Sortir de chez soi alors que les ombres se révêlent être des habitations... des arbres... un mur...Une végétation qui coure. C'est ainsi que j'ai cueilli ces derniers jours, la nature. En
plein sommeil encore. Les voisins aussi d'ailleurs.
J'ai pris le chemin de l'école buissonnière, pour surprendre les paysages plongés dans la pénombre.
C'est un plaisir immense que de voir la nature se déshabiller de sa nuit.
Vite sortir de la ville pour aller dire bonjour à la nature. Attendre sa majesté le "Soleil", dans un endroit retiré, bien à l'abri. Pour ne pas effrayer la faune. Celle de la nuit, puis celle
qui se vétira de jour... De lumière....
C'est que ces petites bêtes n'aiment pas être bousculées dans leurs dernières minutes de chasseurs. Il y en a même qui vont sans doute jeuner, car leur recherche a pu s'averrer
infructueuse.
J'ai surpris quelques matins sous le brouillard. Un véritable voile épais, ou à peine léger. On a l'impression que les ombres dansent, au fur et à mesure qu'on approche des lieux qu'elles
emprisonnent.
La terre exhale son parfum humide. Qui ressemble parfois à celui des champignons. C'est délicieux lorsque la terre vient mélanger son parfum à celui de la végétation.
J'ai pris tout mon temps pour observer les détails de ces instants offerts par l'aube naissante.
Que du silence autour de soi. C'est assez impressionnant de sentir le poids de cet espace qui nous appartient pour deux bonnes heures. Le temps s'écoule sans même qu'on puisse en avoir conscience
tant on a l'impression que tout vient de s'arrêter. Le fait de voir se mouvoir la nature là sous nos yeux, à une heure où très peu d'humains circulent, c'est de l'émotion plein le coeur. L'oeil
voit, mais c'est le coeur qui réagit.
Tout comme je le fais à chaque fois, loin de ma ville (entre cinq et huit kilomètres), je cherche un endroit où m'asseoir.
J'ouvre grand mes yeux, et mes oreilles. Ca bouge. Ca froisse. Ca craque.
S'il y a de la brume, on voit moins bien, mais que de petits bruits... parfois effrayants. Normal, lorsqu'on ne sait pas ce qui va se présenter devant soi.
Si le brouillard est absent, la luminosité prend le pas rapidement.
Ces derniers jours, la campagne m'offre son sol gelé, ainsi que la végétation. Les arbres dénudés eux mêmes laissent couler une pellicule blanche. De quoi frissonner. Ce qui n'est pas un problème
lorsqu'on s'habille bien. Une habitude que j'ai pris d'années en années.
Le soleil pointe son nez avec une superbe d'effronté. Les reflets les plus lumineux font comme moi, ils vagabondent sur les formes, que je ne reconnais pas toujours, vue l'heure à laquelle je me
perds dans la nature.
Les oiseaux sont toujours les premiers à se réveiller. Avant même que les premiers rayons fassent leur apparition. On les entend remuer sous les feuillages, et les fourrés. C'est un tel
fremissement. Le signal assuré d'une proche envolée.
Il m'est arrivé de me retrouver en face d'une buse postée sur un pîquet. Ou un héron cendré tirant sur son duvet, juste sous les ailes. Des lapins courent déjà hors de leurs terriers. Je les
surprend très régulièrement.
Dès qu'ils me voient, ils filent très vite. Je ne vois plus que leurs petits pompons blancs. Lorsqu'on se marie avec les lieux, ils reviennent et font les indifférents. Ils jugent que je ne
suis plus un danger.
Un jour une buse m'a observé durant presque une demi-heure. Mais ses yeux se portaient aussi très régulièrement sur le sol. Elle attendait sa proie. Quand à moi, bien que surveillée par le
magnifique rapace, je n'avais vraiment pas envie de céder ma place. C'est l'oiseau qui a quitté le premier, et moi j'avais le fond de mon pantalon "très" humide. Le sol gelé s'etait changé en
eau. Dans un tel contexte, on oublie très vite notre petite personne.
J'ai suivi, au dessus d'une forêt proche du lieu où je me trouvais, des corneilles attanquant une buse. Une dispute de territoire...
Lors de mes retours, j'ai dit bonjour à des chèvres, des moutons, des chevaux. Il suffit de les siffler, et ils accourent. Seul le mouton est assez timide. Il met du temps à arriver, si toutefois
il ose.
J'ai fait courir des oies, et des pintades. Ces animaux là sont bruyants. Surtout la pintade. Heureusement, tout ce petit monde se trouvait derrière son grillage. Ces détours "fermes" sont
assez amusants.
J'ai pris tout mon temps pour photographier la nature. Mentalement bien sur.
Des souvenirs ajoutés à d'autres souvenirs.
Mais surtout, des escapades fortes, pleines de douceurs et de puissants coups de coeur.
La beauté, la puissance, l'ordre dans le cycle de la nature. Dans son mouvement. Dans la continuité. La constance. Des merveilles incontournables. Des paysages qui laissent sans voix.
Des couleurs uniques qui semblent entrer dans l'oeil. Elles prennent tout l'espace visuel.
Une seule pensée vient surprendre, c'est que cela ne puisse jamais finir...
Et encore, je ne vous raconte pas toutes mes rencontres... un prochain jour sans doute.
Ce n'était qu'un petit goûter. Et je vous l'offre à mon tour.
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