
Lorsque je m'attarde sur des photos d'enfants, j'ai toujours des étincelles de souvenirs qui viennent s'imposer.
Cette silhouette je la trouve magnifique. Elle révèle le côté secret qu'il y a en chaque enfant. Elle est aussi l'image de pensées qui s'évadent. Une préoccupation. Un soucis. Des questions... les enfants aussi eprouvent ou rencontrent de telles passages. Les raisons sont nombreuses.
En chacun de nous, il y a de cette part d'enfance qui nous a portée sur les chemins de nombreuses interrogations.
Alors, forcément, parfois nous faisons des retours en arrière. Sur nos propres enfants.
L'enfance troublée par certains problèmes familiaux... Il n'en faut pas plus pour qu'une perturbation mentale s'installe. Elle peut être durable, ou bien oubliée.
Lorsqu'on a une famille nombreuse, il faut de l'énergie à revendre. Il faut aussi paraitre, dans certaines circonstances, pour ne pas toujours montrer ses sentiments. N'est ce pas aux adultes de protéger l'enfance ?
Ce qui n'est pas toujours facile, evidemment. Mais on peut faire ce qu'on peut. Avec ce qu'on a...
L'un de mes garçons, dès sa petite enfance, a eu un diabéte déclaré. Il n'avait pas encore ses quatre ans. Voilà qui a changé le paysage de notre quotidien familial. Il a fallu que j'aprenne à faire l'infirmière. Ce qui voulait dire, il y a maintenant 25 ans, lui faire ses injections d'insulines. Trois à l'époque. Et par jour. Prendre en charge ses examens sanguins. Veiller à une nourriture équilibrée. Pas toujours évident lorsqu'on a de petits moyens.
Des séjours à l'hopital assez réguliers pour des bilans de santé. Mais des hospitalisation aussi lors de comas.
Au moins quatre déshydrations. Des pertes de connaissances hypo, auxquelles il fallait faire face. Parfois une baisse de sucre la nuit, lorsqu'il dormait. Ce qui voulait dire qu'aux environs des quatre heures du matin, je devais être en train de veiller à côté de son lit, au cas où cela se produirait. Car ce n'était pas quotidien, heureusement.
Une attention de tous les instants, pendant les premières années de sa vie.
J'ai rencontré l'incomprehension de certains medecins. De certains enseignants. De personnes de notre entourage. La fuite de son père dès qu'il était en pleine convulsions diabétique...
J'ai essayé de mener ce problème du mieux que j'ai pu. En ayant parfois les reproches de mes autres enfants, aussi. J'ai consacré 50 % de mon temps à un seul de mes enfants. Et les 50 % restant, aux quatre autres. Normal qu'ils ne comprennent pas toujours qu'étant seule devant mon problème, il a fallu que je place mes priorités...
Des années plus tard... il rencontre la drogue à 16 ans. Celle qu'on appelle la douce. Mais pour ceux qui s'y adonnent et au parent qui s'en occupe, la douceur n'est que dans le mot.
Sept années à user de tous mes arguments. De fermeté parfois.
Sous l'effet de son poison, il était méconnaissable. Je l'ai cherché dans les endroits les plus insolites. Auprès de personnes qui n'avaient rien de charmantes. Lorsqu'il m'a demandé de l'aide, j'ai deménagé pour le rejoindre dans la ville où il s'était installé. J'ai tout laissé pour lui. Sans regret. J'ai même menacé certains dylers pour qu'on l'oublie. La derniière hospitalisation a duré trois semaines. Je l'ai vu se tordre de douleur sur son lit d'hopital. D'hurler sa douleur. J'ai passé mes nuits à ses côtés parce qu'il voulait parler. Je ne rentrais dejeuner que si on me remplaçait auprès de lui. Le temps que je rentre faire ma toilette.
J'ai eu des amis extraordinnaires qui ont fait cela. Ils étaient à ses côtés lorsque je le quittais.
La souffrance de ce fils est à jamais profondemment incrustée sur mon coeur.
C'est pourtant sur ces semaines et ces mois terribles, que certains de mes enfants se sont éparpillés dans la nature.
Ils n'ont pas tenus compte du contexte dans lequel j'étais engagée.
Ils ont creusé un fossé sur des malentendus. Ils m'ont reproché de ne plus m'occuper d'eux. Pourtant je n'avais plus à faire à des touts petits. Ils étaient mariés... pour certains.
Mais la vie est là, qui reprend le dessus. Il faut continuer.
Ma fille de Pierrelatte et son mari ont été les présents de tous les instants.
J'ai refoulé mes colères et mes larmes, parce que je ne voulais pas decourager mes enfants.
Donner à ses enfants ne se fait pas sans douleurs. Certains comprennent, d'autres ne comprendront peut être jamais.
J'ai su si bien cacher mes sentiments, que l'autre moitié de mes enfants n'a pas compris...
Tant pis... j'avance.
Je n'ai pas perdu mon amour pour les belles choses. Ni pour mon envie de devorer tout ce que la vie me donne.
Même si ce ne sont que de petites tranches.
Je prends du plaisir à tout. Je croque la vie, les choses, mes amies, mes rencontres d'un jour lorsqu'on vient me confier des morceaux de personnalité. Je croque aussi le temps... je le prends comme il vient. Je ne me pose plus de questions sur la réaction des gens. J'en prends certains et j'en laisse d'autres... moi d'abord maintenant.
Les états d'âmes de mes enfants, c'est aussi leur problème.
Ils devront faire comme moi, assumer tous ce qu'ils ont construit. Le bon, comme le mauvais.
Et je respecte leurs choix...
Mon fils a souffert jusqu'à l'âge de 23 ou 24 ans, mais aujourd'hui il est serein. Tranquile dans sa tête. Loin de la violence d'un certain milieu. Et je suis heureuse de savoir qu'il a eu la volonté de vouloir s'en sortir.
Nous nous voyons très rarement, puisque lui aussi a sa vie. Mais notre aventure à deux, il ne pourra jamais l'oublier... je le sais !





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