexte qui ouvrira la porte à ceci : n'importe quelle proposition venant d'en haut passera comme une lettre à la poste.
Plus de concertation. Pas de débat non plus. Un signe et on adopte ! A mains levées.
Juste un aperçu : on a déjà annoncé que le projet de loi sur les heures supplémentaires serait promulgué en octobre prochain. On a un peu l'impression qu'il n'y a plus de Parlement.
Un journaliste dans "Libération" interroge : "Peut-on faire représenter 40% de français par 15% des députés ?" Non ! 40% risquent de n'avoir droit à aucun député et 15% représenteront près de
50%.
Cela aura-t-il quelque chose à voir avec une véritable démocratie ?
Vos chiffres sont à revoir Monsieur Poivre d'Arvor. Ce n'est pas dans ce sens qu'il fallait calculer.
Aucun Parlement dans un pays démocratique n'est confronté à semblable situation. La France est une exception dans le genre.
En Pologne, outre le centre gauche, une droite libérale fait contrepoids à la droite réactionnaire.
En Grande Bretagne, il existe un groupe centriste libéral démocrate.
En Espagne, le partage gauche-droite est relativement équilibré au Parlement. Mais les différents groupes autonomistes et la gauche communisto-verte, cassent la bipolarité.
En Allemagne, aucune formation n'a la majorité à elle seule. Les conservateurs, les sociaux démocrates, et trois autres sensibilités disposent de groupes parlementaires.
En Suède, en Autriche, aux Pays Bas, en Belgique, en Norvège, au Danemark, en République Tchèque, en Hongrie, au Chili, au Brésil, aucune formation ne dispose d'une majorité absolue.
Même pas en Ukraine. Même au Parlement Turc, l'opposition est mieux représentée qu 'elle risque de l'être demain en France.
Même le Parlement Irakien est beaucoup plus pluraliste.
En Algerie, le FLN n'est pas majoritaire à lui seul.
Situation consternante pour la France !
Quel grand média proteste ? Quel chroniqueur de radio ou commentateur de télé, quel éditorialiste de journal de province, a tiré la sonnette d'alarme ?
Quand il s'agit de la Russie, du Venezuela, de la Serbie, là, on monte au frond, on dénonce.
Mais face à l'hypothèque d'une quasi abolition de la démocratie parlementaire, qu'entre le monarque et la rue il n'y aura plus rien... la parole libre et vive ne pourra plus se substituer à la
révolte violente, puisque plus de représentants. Et bien, c'est le silence "radio" !
Abonnés absents aussi, les grands démocrates et les républicains de salon.
Allo l'opposition ?
Les français auront tout en haut, un hyperprésident fort de sa proximité.
Le pouvoir médiatique
Le pouvoir économique
Le pouvoir financier
Le pouvoir technocratique
Le pouvoir policier.
Fort de sa majorité au Conseil Constitutionnel ou au Conseil Supérieur de l'audiovisuel. Le chef de l'état controlera-t-il tout, lui même ? Sans que ni le Sénat, ni la chambre des députés
ne puissent représenter le moindre contrepoids ?
Régime présidentiel à l'americaine. Sauf qu'aucun parti n'a jamais controlé 75% de la Chambre des représentants ou du Sénat. Qu'on peut être républician et s'opposer à Bush. Démocrate
et s'être opposé à Clinton.
D'où le danger d'une représentation parlementaire déformée et déformante qui ne représente que la moitié du pays.
Assemblée élue toute RPR en 1993.
Assemblée élue toute PS en 1981.
Dans les deux cas, tout s'est passé dans la rue.
En 1958 l'opposition parlementaire fut réduite à un groupuscule. Des putschs militaires et des manifestations sanglantes rythmèrent la vie politique.
Si demain un vent de mécontentement se lève sur le pays que dira-t-on aux 40% d'électeurs qui n'auront aucun groupe pouvant les représenter au Parlement ?
Que dire aux 47% de français qui ne pourront plus compter sur un contre pouvoir parlementaire ? Comment relairont-ils leur colère, leur rage ? Leurs mécontentements, leurs humeurs, leurs dépits,
viendront se fracasser contre les portes closes du Palais Bourbon, et ne pénêtreront jamais dans l'émecycle ?
Leur dira-t-on que ce n'est pas à la rue de faire ou de défaire la loi, mais aux élus du peuple ? C'est vrai...
Sauf quand une large fraction du peuple risque de n'avoir quasiment plus d'élus.
Devant qui porteront-ils leurs contestations puisqu'aucun mandataire ne les représentera ? Où sont-ils ?
Tous les débordements seront cautionnés par les chiffres : 40% = 70 à 80%
Pourquoi les écolos, les communistes, les anti libéraux, les centristes, les électeurs de la droite nationnaliste joueraient ils sagement le jeu des institutions puisque les institutions en
question les auront mis à la porte ? Et ils devraient dire "merci" ?
Prenons un exemple : tous les syndicats, cadres compris, s'opposent à la loi sur les heures supplémentaires. Mais près de 80% des députés voteront pour.
Il y eut pourtant, une époque où à l'assemblée nationale explosaient les indignations du pays, grondaient ses mises en garde, où la force des mots et l'efficacité des arguments servaient
d'exutoire à la violence des passions et à l'éxacerbation des révoltes.
Ce qui déboucha sur l'instauration de l'enseignement gratuit, de la séparation de l'église et de l'état, ou des congés payés. Des jours durant, sans aucun butoir, comme nous le fait remarquer le
journal cité, les problèmes du droit du travail, de la liberté de conscience, du pacifisme et du militarisme pouvaient être débattus avec une rigueur et une vigueur que ne venait étouffer aucune
intolérance.
Les intervenants s'appelaient Alexis de Tocqueville, Lamartine, Victor Hugo, Edgar Quinet, Lamennais, Clémenceau, Barrès. Plus tard, Gabriel Péri, Léon Blum, Raymond Poincarré, Pierre Mendès
France, Michel Debré, François Mitterand...
Ceux là siégeaient au Parlement parce qu'il y avait un Parlement. S'y exprimaient parce que c'était une tribune. Y exprimaient des sensibilités parce que s'y cotoyaient des sensibilités
différentes. Ils enrichissaient le débat parce qu'il y avait opposition.
Mais demain ?
Le monde trouble de la politique n'est pas ma tasse de thé. Je ne brille pas non plus, par ma connaissance pointue en la matière. Mais je sais une chose, c'est qu'avec de simples données, on peut
faire une analyse logique d'un évènement ou d'une tendance...
L'erreur des hommes politiques ?
Celui de ne pas tirer parti des erreurs du passé !
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